Belgique Trois d’entre eux viennent du Soudan et les deux autres travaillent à l’ambassade du Soudan en Belgique.

La fameuse mission des autorités soudanaises qui essayent en ce moment d’identifier des réfugiés dans notre pays est une équipe composée de cinq agents secrets. Trois d’entre eux viennent du Soudan et les deux autres sont leurs ex-collègues qui travaillent depuis longtemps, ici, à l’ambassade.

C’est ce que prétend un ancien membre des services secret soudanais qui a demandé - et obtenu - l’asile dans notre pays l’année dernière. "Ce sont précisément les gens à cause desquels beaucoup d’entre nous ont pris la fuite."

Depuis la semaine dernière, le secrétaire d’État à l’Asile et la migration Theo Francken (N-VA) est sous le feu des critiques pour la mission d’identification des réfugiés soudanais. Cette identification est nécessaire car si ces gens n’ont pas de papiers, ils ne peuvent pas demander l’asile et doivent alors retourner dans leur pays d’origine. L’ambassade de ce pays peut aussi leur délivrer un laissez-passer pour que les réfugiés puissent circuler dans le pays.

Selon Francken, ce travail est impossible sans l’aide des autorités soudanaise. Mais l’opposition et les organisations qui militent en faveur des droits de l’homme craignent une collaboration avec le régime du président Omar el-Béshir, un homme qui est recherché par la Cour pénale internationale pour génocide et crimes contre l’humanité. Elles se demandent si parmi les agents gouvernementaux il n’y aurait pas des agents secrets. Dès lors que se passera-t-il pour le fugitif lorsque la mission décidera de son rapatriement ? Le service des Affaires étrangères a laissé savoir que la mission est contrôlée par les autorités belges et qu’il n’y avait aucune indication de la présence d’agents secrets en son sein.

Pourtant, ils seraient bel et bien présents et seraient tous les cinq concernés, selon Mohamed (prénom d’emprunt), un ancien membre du NISS, la police secrète du Soudan. Il est venu l’année passée et a demandé - contrairement à la plupart des Soudanais - l’asile à notre pays. Il l’a reçu. Ça lui a pris des jours, mais Mohamed, grâce à des contacts par e-mail et WhatsApp avec d’anciens amis et ex-collègues des services de renseignement et des Affaires étrangères au Soudan, a réussi à identifier les cinq personnes participant à la mission. "Trois d’entre eux sont des agents secrets venant du Soudan et les deux autres travaillent ici en Belgique, à l’ambassade. Ils sont également membres du NISS. J’en suis sur à 100%, différentes sources me l’ont confirmé."

Qu’il y ait des membres des services secrets qui travaillent à l’ambassade soudanaise n’est pas en soi vraiment surprenant. L’ambassadeur avec lequel Francken a conclu l’accord est Mutrif Siddiq, ancien directeur adjoint du NISS. "Un homme très dangereux", répète Mohamed à de nombreuses reprises. "Tout le Soudan connaît cet homme. Le NISS dit avoir 25.000 agents secrets mais Mutrif Siddiq est l’un des plus importants. Il faisait aussi partie du complot pour assassiner le président égyptien Moubarak. Que lui et son équipe puissent interférer dans ces affaires, c’est une mauvaise nouvelle. Ce sont précisément les gens à cause desquels beaucoup d’entre nous ont pris la fuite. Les opposants politiques et les membres des tribus qui sont visés par le président el-Béshir seront considérés comme des criminels ou des espions par ces agents secrets. Une fois rentrés, ce sera la chambre des tortures. C’est ce qu’il s’est passé à grande échelle avec ceux qui ont dû revenir de Jordanie et d’Égypte."