Pour la première fois, une étude statistique comptabilise le nombre de Belges d’origine étrangère, commune par commune

BRUXELLES Pour la première fois, un sociologue dresse un portrait statistique fiable du métissage en Belgique. L’étude du sociologue Jan Hertogen présente le mérite d’être particulièrement fouillée. Le spécialiste des statistiques dites ethniques – absentes en Wallonie et à Bruxelles – décline ainsi le pourcentage de personnes étrangères et d’origine étrangère dans l’ensemble des communes du pays.

D’après ses calculs, la Belgique compte très exactement 2,67 millions de personnes issues de l’immigration, principalement réparties en 185 nationalités.

Les Bruxellois sont, c’est logique, les plus métissés : 75 % de sa population n’est pas belge de souche. En Wallonie, le pourcentage atteint 24 % : un Wallon sur quatre. En Flandre, la proportion est moindre : 15 % de la population.

Sur le plan local, c’est la commune d’Ixelles qui regroupe le plus de ressortissants issus de l’immigration. Près de neuf Ixellois sur dix sont ainsi issus de l’immigration. Ixelles, Saint-Gilles, Schaerbeek, Raeren (frontière allemande), Bruxelles, Etterbeek et Molenbeek accueillent toutes plus de 80 % de citoyens d’origine étrangère. Au-delà de ce tableau statistique riche d’enseignements ressurgit l’éternelle question du boom démographique bruxellois. On le sait, d’ici 2020, la population bruxelloise va prendre entre 180.000 et 240.000 unités. Plusieurs facteurs expliquent cette hausse, constante depuis 2000.

Le solde naturel

En 2010, Bruxelles a compté 18.600 naissances pour 9.400 décès. Le niveau de naissance est clairement plus élevé ces dernières années mais ce solde naturel ne constitue pas la cause majeure du boom démographique.

Le mouvement migratoire interne à la Belgique

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Bruxelles perd des citoyens au détriment de la Wallonie et de la Flandre. En 2010, encore, la capitale a compté 90.000 entrées pour 103.000 sorties. “Le solde migratoire bruxellois est négatif depuis les années 70 environ”, explique le professeur de géographie humaine à l’ULB Jean-Michel Decroly. “C’est ainsi depuis les années 70 environ. Et systématique depuis 1988.”

Le mouvement migratoire externe Toujours en 2010, 55.000 personnes sont venues de l’étranger pour s’installer à Bruxelles. 26.000 ont quitté la capitale pour l’étranger. C’est ce solde, de 29.000 âmes pour 2010 mais récurrent, qui constitue la majeure partie de la croissance démographique qu’est en train de vivre Bruxelles. “Les futurs Bruxellois viennent donc majoritairement de l’étranger”, commente Jean-Michel Decroly.

Une grande partie de ce contingent d’immigrés vient de l’Union européenne. “65 % des migrants arrivés dans la capitale en 2009 sont issus de l’Union européenne. Tandis qu’entre 4 et 5 % d’étrangers viennent du Japon, d’Australie et d’Amérique du Nord. Environ 70 % des migrants viennent donc de pays riches car, s’il existe de grands contrastes entre les pays de l’Union européenne, ils restent modestes par rapport aux pays de l’Afrique subsaharienne.”

Des migrants européens, les Français forment le plus gros contingent, avec entre 10 et 15 % du total des immigrants (13 % en 2010). Le deuxième groupe de migrants intra-européen est polonais (environ 10 % du total). Hors Union européenne, la population marocaine se distingue avec environ 10 % des entrées. “Ce n’est donc pas une immigration dite pauvre qui nourrit la croissance de la population bruxelloise”, poursuit le professeur de l’ULB.

Pas pauvre donc. Et jeune. En âge de faire des enfants en tout cas. “Par rapport aux années 80, la population bruxelloise s’est fortement rajeunie. Mais, si la natalité augmente, ce n’est pas parce les femmes font plus d’enfants mais parce qu’elles sont de plus en plus nombreuses en âge de procréer.”


© La Dernière Heure 2013