Belgique

Modrikamen commente la sortie du commissaire européen et le conflit israélo-palestinien

BRUXELLES Les dernières déclarations du commissaire européen Karel De Gucht (Open VLD) ne sont pas passées inaperçues.

En référence à la reprise du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, il a dénoncé l’incapacité du “lobby juif” américain et des “juifs moyens” à nouer un accord, parlant notamment de leur “croyance d’avoir raison” .

Mischaël Modrikamen, vous qui êtes juif, comment réagissez-vous à ces propos ?

“C’est inacceptable. Mais ça montre un état d’esprit de certains dirigeants et d’une partie de la population où l’on sent cet antisémitisme larvé et cet anti-israélisme profondément européen. Les juifs sont un peuple de débat. Que ce soit chez les intellectuels ou chez les juifs moyens. Et c’est un signe démocratique extraordinaire.”

Certains ont réclamé la démission de Karel De Gucht.

“Démission ? Je ne sais pas. Mais il aurait dû y avoir un désaveu de la Commission, des excuses claires par rapport à cette stigmatisation du peuple juif pris dans son ensemble. Ça montre pour moi un malaise clair de l’Europe par rapport aux juifs et à Israël 60 ans après la Shoah.”

Selon vous, comment pourrait-on débloquer la situation au Proche-Orient ?

“Je suis très sceptique sur le processus de paix quand je vois ce qui s’est passé à Gaza : il y a eu un retrait unilatéral d’Israël; puis le Hamas a pris le pouvoir à Gaza et il en a fait une partie d’un khalifat islamiste quasi fasciste… Accorder l’autonomie à la Cisjordanie ou créer un État palestinien pour en faire un second Gaza, c’est un risque qui ne peut pas être couru pour l’instant.”

Vous ne croyez pas en la coexistence de deux États indépendants vivant en paix sur la base des frontières de 1967 ?

“Il faut souligner que les territoires palestiniens connaissent un boom économique extraordinaire avec 10 % de croissance. Mais je préférerais dans un premier temps qu’il y ait une institution jordanienne (qui pourrait être constituée de Palestiniens à 80 %...) pour assurer une stabilité. Moyennant aussi des échanges de territoires limités. Je crois qu’un État juif pourrait se satisfaire des frontières de 67. Mais avec un État palestinien démilitarisé en collaboration avec les Jordaniens plutôt qu’un État palestinien propre qui serait trop fragile. Israël a raison. Elle ne jouera pas avec sa sécurité.”



© La Dernière Heure 2010