Devenue ce mardi le pays européen affichant le plus haut taux de contamination, la Belgique n'arrive pas à reprendre le contrôle sur une seconde vague de coronavirus, que certains estiment être bien pire que la première. Les tendances à la hausse se maintiennent sur tout le territoire malgré la mise en place de nouvelles restrictions. Avant un Comité de concertation prévu ce vendredi, les experts du Centre de crise et du SPF Santé publique ont fait le point sur la situation épidémiologique qui ne cesse de se détériorer.

Revenant sur les annonces du gouvernement flamand de ce mardi, Steven Van Gucht, porte-parole interfédéral, a rappelé qu'il fallait attendre 10 jours avant de ressentir un effet des nouvelles mesures. "Il ne faut pas baisser les bras et il faut continuer à appliquer à la lettre les mesures car c'est au début du mois de novembre que le problème risque d'être le plus important, a expliqué le virologue de Sciensano. Actuellement, tous les voyants sont au rouge. Le pic d'hospitalisations quotidiennes est plus important que celui du mois de mars. Tout le monde est touché par cette crise. Cette période est une des plus compliquées de cette pandémie. Le virus se sent désormais comme un poisson dans l'eau." 

"Il est temps de penser à une action solidaire, non pas de se chamailler"  

Face à une situation qui s'aggrave, Yves Van Laethem a insisté sur la nécessité de se serrer les coudes."Ce n'est pas le temps de la chamaillerie, mais le temps d'une action solidaire", a rappelé l'infectiologue. Le porte-parole interfédéral a plus que jamais mis en garde les Belges quant à un virus qui est à l'apogée de son activité. "Il y a une prédominance du virus dans la population active de plus de 30-40 ans, a-t-il continué. La moitié des infections actuellement se retrouve chez les personnes de plus de 40 ans. Les chiffres doublent toutes les semaines chez les plus de 90 ans."
 

Toutes les provinces sont touchées par cette seconde vague, comme le montrent les données communiquées par Sciensano. "Il y a une augmentation significative dans toutes les provinces, mais avec un timing différent entre le nord et le sud du pays", a détaillé le porte-parole interfédéral. On assiste désormais à des augmentations plus importantes dans les provinces flamandes: en Flandre orientale, on a un doublement des chiffres chaque semaine, par exemple. Mais c'est toujours dans les provinces wallonnes que l'on constate en chiffre absolu le plus grand nombre de cas, avec - par exemple - pour la province de Liège 2.434 nouvelles infections par jour en moyenne. 


La donnée "la plus inquiétante"

Au niveau des hospitalisations, le nombre double tous les huit jours. Ce mardi, 689 patients ont été admis dans les hôpitaux (battant le triste record d'admissions quotidiennes du 28 mars). Ces chiffres augmentent de façon plus importante en Flandre où le doublement des admissions est de 6 jours - il est de 9 jours à Bruxelles et en Wallonie. Au total, 5.554 patients covid se trouvent actuellement dans des établissements de soins de santé belges (soit à peu près seulement 250 patients de moins que lors du pic atteint le 6 avril). Sur ces patients, 911 se trouvent en soins intensifs - plus d'une centaine de personnes en plus qu'avant-hier. En soins intensifs, le doublement s'effectue tous les 8 jours, sans que l'on constate une amélioration. C'est "la donnée la plus inquiétante puisque c'est l'endroit où le nombre de lits est le plus restreint et où créer des nouveaux lits est particulièrement complexe". "Les soins intensifs devraient atteindre leur capacité maximale d'ici au 6 novembre", a averti M. Van Laethem.

En ce qui concerne les décès, on a franchi avant-hier le cap des 100 morts quotidiens. "La dernière fois que la barre des 100 morts a été dépassée remonte à fin avril", a souligné le porte-parole interfédéral. 


Un message à ceux qui doutent de la gravité de la situation

Les nombreux appels à l'aide du secteur hospitalier laissent entrevoir la difficulté dans laquelle se trouve actuellement notre système de santé. "Nous constatons pourtant encore que certains mettent en doute la gravité de la situation ou la prennent à la légère et ignorent les mesures sanitaires, a regretté Antoine Iseux, porte-parole du Centre de crise. Nous avons un message pour ces personnes: l'égoïsme est l'allié du virus et peut nous mener à des situations encore plus critiques que celle que nous connaissons aujourd'hui."


Questions-réponses

Les données de Sciensano ne sont-elles pas en retard ? 

"Elles sont inévitablement en retard, c'est le principe de la moyenne, a répondu Yves Van Laethem. Si l'on s'en tient toutefois à ces moyennes, c'est parce que les chiffres des jours précédents sont approximatifs et doivent être consolidés. Ensuite, c'est les tendances qui doivent nous intéresser et qui vont inciter à avoir des comportements plus sérieux ou à pouvoir relâcher la bride. La tendance est plus importante que le chiffre brut en lui-même. Mais malgré tout, ces données brutes peuvent être consultées sur le site de Sciensano."


Etant donné l'évolution de la pandémie en Belgique, faudrait-il passer à une communication plus développée et à une conférence de presse quotidienne ? 

"La communication des autorités ne s'arrête pas à cette conférence de presse tous les trois jours, a expliqué Antoine Iseux. Elles communiquent activement et des actions sont mises en place à tous les niveaux de pouvoir, pour détailler notamment les mesures en vigueur. Cette conférence de presse avait en effet lieu tous les jours au début de la crise parce qu'il y avait un véritable besoin de pédagogie, d'une explication quant à ce qu'était ce virus et ce qu'il fallait faire pour lutter contre lui. Je pense qu'aujourd'hui l'ensemble des citoyens est au courant de ce qu'il faut faire pour lutter contre le Covid-19. Qui plus est, ces points presse ont un impact psychologique - c'est une leçon qu'on a tiré du début de la pandémie. Tenir une conférence de presse tous les jours, c'est rajouter une couche supplémentaire d'informations sur le virus auprès de la population. Je pense que personne ne pense qu'on ne lui a pas suffisamment parlé du Covid. On en parle tous les jours dans les médias également."