La Belgique a connu ces dernières semaines un important rebond épidémique, assimilé par les autorités à une troisième vague. Si tous les indicateurs affichaient une tendance à la hausse jusqu'à présent, le nombre moyen de décès diminue à nouveau depuis ce vendredi 2 avril. Les contaminations, quant à elles, poursuivent leur augmentation, mais à un rythme qui ralentit. Que peut-on penser de ces dernières données ? Le Centre de crise et le SPF Santé publique ont dressé le bilan de la situation épidémiologique au cours de leur traditionnelle conférence de presse, qui a débuté à 11 heures.

"Nous avons atteint un nouveau point de basculement dans cette épidémie", a commencé Steven Van Gucht, soulignant que nous observions un ralentissement de l'augmentation des chiffres.

"Ces derniers jours, nous avons constaté une légère diminution du taux d'infection", a confirmé Yves Van Laethem. "Nous pensons que si cela continue ainsi dans les jours qui viennent, nous verrons que les moyennes hebdomadaires diminueront également. Le pic actuel de cette troisième vague semble provisoirement se situer le lundi 22 mars." Le porte-parole interfédéral a également souligné que l'augmentation des hospitalisations ralentissait légèrement. "Par contre, le poids total sur les hôpitaux (l'occupation des lits) continue d'augmenter et n'affiche aucun signe de diminution", a poursuivi M. Van Laethem. "L'occupation des lits de soins intensifs pourrait bientôt dépasser la barre des 800, voire des 900 lits. Actuellement, depuis quelques jours, certains hôpitaux transfèrent déjà des patients de soins intensifs vers d'autres établissements. Le poids de la pandémie est particulièrement sensible au niveau de ces services de soins intensifs."

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Selon le porte-parole interfédéral, c'est notre comportement actuel qui déterminera la rapidité avec laquelle cette pression lourde sur les soins intensifs diminuera ou pas dans le courant du mois d'avril. "Si les mesures sont correctement suivies, la charge pourrait tomber à moins de 300 patients aux soins intensifs d'ici le 1er mai", a estimé l'infectiologue. "Mais pour cela il faut continuer à réduire le nombre d'infections puisque l'on sait que c'est dans les sept-dix jours qui suivent une contamination que l'on entre à l'hôpital."

Si le suivi des mesures est moins efficace, un plateau élevé pourrait se présenter sur lequel nous stagnerions entre 500 et 1.000 patients aux soins intensifs, jusqu'au mois de mai, toujours selon les dires du porte-parole interfédéral. "Ce qui serait délétère à la fois pour les soins de ces patients, mais également pour la continuité des soins des autres patients", a commenté M. Van Laethem.

Mais si ce que nous faisons aujourd'hui aura un impact sur les hospitalisations futures, cela jouera également sur la reprise éventuelle des écoles, sur les possibles assouplissements... "Ce que certains ont fait hier ne va pas nous aider à obtenir cet objectif", a regretté l'infectiologue, en référence aux incidents au bois de la Cambre.

Yves Van Laethem a insisté sur le fait que le ralentissement des contaminations ne devait pas nous faire penser que "la partie était gagnée". "Cela ne signifie pas que nous pouvons faire n'importe quoi, car il y aurait un prix à payer", a-t-il mis en garde.

Comment la situation évolue dans les différentes provinces au niveau des contaminations ?

Au cours de la dernière semaine, ont été enregistrées en moyenne 4.814 contaminations par jour. Ceci représente une augmentation de 11%, qui se remarque dans tout le territoire et dans toutes les tranches d'âge. Elles sont moins marquées chez les enfants, puisque les écoles sont fermées (seulement 4% d'augmentations, alors que pour les autres tranches d'âges cela fluctue entre 11 et 14%).

