Frédéric Clément de Cléty, avocat du barreau de Bruxelles, est décédé cette nuit d'une infection. Nos confrères de LaLibre.be ont interrogé sa consœur et amie Nathalie Gallant, avocate pénaliste. 

Où et quand aviez-vous rencontré Frédéric Clément de Cléty ?

Sur les bancs de l'université à Saint-Louis, où il était devenu mon meilleur ami. En première candidature, je ne fréquentais pas beaucoup les auditoires et lui non plus, il allait aux cours qui l'intéressaient. Déjà à l'époque, il sortait du lot. Il était habillé de jeans, avait les cheveux longs et arborait un bronzage assez intense. Il avait déjà une passion pour les animaux. Une passion qui l'a même amené à avoir un loup et un faucon avec qui il s'entendait à merveille. Je l'ai fréquenté de beaucoup plus près suite au suicide de mon père, alors que nous étions en plein blocus en deuxième année. A la maison, l'ambiance était relativement épouvantable et il m'avait suggéré de venir chez sa maman. J'ai y passé tout le mois de juin, en 1988 si je me souviens bien. Lui commençait à étudier lorsque moi je terminais : vers 16h.

Quel avocat était-il ?

En terme de talent, il avait de l'or entre les mains. C'est certainement l'un des plus grands plaideurs, non pas de sa génération, mais des 50 dernières années. Le seul problème, c'est que certains démons l'agitaient, l'ont toujours agité. C'est peut-être cela qui lui donnait ce petit grain de folie qui le rendait particulièrement exceptionnel. Lors de ce fameux blocus, il prédisait qu'à 40 ans je serais une bourgeoise et que lui serait mort... Il a toujours eu une vue relativement pessimiste de son avenir, parce que son père et son frère sont décédés des mêmes causes. Il avait pris pour acquis que cela arriverait un jour ou l'autre.

Peut-on dire que c'était une tête-brûlée ?

Non, parce que j'associe ce terme plutôt aux bandits. Lui avait un sens de l'honneur tout à fait réel mais avait parfois des comportements suicidaires. Pas suicidaires en tant que tels mais dans le sens qu'ils ne pouvaient qu'aboutir à quelque chose tragique. Comme s'il souhaitait hâter une chose qui était de toute façon écrite...

Continuiez-vous à vous voir dernièrement ?

Beaucoup moins ces derniers temps, même si au cours des derniers mois il m'avait recontactée. J'avais effectivement constaté qu'il était au plus mal, tant psychologiquement que physiquement parlant.

Le procès Dutroux, où il défendait Michel Nihoul, restera-t-il son procès phare ?

Il a toujours eu un goût de la provocation donc il serait le dernier à rougir d'avoir été l'avocat de Nihoul, qu'il a défendu bec et ongles. Mais il n'a pas été tellement remercié puisque M. Nihoul l'a attaqué en responsabilité professionnelle pour des queues de cerises qui n'avaient rien à voir avec le procès à proprement parler. Mais je ne suis pas sûre qu'il aimerait laisser comme dernière image d'avoir été l'avocat de Nihoul. Il était tout simplement brillant. Il savait habiller tous les maux. C'était un ténor à l'ancienne, il n'était pas dans le synthétique. On pouvait aller s'asseoir pour écouter sa plaidoirie, c'était un plaisir à l'oreille.