Belgique D’après une étude mandatée par le SPF Économie, les attentats de Bruxelles ont coûté un milliard d’euros à la Belgique.

Cela fait déjà plusieurs mois que les commerçants bruxellois tirent la sonnette d’alarme. Un rapport commandé par le SPF Économie, que la DH a pu consulter en primeur, vient confirmer ce ressenti.

La capitale a payé un lourd tribut aux attentats : 122,5 millions d’euros de chiffre d’affaires en moins au premier trimestre de cette année. La Flandre - dont le Brabant flamand - a perdu 33 millions d’euros tandis que la facture est un peu moins lourde pour la Wallonie : 20 millions d’euros. "Il s’agit de la première étude d’impact économique depuis les attentats de Paris du mois de novembre 2015. C’est très important d’avoir ce genre d’étude objective" , note le ministre de l’Économie Kris Peeters (CD&V) qui estime que le gouvernement a "activé tous les instruments possibles pour aider les entreprises" .

Si les commerçants ont vu fondre leurs recettes, l’État belge a lui aussi perdu gros. Le SPF Économie a calculé que "les recettes fiscales auraient diminué de 760 millions d’euros à la suite des attentats" . Ce montant englobe l’ensemble des secteurs d’activités en Belgique. "Tandis que, pour le calcul des chiffres d’affaires par région, le SPF Économie s’est concentré sur six ou sept secteurs d’activité" , note-t-on au cabinet Peeters : le commerce de détail, l’Horeca, les taxis, le cinéma, les activités créatives, artistiques et de spectacle, etc. "Si l’on ajoute les autres secteurs, la facture globale est plus lourde encore" , soit 175,5 millions de recettes en moins auxquelles il faut ajouter les autres secteurs non comptabilisés ainsi que les 760 millions de pertes fiscales. Cela correpond à environ 0,1 % du PIB (au 1er trimestre 2016).

Tous le reconnaissent , il fadra du temps pour se remettre à flot. "L’impact économique des attentats va encore se faire sentir durant des mois…" , s’était déjà inquiété, un mois après les attentats de Bruxelles, le président de Comeos, Dominique Michel. Une crainte confirmée aujourd’hui par Kris Peeters : "Il nous faudra des mois, voire des années pour mesurer l’impact économique et les dégâts causés à notre image, à court et moyen terme" .


Les terroristes ont fait sombrer l’Horeca

Selon les chiffres de l’étude d’impact des attentats terroristes en Belgique, le chiffre d’affaires des établissements Horeca a enregistré une chute de près de 4 % sur le premier trimestre de 2016, sur l’ensemble du pays. En termes de rentrée fiscale, le SPF Économie table sur une perte de 359 millions d’euros rien que pour le secteur de l’Horeca !

Des grandes villes touristiques telles que Gand, Bruges ou Mons ont certes perdu des clients mais c’est la capitale de l’Europe qui en a pris le plus dans la vue. En mars de cette année, le nombre de nuitées passées dans les 175 hôtels bruxellois a diminué d’un quart (25,7 %) par rapport au mois de mars 2015, passant à moins de 380.000. Une chute d’ailleurs inéluctable depuis le mois d’octobre dernier et le début de la menace terroriste chez nous - où le pic des 600.000 nuitées avait été atteint. Un léger rebond en janvier et février n’y fera rien, ça replonge en mars, où le secteur affiche un taux d’occupation d’à peine 36 % contre 45 l’an passé à la même période.

Inexorable ? Le ministre de l’Économie Kris Peeters n’y croit pas mais reconnaît que cela prendra du temps.  "J’espère évidemment qu’avec les vacances et le beau temps, les touristes vont réinvestir Bruxelles et les autres grandes villes touristiques belges. Mais ce n’est pas gagné" , commente M. Peeters.  "Step by step, nous allons dans la bonne direction. Nous appelons les gens à retourner à Bruxelles, sur les terrasses des cafés, etc. Mais aussi de rester vigilants, attentifs."

Face à une telle situation , les établissements Horeca ont dû mettre leurs employés en chômage temporaire pour cause de force majeure. Comme le montre le graphique ci-contre, le nombre de jours chômés de cette manière a été multiplié par 2,5 entre les mois de mars et de mai 2016 : du jamais vu !

À ce sujet, Kris Peeters s’est voulu rassurant. Il a donné la possibilité aux entreprises de faire appel à ce chômage temporaire pour force majeure afin de limiter la casse. Une mesure mise en place dès le lendemain des attentats et récemment prolongée jusqu’à la fin du mois de septembre.

© DH


Les taxis et les cinémas ont tiré leur épingle du jeu

Si la plupart des secteurs ont souffert après les attentats du 22 mars, certains ont tout de même réussi à en tirer, malgré eux, un certain bénéfice. C’est le cas des taxis.

À Bruxelles, ce secteur a enregistré une hausse de son chiffre d’affaires de 6,8 %, et de 11,5 % en Wallonie par rapport à la même période de l’année passée.  "Vu le contexte des attentats et la limitation de l’accès aux transports en commun, les écarts positifs constatés pourraient, du moins en partie, être attribués à un effet de substitution des moyens de transports publics par les taxis" , analyse le SPF Économie. Le métro de la capitale n’avait en effet rouvert totalement que le 25 avril, soit plus d’un mois après l’attaque terroriste. L’enquête du SPF montre aussi que les cinémas bruxellois ont vu leur chiffre d’affaires bondir de 8,4 % au premier trimestre. Cela s’explique probablement par les réticences de beaucoup d’habitants de la capitale à se retrouver le soir sur les terrasses des cafés.


ice et Paris durement touchées

Cet été, la carte du tourisme a été fortement influencée par les attentats. La Tunisie en a pratiquement été rayée, la Turquie en paye un lourd tribut (-5 millions de visiteurs) et, plus proche de nous, deux villes françaises ont vu leur fréquentation hôtelière drastiquement baisser à la suite des attentats qui les ont frappées. Paris et Nice peinent en effet à retrouver leur lustre suite aux attaques du 13 novembre (à Paris) et du 14 juillet (à Nice).

À Nice, par exemple, le taux d’occupation des hôtels atteignait 91,80 % le 17 juillet 2015 et a chuté à 86,3 % le 15 juillet 2016. Le samedi (18/07/2015 versus 16/07/2016), la chute était encore plus marquée pour atteindre -7,7 % tandis que le dimanche (19/07/2015 versus 17/07/2016), les hôteliers ont vu la fréquentation baisser de 18,4 %.

En termes de revenus, les hôteliers doivent ainsi composer avec une perte de chiffre d’affaires de l’ordre de 23,50 %.

À Paris, la donne est identique. Alors que le 14 novembre 2015 affichait un taux d’occupation similaire au funeste 13 novembre 2015, la chute a atteint 20,7 % dès le lendemain des attentats, se traduisant par une perte de revenus de 18,9 %.