Belgique La vague verte est moins haute qu’annoncée. MR et PS se tassent fortement mais les socialistes restent le premier parti. Une tripartite sera nécessaire.

Une marée verte était annoncée sur la Wallonie. Elle a bien eu lieu, mais dans des proportions nettement moindre qu’attendue. La progression reste belle, cependant : Ecolo récolte près de 15 % des suffrages pour le Parlement wallon, contre 8,6 % il y a 5 ans. Une hausse de plus de 6 % !

Il s’agit d’un succès électoral indiscutable. Mais sera-ce suffisant pour opérer le virage écologique radical et historique que de nombreux jeunes appelaient des leurs vœux ?

La fin de campagne s’est révélée compliquée pour les écologistes. Leur entrée en scène s’était pourtant déroulée idéalement, portés qu’ils étaient par l’euphorie des marches pour le climat. Entre-temps, le soufflé est quelque peu retombé et les verts se sont trouvés à composer avec les dures et récurrentes attaques du MR qui est parvenu à déplacer le débat vers les enjeux fiscaux et socio-économiques.

L'autre percée, le PTB 

L’autre percée est à mettre au crédit du PTB. Le parti de gauche radicale récolte plus de 12 % des voix ! Il augmente son score de plus de 7 % par rapport à 2014 Alors que l’extrême droite explose les plafonds en Région flamande, l’extrême gauche augmente considérablement en Région wallonne, grappillant nettement sur les voix des socialistes.

Le PS quant à lui se tasse très fortement, mais sauve l’essentiel en restant le premier parti.

Les socialistes obtiennent autour de 25 %, contre 30,9 % en 2014. La chute est importante : près de 6 % de moins. Les scandales à répétition (Publifin, Samusocial à Bruxelles) ont sans nul doute coûté cher au parti sans pour autant lui ôter son statut d’indéboulonnable première force politique de Belgique francophone. La campagne médiatique du PS a été discrète mais grâce à son fort ancrage local et la machine de guerre électorale que représentent ses militants, le parti est toutefois parvenu à garder la tête hors de l’eau.

Le débranchage de prise de Benoît Lutgen à l’été 2017, a probablement constitué un coup de pouce pour Elio Di Rupo. Le stratège montois est parvenu à tirer profit de cette cure d’opposition inattendue et non-voulue, pour mettre un coup de barre politique à gauche, faire le ménage en interne et limiter les dégâts qui auraient pu être plus considérables.

Le MR sanctionné, mais moins fort que prévu

Le MR réalise quant à lui un score bien supérieur à ce que lui présidaient les sondages et à ce que craignaient les libéraux. La sanction des électeurs est cependant, comme pour le PS, indiscutable.

Le MR wallon perd quelque 4 % des suffrages et obtient autour de 22%. Il reste le 2ème parti de Wallonie et réduit la distance avec le PS. Ecolo est maintenu à une distance très considérable.

Le gouvernement MR-CDH a dû composer avec un certain rejet de la politique fédérale, et de l’alliance avec la N-VA, mais aussi avec de solides manifestations syndicales et du milieu associatif pour protester contre la réforme des aides à l’emploi que voulait mener tambours battants par Pierre-Yves Jeholet (MR), ministre de l’Emploi.

La législature, longue de moins de 2 ans, s’est terminée en eau de boudin, avec la chute du gouvernement wallon, consécutive au départ de la députée Patricia Pottigny pour les listes Destexhe.

Pas de bérézina pour le CDH, pas de miracle pour Défi 

Quant au CDH , il perd des plumes sans surprise. Mais la Bérézina que craignaient de nombreux centristes ne s’est, elle non-plus, pas produite. Les humanistes récoltent autour de 12,5 % des suffrages, contre 15,2 % en 2014. Ils perdent moins de 3 % des voix. Son poids électoral pourrait cependant lui permettre de conserver son traditionnel rôle de pivot pour la création de majorité.

Défi n’est de son côté pas parvenu à réussir son pari d’entrer au Parlement wallon. Le parti obtient autour de 4 % des voix, ce qui le place sous le seuil d’éligibilité, fixé à 5 %. Le PP obtient également autour de 4 % : insuffisant pour entrer au Parlement. Enfin, les listes Destexhe recueillent moins de 2 % en Wallonie.