Il a égratigné la N-VA et le CD&V pour justifier un échec “collectif”

BRUXELLES Déçu, amer, dégoûté, écœuré, triste, dépité… Elio Di Rupo était un peu tout cela à la fois hier soir lorsqu’il s’est adressé à la presse au sein de la Chambre des représentants pour faire état de l’échec de sa mission de préformation.

D’emblée, il cible – sans jamais les citer dans son discours – la N-VA et le CD&V. “C’est avec tristesse que j’ai dû constater que deux partis n’ont pas pu accepter la dernière proposition que j’ai mise sur la table aujourd’hui” , dit-il. Mais “je reste convaincu qu’une solution est possible” . Maigre consolation. Le constat est implacable : “Les discussions sur BHV et Bruxelles ont abouti à un blocage” .

“Il est clair que les dossiers de Bruxelles-Hal-Vilvorde et de la Région bruxelloise, les transferts de compétences ou la loi spéciale de financement forment un tout. C’est un ensemble qui doit être jugé équilibré par tous les partenaires.” Donc, aussi les deux partis récalcitrants.

Mais il s’offusque des réactions entendues. “J’ai proposé que ce ne soit pas un chèque en blanc pour Bruxelles. Mais que l’on affecte des moyens financiers à des besoins réels.” Du concret. Par exemple, “pour les navetteurs flamands et wallons” ou “la mobilité” . “Malheureusement, j’ai dû constater que cette nouvelle proposition n’avait pas pu faire évoluer les positions de certains partis néerlandophones…” Précision importante, il dira ensuite que l’échec est bien “collectif”

Elio Di Rupo estime avoir fait de son mieux. Avoir fait tout ce qui était en son pouvoir pour sortir le pays de l’impasse. “La majorité des électeurs flamands ont clairement dit, lors des élections, qu’ils voulaient que la Belgique change, pour donner plus d’autonomie à la Flandre” , précise-t-il. “Les partis francophones autour de la table ont compris ce message. Ils sont allés de l’avant pour remodeler la Belgique en profondeur. […] Ce changement important pouvait devenir réalité dans les prochains mois.”

“Sans doute historiquement les francophones n’avaient-ils pas auparavant suffisamment entendu le message des Flamands” , poursuit le futur ex-préformateur. “J’ai dû constater que certains partis flamands commettent à leur tour le même type d’erreur : ils refusent d’entendre ce que défendent les francophones.”

Et de préciser : “Quel responsable francophone accepterait une réforme qui pourrait provoquer un appauvrissement des Wallons ou des Bruxellois ?” Comprenez : certaines demandes de la N-VA étaient excessives et n’auraient jamais pu être acceptées par des francophones ayant déjà fait de larges concessions.

La page est tournée. “Dès que le Roi m’aura déchargé de ma mission, je reprendrai pleinement ma fonction de président du PS” , raconte Di Rupo. Qui se veut rassurant. “Le PS continuera à être constructif. Il répondra à toutes initiatives visant à sortir le pays de la crise.” Même si la N-VA de Bart De Wever était amenée à prendre la main…

“Je remercie à nouveau très sincèrement tous celles et ceux qui, en première ligne ou en coulisses, ont tenté de concilier l’inconciliable, quasiment jour et nuit” , termine le socialiste.

Concilier l’inconciliable. Une formule qu’Elio Di Rupo a répétée à maintes reprises pour qualifier l’ampleur de la tâche qui était la sienne. L’ex-Premier ministre Jean-Luc Dehaene (CD&V) avait employé des mots similaires en avril dernier lorsqu’il avait été chargé par le Roi de faire des propositions pour résoudre le conflit communautaire autour de BHV.

Concilier l’inconciliable. Voilà qui, par définition, est impossible. Le successeur de Di Rupo sait à quoi s’attendre…



© La Dernière Heure 2010