La proposition de loi déposée par trois députées PS sera abordée ce jeudi en séance plénière.

Elles sont trois. Trois femmes. Trois députées fédérales PS : Karine Lalieux, Laurette Onkelinx et Fabienne Winkel. Ce jeudi, elles déposeront à la chambre une proposition de loi concernant l’avortement. Elles souhaitent étendre le délai maximum pour pratiquer l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Elles aimeraient le voir passer de 12 à 14 semaines. Et sortir l’IVG du code pénal.

"À l’heure où les droits de la femme sont remis en cause dans différents pays par des partis conservateurs, on souhaitait que cet acte soit reconnu comme un droit fondamental des femmes à la santé et l’autodétermination", explique Karine Lalieux. Elle poursuit : "Ce n’est pas, comme c’est indiqué actuellement dans le code pénal, un crime ou un délit contre l’ordre des familles et la morale publique."

Laurette Onkelinx continue : "C’est le premier dossier traité en tant que parlementaire en 1990. On avait, à l’époque, fait pas mal de compromis notamment sur la durée (12 semaines), que le droit de détresse soit repris dans le code pénal et qu’il y ait une commission d’évaluation de crainte de dérives."

26 ans plus tard , "on constate qu’il n’y a pas eu d’explosions d’IVG. Personne ne considère l’avortement comme une partie de plaisir. C’est un acte réfléchi et subi, qui laisse souvent des séquelles", constate l’ancienne ministre fédérale de la Santé. "On aimerait que le délai soit élargi à 14 semaines pour qu’il y ait un plus large consensus. Si on va au-delà et qu’il se dégage un accord politique, c’est bien."

Elles souhaitent donc que les femmes puissent choisir et décider du moment où elles veulent mettre un terme à leur grossesse indésirée. "Et les aider à déculpabiliser", ajoute Fabienne Winkel. "Elles subissent souvent l’IVG et ce serait bien qu’elles puissent y avoir droit sans pression", poursuit Karine Lalieux.

20.000 avortements par an

Dans notre pays, les données chiffrées concernant l’avortement sont peu nombreuses. Les dernières données publiées datent de l’année 2011. Quelque 19.758 interruptions volontaires de grossesses avaient été signalées.

Un chiffre qui reste stable. "Tous les ans, ce sont à peu près 20.000 avortements qui sont pratiqués dans les centres hospitaliers et de planning familial", détaille Laurette Onkelinx. "On n’a pas vu d’explosion d’IVG depuis la sortie de la loi en 1990. On espère que cette proposition sera soutenue et suivie."


La contraception en prévention

Les différents rapports démontrent que la plupart des avortements concernent les femmes de plus de 40 ans et de moins de 20 ans.

Selon les rapports détaillés, plus de la moitié de ces femmes prenaient un moyen de contraception, tous âges confondus. 30,46 % des femmes qui subissent une IVG prenaient la pilule contraceptive. Le préservatif suivait, dans 14,57 % des cas.

Il y a également 41,65% de femmes qui souhaitaient interrompre leur grossesse et qui ne prenaient aucun contraceptif.

Les députées fédérales socialistes à l’origine du projet de loi sont conscientes que l’IVG "n’est pas une contraception". "Il faut régulièrement faire des campagnes sur les moyens contarceptifs auprès du public et des écoles", admet Laurette Onkelinx, ex-ministre de la Santé.

Fabienne Winkel ajoute: "Malheureusement, on ne peut que constater que l’usage du préservatif se perd auprès des jeunes. Notre génération, sensibilisée au sida, utilisait le préservatif lors des rapports sexuels."

Outre la prévention, les députées espèrent réhabiliter la distribution de la pilule du lendemain dans les centres de planning familial.


"On est pour l’extension du délai"

Eloïse Malcourant, Porte-parole à la fédération des centres de planning familial.

81,27 % des avortements sont pratiqués dans des centres extra-hospitaliers, comme les centres de planning familial. Alors, forcément, cette proposition de loi touche les centres également.

"En Belgique, c’est vrai que les médecins peuvent pratiquer l’interruption volontaire de grossesse jusqu’à 12 semaines de grossesse."

Pour certaines jeunes filles, c’est trop peu. "Nous sommes pour l’extension du délai à 16 semaines, comme c’est le cas dans certains autres pays d’Europe. Si les jeunes filles qui viennent pour un avortement ont dépassé ce délai, en Belgique, on les envoie vers d’autres professionnels. Aux Pays-Bas, notamment."

Là-bas, les médecins peuvent pratiquer l’interruption volontaire de grossesse jusqu’à la 22e semaine dans les faits. La loi ne prévoit toutefois pas de délai.

Elle ajoute : "Ce n’est pas notre priorité, mais on soutient le projet. On aimerait plutôt aussi travailler sur le remboursement des IVG pratiquées aux Pays-Bas. Et lutter contre la pénurie de médecins pratiquant dans les centres de planning familial. Sur le terrain, c’est notre réalité, notre première grande priorité en ce moment."