Un Belge sur cinq ne le tolère pas du tout !

LOUVAIN-LA-NEUVE "Les résultats nous ont interpellés. On a donc recommencé l'étude. Avec le même résultat. Un Belge sur cinq est ainsi contre le port du voile. Par contre, la deuxième enquête a permis de contrebalancer dans le sens qu'on y découvre que pour 20 % des gens, porter le voile, c'est faire preuve de liberté."

Vassilis Saroglou, responsable du Centre de psychologie de la religion à l'UCL, a présenté ce vendredi, avec Matthieu Van Pachterbeke et Coralie Buxant, les résultats de deux études menées pour la première fois, en Belgique et en Europe, sur la question du voile. 313 personnes représentant la population belge (mais aucune en Flandre...) ont, au printemps 2005 et fin 2006, répondu à un questionnaire anonyme.

"44,6 % indiquent que le port du voile les dérange à l'école , analyse le professeur. Mais on pourrait dire que c'est aujourd'hui politiquement correct de penser ainsi. Près de 35 % se disent aussi dérangés lorsqu'il est porté dans les lieux publics, tandis que seuls 17,5 % estiment qu'il peut être porté partout."

Quant à la représentation du voile, 75 % déclarent qu'il est signe d'appartenance à une communauté; 69,2 % le voient comme un indice de soumission; 44,2 % pensent qu'il est porté pour marquer la différence par rapport aux Belges; 30,8 % qu'il est un signe "anti-Occident" . Enfin, seuls 20 % pensent qu'il permet de préserver la liberté.

Être croyant prédirait une attitude bénéfique face au voile (sauf pour les extrémistes de tout poil). De même pour les jeunes, les gens marqués à gauche ou les citoyens du monde qui seraient plus tolérants. Par contre, les attitudes par rapport au groupe dont on fait partie (racisme subtil basé sur le mépris de la nature des autres) auraient l'effet inverse.

Reste à savoir que faire des résultats. Pour Vassilis Saroglou, "si le racisme peut raisonnablement être pensé comme suscitant en grande partie l'hostilité au voile, il n'est pas exclu non plus que la surprésence du voile dans l'espace public alimente un racisme sous-jacent. Pour nous, cela implique donc un travail d'éducation. Pour la communauté musulmane, se pose la question d'une réflexion spirituelle où la nécessité de respecter une pratique religieuse doit aussi en partie tenir compte du regard d'autrui."



© La Dernière Heure 2007