Isabelle Lemaire nous a quittés, à 47 ans, emportée par un cancer foudroyant. Violent. Injuste. Mais Isabelle a affronté l’épreuve avec une force inimaginable, tirée de son caractère trempé qui a fait d’elle une journaliste hors pair, insatiable et infatigable.

Elle n’aurait pas voulu de mots teints de mélancolie à son propos, même si l’on ne peut qu’être envahi par un sentiment de tristesse. Alors inspirons-nous de son histoire, de son vécu, de sa résilience, de sa justesse.

Elle était une femme aux convictions profondes, loin des principes superficiels. Elle poussait jusqu’au bout le cheminement de ses réflexions, quitte à bousculer, à interpeller, à déranger. Que ce soit dans la vie privée comme dans la vie professionnelle. Elle forçait la remise en question, la prise de risque, la réflexion. Se confronter à son regard, c’était travailler le sien. Son intégrité était à la hauteur de son professionnalisme et de sa rigueur.

La journaliste et la femme engagée qu’elle était la poussaient à gratter au-delà du vernis et des apparences. A dénoncer aussi les injustices et traquer sans relâche les dysfonctionnements de notre société, sans avoir peur de déplaire. Dans ses articles comme dans ses passions. “Elle nous obligeait à ne pas nous endormir sur nos certitudes et habitudes”, disait, triste, l’un de ses collègues.

Pointue dans le domaine musical, elle ne pouvait pas découvrir le travail d’un artiste sans le désosser intégralement pour forger son avis et vous le livrer, avec une remarquable et incroyable précision. Sauf si, évidemment, il n’en valait pas la peine à ses yeux.

Côté professionnel, c’est en 2009 qu’elle pousse pour la première fois les portes d’une rédaction. C’est d’ailleurs cette année-là qu’elle débarque à la Gazette de Liège, les pages régionales de La Libre. Elle y forgera sa plume dans plusieurs domaines, dont les aspects sociaux et sociétaux. Elle y affûtera son regard, acéré mais empathique. Nuancé mais toujours assumé.

Par la suite, en 2015, elle traîne ses bottes d’ancienne punk jusqu’à la rédaction nationale à Bruxelles. D’abord pour traiter d’enseignement puis, rapidement, pour rejoindre le service Economie. C’est là que son talent, sa ténacité, sa volonté de transmettre un message clair et complet se sont exprimés. Aussi bien au jour le jour que sur des dossiers à plus long terme. Elle fut, à plusieurs reprises, nominée pour le prix Belfius, récompensant chaque année les meilleurs articles de presse.

Pour cela, mais aussi pour beaucoup d’autres aspects de sa personnalité, Isabelle va nous manquer à tous, dans la rédaction comme en dehors. Mais elle sera toujours là, dans un coin de nos têtes.