Alors que son mandat ne se termine qu’en décembre 2019, la contestation enfle au PS, en particulier chez les jeunes.

Une affaire ne chasse pas l’autre au Parti socialiste. Le Samusocial est venu raviver un feu loin d’être éteint. Alors que la commission d’enquête Publifin est loin d’avoir terminé son travail, déjà, du côté d’Ores, un nouveau scandale pointe le bout de son nez. Logiquement, les regards se tournent vers le président du PS, devenu le paratonnerre des ennuis à répétition du parti.

Elio Di Rupo est affaibli. "La base est ébranlée. Les militants en ont marre", nous lâche un membre du parti. "Le président du PS est élu pour couper des têtes. S’il persiste à ne pas le faire, c’est la sienne qu’il faudra couper. Il est trop mou", nous expliquait encore Claude Eerdekens, bourgmestre socialiste d’Andenne, quelques heures avant la démission d’Yvan Mayeur et Pacale Peraïta. Ces démissions ont quelque peu calmé les esprits. Mais la contestation n’a pas cessé pour autant.

Même si personne n’a encore remis ouvertement en cause l’autorité du bourgmestre de Mons. "Les jeunes du parti, notamment parmi les députés, le soutiennent de moins en moins. Mais personne n’est encore prêt à ‘y aller’. Celui qui le poignarderait dans le dos actuellement ne serait pas suivi par tout le monde", analyse un cadre socialiste.

Le PS est un parti à la structure très pyramidale, respectueux de son leader. Seul Robert Joly, président de la fédération du PS Namur avait osé appeler Elio Di Rupo, lors de ses vœux de janvier à "laisser place aux jeunes" et à se "remettre en question".

Un élément transpire : l’influence croissante de Paul Magnette affaiblit le président du PS. Elio Di Rupo se serait ainsi vu mettre des bâtons dans les roues lors de plusieurs nominations internes. Le président du PS ne serait pas parvenu à imposer ses hommes à certains postes importants, bloqué par des soutiens de Magnette.

À écouter Magnette et Di Rupo se tresser mutuellement des louanges, on croirait pourtant qu’ils s’entendent comme larrons en foire. La réalité serait plus contrastée. Lors de dîners avec des proches du parti, l’ex-Premier ministre aurait ainsi manifesté à plusieurs reprises son agacement vis-à-vis du bourgmestre de Charleroi, présenté régulièrement comme l’homme providentiel du PS. Leurs rapports se seraient détériorés.

D’autres, et parfois les mêmes, reprochent au mayeur de Mons de ne pas avoir fait le ménage à Liège, suite à l’affaire Publifin. "À Bruxelles, face à lui, Onkelinx est le seul vrai poids lourd", décrypte un historique du PS hennuyer. "Tandis qu’à Liège, la Fédération est trop puissante : Demeyer, Marcourt, Mathot, Darden, Labille. Elio n’a pas pris le risque de s’attaquer à eux."

De nombreux militants et élus, ébranlés par les affaires, souhaitent son départ, pour rajeunir et redorer l’image du parti. Le malaise était déjà perceptible lorsque sa proposition sur le "décumul d’ici 2024" a été désavouée par 63 % des militants, lors de la réunion du 5 juin dernier. De quoi pousser le parti à "se gauchiser" davantage, avec des positions plus radicales. Et faire craindre à certains militants un affaiblissement du parti, avec, en scénario catastrophe, un destin "à la française", version Benoît Hamon.


Qui veut prendre la place d’Elio Di Rupo ?

La plupart des socialistes interrogés pensent qu’Elio Di Rupo ira au bout de son mandat de président du PS, prévu pour la fin décembre 2019. "Il n’y a aucune velléité de coup d’État", nous assure Jean-Marc Delizée, député PS. "Ce qu’on vit est d’une grande violence. Mais on va s’en sortir ensemble et vers le haut."

"Au départ, son mandat devait se terminer en juin 2019, en plein milieu de la campagne pour les élections législatives. Le secrétaire général a alors proposé au bureau du PS de le prolonger jusqu’en décembre 2019. C’était bien joué : cela signifie qu’au terme des élections, il désignera les ministres socialistes", analyse une source interne bien informée. "Une fronde peut encore se manifester en septembre, lors du congrès de rentrée. Mais si rien ne se passe, Elio ira sans doute jusqu’au terme de son mandat. Ensuite, il se retirera pour se contenter de son mayorat de Mons."

Paul Magnette sera alors le grand favori à sa succession. En interne, on imagine mal le Carolo s’opposer frontalement à son président pour tenter de prendre les rênes du parti de manière anticipée. La fédération liégeoise du PS pourrait aussi lui contester le poste. Le nom de Jean-Pascal Labille est le plus souvent cité, devant Jean-Claude Marcourt.