A la demande du ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) et du secrétaire d'État à l'Asile et à la Migration Theo Francken (N-VA), le SPF Intérieur a déposé plainte contre le député socialiste Emir Kir pour incitation à la rébellion dans un avion.

Ce dernier serait intervenu, le mardi 12 mai, à bord d'un vol d'Air Maroc, à destination de Casablanca, pour tenter de faire avorter l'expulsion d'une ressortissante nigériane, rapportent jeudi les journaux de Sudpresse, Het Laatste Nieuws et De Morgen. Des sources policières ont identifié le bourgmestre de Saint-Josse, à bord de l'avion le jour des faits, comme l'un des instigateurs de la révolte des passagers contre l'expulsion de la Nigériane, qui s'était mise à crier et à pleurer.

Emir Kir concède qu'il s'est mêlé aux discussions, mais assure qu'il n'a rien à se reprocher. "C'était une situation insoutenable, avec une violence verbale et physique. Une situation indigne d'un Etat démocratique", affirme-t-il.

Le SPF Intérieur a déposé plainte contre l'élu socialiste auprès du parquet de Hal-Vilvorde.


La réaction d'Emir Kir: "Si c'était à refaire, je le referais"

Le député-bourgmestre Emir Kir (PS) ne regrette pas d'être intervenu lors de l'expulsion d'une ressortissante nigériane le 12 mai. "Si c'était à refaire, je le referais", a-t-il déclaré à l'Agence Belga, en dénonçant les circonstances inhumaines du rapatriement qui ont suscité une réaction des autres passagers.

Selon M. Kir, la situation était devenue humainement insoutenable, à tel point que les passagers s'en sont inquiétés. D'après le mandataire socialiste, ils ont été éconduits sans ménagement par les policiers. Certains ont même été malmenés. Il a fallu l'intervention d'un homme, africain lui aussi, qui s'est entretenu avec la femme pour que le calme revienne dans l'avion, a expliqué M. Kir.

"J'ai d'abord réagi en tant qu'Homme, comme les autres passagers. Qu'on ait ou non des papiers, on reste un être humain. Nous avons réagi parce que nous étions confrontés à une violence physique et psychologique insupportable. Les cris de cette femme étaient insoutenables. Sans cette intervention, je ne sais pas comment les choses se seraient terminées", a affirmé le député.

M. Kir n'est pas impressionné par la plainte. "On se battra jusqu'au bout contre ceux qui voudraient changer les règles du fonctionnement démocratique de la Belgique. Cette réaction montre la logique de ce gouvernement, et en particulier de la N-VA, qui estime opportune l'utilisation de la violence pour des expulsions".

Le député interpellera les deux ministres N-VA à la Chambre. En attendant, il a déjà reçu le soutien de deux de ses coreligionnaires socialistes bruxellois. "Un geste de simple compassion d'Emir Kir et la brutalité de la N-VA se dévoile", a lancé sur Twitter, l'ex-vice-Premier ministre Philippe Moureaux. "Cette plainte contre @emir_kir c'est de la foutaise Haine-VA ! On ne doit pas oublier le cas dramatique de Semira #Adamou morte étouffée!", a réagi pour sa part le député régional Jamal Ikazban.

Des incidents similaires, impliquant des mandataires politiques bruxellois, se sont déjà produits ces dernières années. En février 2014, la députée Gisèle Mandaila (FDF) était intervenue lors d'une expulsion dans un avion reliant Bruxelles à Kinshasa. Elle avait porté plainte contre un policier pour un coup de poing reçu au visage. En mars 2012, la sénatrice Fatiha Saïdi (PS) s'était également manifestée auprès des policiers dans un avion d'Air Maroc.