 

Au niveau de la répartition provinciale, on constate que certaines provinces se distinguent. C'est le cas notamment de la province de Flandre occidentale et du Brabant wallon, qui voient leur taux de reproduction (R) passer sous la barre de 1. "Ce qui signifie que dans ces deux provinces, on a pour l'instant un ralentissement de la transmission", a commenté M. Van Laethem. "Par contre, on a encore une transmission importante à d'autres endroits, dont la Région de Bruxelles-Capitale et d'autres provinces wallonnes." Mais la province qui inquiète le plus les spécialistes est celle de Namur. "On y trouve une incidence de 1000 sur les 14 derniers jours", a alerté le porte-parole interfédéral. "C'est 3 fois plus élevé qu'à Liège, mais c'est aussi pratiquement le double de la moyenne nationale." La province de Liège, qui a particulièrement bien performé durant cette troisième vague, affiche désormais des taux qui augmentent considérablement (+35%). Au nord du pays, c'est la Flandre orientale qui présente le plus haut taux d'infection et le plus grand nombre de cas en chiffre absolu.

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Pour ce qui est des mutations, le variant britannique représente à présent environ 78% des nouvelles infections. Le variant africain est à l'origine de 7,6% des contaminations (ce qui représente une légère augmentation). Le variant brésilien cause lui 4% des contaminations (une très légère augmentation).

Le pic des contaminations atteint, quid de celui des hospitalisations ?

En ce qui concerne les hospitalisations, elles augmentent puisque nous enregistrons en moyenne 262 admissions par jour (15% de plus par rapport à la semaine précédente). "Ceci va continuer à augmenter probablement pendant quelques jours, avant d'atteindre également le pic que nous avons déjà obtenu actuellement pour les nouvelles contaminations." Le taux d'occupation des hôpitaux continue d'augmenter et fluctue actuellement autour des 3.000 patients (actuellement 2.958 patients, c'est 19% de plus que la semaine précédente). C'est actuellement les lits de soins intensifs qui inquiètent le plus: il y a pratiquement 800 personnes hospitalisées en soins intensifs.

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Le point sur les décès et les vaccinations

Au niveau des décès, il y a une petite baisse de 2%. "Nous déplorons toujours malheureusement 27 décès par jour, mais ce chiffre n'évolue guère actuellement", a commenté Yves Van Laethem. Cette différence est toujours très marquée entre les tranches d'âge puisque les personnes les plus âgées, dont une partie est déjà vaccinée, ont un nombre de décès en baisse, alors que celles dans les tranches d'âge 55-65 ont un nombre de décès qui augmente.
 

Actuellement, 1.340.000 première doses ont été injectées (soit 12% des Belges) et 528.000 deuxième dose (soit 5%). "La semaine passée, on a à peu près vacciné 300.000 personnes, avec donc une augmentation de semaine en semaine et qui va prendre encore beaucoup plus d'importance dans les mois d'avril et de mai."

Quel est le profil des patients hospitalisés ?

Même s'il s'agit de chiffres provisoires, Yves Van Laethem a tenu à faire le point sur le profil des personnes hospitalisées selon les données de mars. "Le pourcentage d'hospitalisations en fonction du nombre de tests positifs reste stable (5 à 6%). Le patient qui est actuellement admis à l'hôpital est plus jeune: il a 11 ans de moins depuis février-mars (l'âge médian est passé de 77 ans à la fin 2020 à 66 ans au mois de mars). Ce rajeunissement s'explique de différentes manières: la baisse des patients venant des maisons de repos et l'agressivité potentielle du variant anglais par rapport à des personnes plus jeunes. Le pourcentage de patients obèses a augmenté et atteint quasiment 15%. Cela s'explique par le fait qu'il y a davantage d'obésité chez les patients plus jeunes que plus âgés. Le pourcentage de patients qui décèdent à l'hôpital a également diminué: en décembre, on était à 21%, en février 16% et en mars 14%. Ceci peut être à nouveau relié à plusieurs choses: les patients sont plus jeunes et plus résistants aux agressions de la maladie, mais on a également fait des progrès dans la prise en charge des patients."