Le chef du service de cancérologie de l'Huderf claque la porte

BRUXELLES `Pendant douze ans, j'ai essayé de joindre les deux bouts. Je me suis battu avec un acharnement qui m'a souvent été reproché pour obtenir des résultats concrets. Vous savez, lorsque vous avancez parce que vous pensez que l'on vous tend une carotte, vous avez toujours espoir d'un jour la croquer. Mais lorsque vous vous rendez compte qu'il n'y a plus de carotte, qu'il n'y en a probablement jamais eu, à quoi bon insister...´

Eric Sariban est à la fois amer, dépité et en colère. Une colère qu'il a du mal à contenir; non pas tant en raison de ce tempérament bouillant qui le caractérise, mais parce qu'il a le sentiment d'avoir perdu l'un des combats qui lui tenait le plus à coeur. Or, cette lutte, c'est aussi surtout celle qu'il mène pour les patients hospitalisés à l'unité de cancérologie pédiatrique de l'Hôpital des enfants Reine Fabiola (Huderf Bruxelles); en prenant le parti des mômes et de leurs familles, maillons de l'association Jour après Jour.

Le Pr Sariban a démissionné de son porte de chef de ce service. Il n'y exercera plus à plein temps. `Je continuerai à m'occuper des tumeurs cérébrales et, bien entendu, des enfants dont j'avais la charge jusqu'à présent. Mais pour le reste, je ne veux plus être mêlé à quoi que ce soit. J'ai installé un labo sur le site de l'hôpital Brugmann, à quelques pas de l'Huderf. Nous avons nous-mêmes dû repeindre les locaux durant le week-end: ils étaient à l'abandon depuis vingt ans et seront d'ailleurs détruits dans quelques mois. On verra après vers où on nous déménagera...´

Ce geste fort, Eric Sariban l'a posé parce qu'il ne veut plus cautionner `une direction qui ne lésine pas sur les promesses, mais qui n'accorde aucun moyen. Saviez-vous que l'unité d'oncologie infantile ne dispose toujours pas de douches? On doit laver les gosses dans trois ou quatre baignoires-éviers de 70 cm de large et 40 cm de hauteur! La toilette des adolescents doit être effectuée dans leur lit, par les infirmières. C'est tout bonnement inadmissible. Et souvenez-vous du ramdam que nous avons dû provoquer pour que l'on nous installe enfin un système d'air conditionné!´

Ces griefs, le Pr Sariban les a soumis, voici quelques mois, à la cinquantaine de membres du conseil d'administration de l'Université libre de Bruxelles (ULB), l'autorité académique de l'Huderf. `J'ai reçu... une réponse, qui ressemblait davantage à un accusé de réception. Sinon, silence sur toute la ligne. Or, je dénonçais des faits graves, qui méritent une attention extrême, parce qu'il en va du bien-être, voire de la survie, d'enfants malades du cancer! Mais non, rien, pas de réaction.´

Eric Sariban parle de véritable `catastrophe´. En réalité, `ce n'est pas l'argent qui manque, c'est la manière dont il est géré qui pose un sérieux problème.´ D'autant que, dans ces conditions, `ce sont les enfants qui paient la note, en étant mal pris en charge´.

Le Pr Eric Sariban a fait l'objet, le 17 mars 2000, d'une sanction disciplinaire décidée par le conseil de direction de l'Huderf. Celui-ci lui reprochait d'avoir orchestré une `campagne médiatique´ contre les responsables de l'hôpital. Eric Sariban a fait état d'un `devoir moral de rébellion´.