Le président de la N-VA dit ne plus croire aux réformes de l’Etat

BRUXELLES Dans une interview exclusive à La Libre Belgique, le président de la N-VA dévoile sa stratégie pour 2014 : Rendre la N-VA incontournable et imposer un changement copernicien de l’Etat belge. Extraits

Parlons de l’avenir : les partis flamands ne veulent pas ou plus d’une 7e réforme de l’Etat en 2014…

C’est ce qu’ils disent, oui

Vous ne les croyez pas ?

On voit bien que l’enjeu de 2014 sera en Flandre : pour ou contre la N-VA. Si on veut installer Di Rupo 2, il faudra faire un choix : la N-VA ou pas. On ne peut pas tromper les électeurs deux fois, promettre une révolution copernicienne et accepter ce qui a été accepté. Kris Peeters a changé son discours du jour au lendemain. On lui a offert d’être la figure de proue du CD&V en 2014 et, en échange, il a accepté une certaine loyauté à un futur gouvernement Di Rupo 2. L’enjeu est clair : ou bien les trois partis traditionnels flamands, avec éventuellement les écologistes, se mettent ensemble. Ou, alors, la N-VA sera incontournable.

Quelle sera votre condition à la participation à une prochaine majorité fédérale ?

Je ne crois plus aux réformes de l’Etat. Je ne suis pas demandeur de m’installer dans un château pendant un an et voir monter la nervosité sur les marchés. Car à la fin du compte, il y aura un gouvernement soutenu par une minorité encore plus petite de Flamands qui, pour les besoins de la cause, acceptera de gouverner sans majorité dans ma propre démocratie.

Pour empêcher cela, il aurait suffi que vous restiez à la table des négociations, jusqu’à la fin…

Si on rejoue le même jeu avec le PS, on aura perdu. On ne peut pas gagner avec des gens qui ne sont demandeurs de rien, qui disent "non". Si on est francophone, on ne peut pas perdre.

Il y a quand même eu des transferts pour 18 milliards d’euros, la scission de BHV… ?

Non.

Ah bon, BHV n’est pas scindé… ?

Même pas.

Et les transferts de 18 milliards, du vent… ?

On va coller une étiquette sur l’argent donné aux Régions sur laquelle on écrira "autonomie fiscale". C’est tout. L’autonomie fiscale ne sera pas plus importante que celle d’une petite commune. Cela existait déjà. Il y avait des additionnels. Moi, je veux une vraie autonomie fiscale, qui permette aux Régions de décider des taux. Dans la "réforme", l’argent continuera à être perçu par l’Etat et puis sera transféré. Tout cela est anecdotique. Personne en Flandre ne croit que cette réforme nous donnera les moyens de mener la politique qu’on veut. C’est-à-dire une politique de centre droit, comme en Allemagne, comme en Scandinavie, avec des réformes qui permettent de restaurer la compétitivité. Cette réforme de l’Etat, c’est juste un détail. Si on continue comme cela, il nous faudra encore 200 ans pour arriver là où on veut aller. On n’a plus le temps. La prospérité de la Flandre est menacée. Gouverner, c’est prévoir. Et il faudrait continuer avec ce gouvernement que l’on dit de centre droit ? Mon Dieu !

Pour vous, c’est quoi ce gouvernement ? Centre, centre gauche ? Vous allez faire plaisir au PS…

Quand je vois que le PS est menacé sur son aile gauche, c’est perdre tout espoir qu’un jour, le PS puisse accepter la gestion dont on a besoin. Je le répète, il faut faire comme l’Allemagne. Pas pour tout, mais pour beaucoup.

C’est pourtant Schroëder, un socialiste, qui a fait tout cela… ?

Oui, exactement. Quand je voulais fâcher Di Rupo, je lui rappelais cela. Et il me disait : ne dis pas cela ! Le vrai enjeu, c’est l’enjeu socio-économique. Sans cet enjeu-là, la N-VA ne serait pas là. Voilà la frustration des Flamands : depuis les années 90, on vote pour une politique qu’on ne reçoit jamais. Verhofstadt était plus dur que moi, à l’époque. Mais, aujourd’hui, il est devenu un vrai socialiste. Il devrait être membre du SP.A. Et même du PS. Il a beaucoup de succès en Wallonie. Puis, il y a Leterme qui en avait marre du PS. Puis Van Rompuy qui voulait un big bang, Peeters qui voulait une révolution copernicienne. Au final ? Rien. Nous, on ne veut pas des postes de ministres, on veut gouverner notre démocratie selon les vœux des électeurs flamands. Il y a un nom pour cela, cela s’appelle la démocratie.

Admettons : vous avez gagné les élections en Flandre en 2014. La N-VA est incontournable. Que faites-vous ?

Ah, je ne sais pas, cela dépend des électeurs. Cela dépend de ce qui se passe dans la démocratie francophone de ce pays. J’ai lu l’interview de Paul Magnette : il veut créer une nation, oui une nation Wallonie-Bruxelles Donc, Magnette réfléchit déjà en termes de nation "post-Belgique". J’ai une note du PS, de 2007, qui évoque déjà l’arbitrage d’institutions internationales ("Uti possidetis") en cas de scission du pays. Les francophones pensent que la N-VA est dangereuse parce qu’elle songe à la fin de la Belgique. Le PS est donc aussi dangereux

Vous l’avez dit : gouverner, c’est prévoir… Les francophones pensent que si la N-VA est incontournable, un jour se posera la question des frontières. La N-VA souhaite toujours l’éclatement du pays…

Eclatement ? Je n’ai jamais parlé de cela.

Le séparatisme conduit à l’éclatement…

Pour la nième fois, je le redis : on a toujours parlé d’une évolution : d’une part vers l’Europe et, d’autre part, vers les deux démocraties de ce pays.