Cette semaine, la DH vous emmène au Mali, où la Belgique est à la tête de la mission européenne.

Depuis le 1er juillet 2016, la Belgique a pris le commandement de la mission européenne (EUTM pour European Training Mission) au Mali, relevant ainsi l’Allemagne. L’EUTM a été lancée en février 2013 dans la foulée de l’opération française Serval, qui visait à neutraliser les groupes islamistes armés présents au nord du pays. Cette mission, qui mobilise quelque 550 militaires d’une vingtaine de nationalités différentes, est prévue jusqu’en mai 2018. Le contingent belge en assure le commandement pendant un an au moins.

Son objectif : mettre sur pied une capacité militaire malienne capable d’instaurer un climat de sécurité dans le pays et de lutter contre la menace terroriste.

Principalement formative, l’EUTM met l’accent sur les formations des unités de combat, les conseils en matière de renseignement mais aussi sur des modules portant sur les droits de l’homme et la protection des populations civiles. Selon l’Europe, qui a pris la décision de lancer cette mission à la demande des autorités maliennes, rétablir la paix dans ce pays constitue un enjeu majeur pour la stabilité de la région sahélienne et de l’Afrique, régulièrement le théâtre d’attaques terroristes, mais aussi pour ses propres États membres. Pour la Composante Terre de l’armée belge, l’EUTM est la mission la plus importante à l’étranger : 90 militaires y sont déployés depuis mi-mai 2014. Ils sont aujourd’hui 125, essentiellement des Chasseurs ardennais.

Les Belges présents sur le théâtre malien, plus précisément dans « la boucle du Niger », doivent assurer plusieurs tâches.

Premièrement, les militaires sont en charge de ce qu’on appelle en jargon militaire le volet Force Protection, c’est-à-dire qu’ils forment "une bulle de sécurité" autour des instructeurs européens, du personnel de l’EUTM et des infrastructures dans un camp militaire. Deuxièmement, ils forment, accompagnent, conseillent et coachent plusieurs bataillons des Forces armées maliennes (FAMa). Il y a deux semaines, des soldats maliens ont ainsi été formés sur l’armement (comme le AK47), les techniques de sniper, les procédés de patrouille, la réaction à une embuscade, les techniques contre les engins explosifs improvisés, le combat en zone urbaine et les techniques de premiers secours.

Même si la Belgique a le lead, comme les militaires le précisent, il ne s’agit pas d’une mission belge. "Chacun porte son uniforme mais on est tous européens", explique Etienne, qui chapeaute les activités belgo-belges. "Les Maliens sont à la manœuvre. Ce sont eux qui décident des formations dont ils ont besoin, on ne leur impose rien, on va là où ils ont besoin de nous", continue-t-il.

Le Quartier Général de la mission est situé à Bamako et la formation se déroule au camp d’entraînement de Koulikoro, situé à 60 km de la capitale et où la DH a établi provisoirement ses quartiers. Au programme cette semaine : patrouille dans les montagnes, reportage dans les coulisses de Koulikoro et rencontre avec les Chasseurs ardennais, qui nous parleront de la vie dans le camp, de leur mission et du Mali.

© Sarah Freres

La menace djihadiste plane toujours

Entre luttes internes, velléités d’indépendance d’ethnies et menace terroriste, le pays peine à retrouver une stabilité et doit faire face, dernièrement, à un regain de violences.

Le 21 juillet, le président Ibrahim Boubacar Keïta a décrété l’état d’urgence pour dix jours. Les Maliens observaient alors un deuil national de trois jours après l’attaque d’un camp militaire de Nampala, dans le centre du pays. 17 soldats y ont été tués le 19 juillet. Le 20 novembre 2015, l’attaque de l’hôtel Blu Radisson, où 21 personnes dont deux Belges ont perdu la vie, n’est qu’une autre preuve de la recrudescence des violences.

Des zones entières du pays échappent en effet encore au contrôle des forces maliennes et internationales (l’Onu y mène une mission baptisée Minusma). Le défi sécuritaire reste immense, principalement dans le nord et le centre du Mali, qui sont confrontés à une prolifération de groupes armés comme Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), Ansar Dine ou Al-Mourabitoune (qui a fusionné avec Aqmi en décembre 2015 afin de contrer l’influence de l’État islamique).