Belgique

Un homme résidant à Schaerbeek est actuellement entendu dans le cadre d'une commission rogatoire française, concernant un dossier relatif à des filières djihadistes. Ce dossier n'est toutefois pas lié au triple assassinat au Musée juif, a indiqué lundi le parquet fédéral. Cinq hommes ont été arrêtés lundi en région parisienne, dans le sud de la France et près de Bruxelles dans le cadre d'une enquête sur une filière d'envoi de jihadistes vers la Syrie, a-t-on appris de sources concordantes.

Ce dossier n'est aucunement lié à l'enquête sur la tuerie du Musée juif de Bruxelles, même si Mehdi Nemmouche, arrêté vendredi en France et soupçonné d'être le tireur, semble avoir lui-même passé plus d'un an en Syrie, selon une source judiciaire rapportée par l'AFP.

L'enquête qui a conduit au coup de filet de lundi a débuté en juillet quand un père a prévenu les autorités françaises que son fils avait tenté de partir en Syrie pour y combattre. Des juges d'instruction avaient été désignés en novembre pour mener une des 40 à 50 procédures en cours à Paris sur ces filières. Aucune des cinq personnes interpellées, âgées de 18 à 30 ans, ne s'est rendue en Syrie. Il s'agit de "recruteurs" présumés, de "facilitateurs", selon les expressions de sources proches de l'enquête.

Nemmouche ne s'opposera pas "en principe" à son extradition

Mehdi Nemmouche, le Français soupçonné d'être le tueur du Musée juif de Bruxelles, ne devrait "en principe" pas s'opposer à sa remise à la Belgique, a déclaré lundi à l'AFP son avocat, Me Apolin Pepiezep.

"Je viens d'en parler avec lui. En principe, il ne s'y oppose pas. Je ne peux pas trop m'avancer, il peut changer d'avis", a déclaré l'avocat ajoutant que son client continuait d'invoquer son droit au silence en garde à vue, refusant de s'exprimer sur les faits. Si elle se confirmait, cette décision de Mehdi Nemmouche devrait accélérer le processus de remise à la justice belge.

Le suspect, un Français au profil jihadiste, était toujours interrogé lundi par la police, qui veut comprendre comment il a échappé aux services de renseignement qui surveillent les centaines d'Européens rentrés comme lui de Syrie. Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a par ailleurs estimé que si la Belgique demandait l'extradition de l'intéressé, à l'issue de sa garde à vue, il "serait logique que ça lui soit accordé".

Mehdi Nemmouche, 29 ans, arrêté vendredi à Marseille, "était extrêmement dangereux" et "il est probable qu'il aurait continué à agir", a jugé lundi matin M. Cazeneuve. Le jeune homme présente le "profil du loup solitaire", "l'enquête dira s'il a bénéficié ici ou là de complicités", a ajouté le ministre de l'Intérieur, qui a aussi fait part de l'arrestation de quatre personnes en lien avec des filières jihadistes, en région parisienne et dans le sud de la France, sans préciser s'il y avait un lien avec Mehdi Nemmouche.

Gilles de Kerchove: "Nous devons resserrer les mailles du filet européen"

La tuerie résonne comme un échec des services de renseignement, qui surveillent pourtant attentivement les centaines d'Européens rentrés de Syrie où ils ont mené le jihad, craignant qu'ils ne basculent dans le terrorisme. "C'est l'exemple-type de ce que l'on redoutait. Un homme lié à l'une des deux principales organisations armées à l'oeuvre en Syrie, agissant soit seul soit programmé sur place pour organiser un attentat à son retour", a jugé lundi le coordinateur de la politique antiterroriste de l'Union européenne, Gilles de Kerchove, pour qui le "jihadisme syrien est devenu la principale préoccupation des services de renseignements mondiaux", dans un entretien au quotidien français Le Monde.

Beaucoup de jihadistes sont repérés lors de leur départ et surtout de leur retour puis fichés par les services antiterroristes. Certains, toutefois, en gagnant en voiture les confins turco-syriens et en franchissant discrètement les frontières, peuvent tromper la vigilance.

"Nous devons resserrer les mailles du filet européen. Nous affrontons des gens qui savent exploiter nos règles de libre circulation", selon Gilles de Kerchove. Il était fiché par les services français, mais confronté à un nombre sans cesse croissant de personnes potentiellement menaçantes, l'antiterrorisme n'a pas les moyens de les placer toutes sous surveillance et établit des listes par ordre décroissant de dangerosité présumée.