L’audience du patron français de bars tournaisiens et frontaliers est prévue le 24 juin prochain devant le tribunal de Tournai

Dominique Alderweireld, connu sous le surnom Dodo la Saumure , souhaite plus que jamais obtenir la nationalité belge. Le parquet de Tournai, où le Français réside depuis 13 ans, lui a déjà signifié une fin de non-recevoir : la Belgique n’a nul besoin d’un proxénète de plus.

Le parquet avance la multitude de dossiers dans lesquels est impliqué M. Alderweireld pour justifier sa décision. Le procureur lui rappelle ainsi qu’il a été placé à trois reprises sous mandat d’arrêt pour des faits de proxénétisme, traite des êtres humains et organisation criminelle.

Rencontré hier à Bruxelles, Dodo n’en démord pas. Il deviendra belge, en tout cas fera tout “pour ”. D’abord, il est présumé innocent, son casier judiciaire est vierge et, c’est certain, en septembre la cour d’appel de Mons l’acquittera. D’ici là, sa demande de nationalité belge, déjà remise trois fois, est fixée au 24 juin prochain devant le tribunal de 1re instance de Tournai. Alderweireld décompte les jours. “Et si c’est encore remis, je vais au clash ”, prévient-il.

À l’écouter, Dodo est en tout cas plus belge que Depardieu !

“J’ai des racines belges et j’aime la Belgique, clame Dodo la Saumure . Mon nom d’Alderweireld est d’origine flamande. Un de mes aïeux était boulanger à Gand. Je paie mes impôts en Belgique. Aux communales, je vote en Belgique. J’aime Tournai. J’y vis depuis 2000. La ville est une merveille d’architecture. La société belge est en avance et ce débat absurde en France sur le mariage homosexuel en a été la preuve. Et le fisc ? En France, c’est l’inquisition. En Belgique, avec le fisc, c’est le raisonnable qui finit par l’emporter. Et j’ajoute enfin que mes affaires et mes projets sont en Belgique…”

Précisons immédiatement : sur la frontière, mais soit.

Dodo la Saumure affirme payer ses impôts en Belgique : “Oui, dit-il, pour 2012 j’ai payé 1.500 €. Vous direz que c’est peu mais j’ai aussi passé 3 mois et 10 jours en prison. Forcément, ça limite. Les années d’avant, j’ai payé jusqu’à 8.000 €…”

Son passé judiciaire, l’affaire DSK. “D’accord, je ne suis pas un ange de vertu mais, j’insiste, mon casier est vierge. Sauf peut-être un délit de roulage et 2 mois avec sursis en 92 – il dit : “nonante” – pour possession d’arme autorisée en France mais interdite en Belgique. Tiens ! Là-dessus, la France est plus libérale…”

Et ses business dans le sexe : “Je n’ai rien à cacher. Via une société et des proches, j’exploite 4 établissements en Belgique sur la frontière, Le Club Madame à Renaix, Chez Amandine à Quévy et avenue de Maire à Tournai : Le 36 et Le 130.”

64 ans, 90 kg, une tronche de cinéma, une forme physique entretenue par 100 abdos et 350 pompes chaque matin, beaucoup de marche et un peu de jogging, le petit gros et chauve à la tchatche volubile se glorifie d’ avoir fait travailler 2.000 femmes en 43 ans de “carrière” (le mot qu’il utilise). Mais n’avoir jamais levé la main sur aucune. Il lui reste 1 femme aujourd’hui : Béa, de 25 ans sa cadette, qu’il appelle Maman tandis qu’elle l’appelle Pépère . Cette Béa a un rôle dans la saga DSK, peu avantageux pour l’ancien patron du Fonds monétaire.

Quant à ses projets , le sexagénaire ne quitte pas le sexe : Dodo la Saumure voudrait créer trois établissements supplémentaires, “tous sur la frontière, pas à Bruxelles” . Dodo voudrait ouvrir une maison dans le style des années 1960, qu’il appellerait Panier Fleuri . Il rêve aussi d’installer à deux pas de la France “un immense complexe de relaxation et massage avec des Thaïes et à des tarifs abordables” . Et puis, parce que le futur Belge prétend aussi avoir du cœur, oui ! Oui ! Une association Marie Madeleine de service aux personnes handicapées. “Ce serait une ASBL. J’imagine déjà où je recruterais des dames : dans le milieu hospitalier. Les femmes qui travaillent en hôpital ou en maison de retraite, elles, elles comprennent et ont le tact…”

Sa clientèle, fait-il, est “à 80 % française et 20 % belge” . La différence ? “Un homme, c’est un homme.”

Le 24 juin, M. Alderweireld espère franchir un pas définitif vers la nationalité belge. Et quand on lui demande ce qu’il aime moins chez les Belges, Dodo exprime que s’il a des réticences, c’est avec la police et la justice. “Je me désole d’avoir été condamné à 5 ans avec sursis pour proxénétisme alors que des dizaines de P-V montrent que, depuis treize ans, je n’ai eu de cesse de vouloir me mettre en conformité avec la législation et la pratique belges en matière de prostitution. Avec les filles, j’utilisais des contrats de travail qui m’étaient conseillés par la police en accord avec le parquet. Et vlan : quand même condamné. Mais à Mons, c’est sûr, en septembre, c’est l’acquittement.”



© La Dernière Heure 2013