Belgique

Suite à la pression de ces derniers jours, le secrétaire d'Etat à la pauvreté a décidé de renoncer à son mandat

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BRUXELLES Le Secrétaire d'Etat à la Lutte contre la pauvreté, Frédéric Laloux, a décidé de remettre son poste pour rester fidèle à ses valeurs et à son engagement politique. Il dit aussi refuser de participer à la "Star academy" de la politique.
L'ex-Secrétaire d'Etat PS motive sa décision dans un long communiqué diffusé samedi en milieu d'après-midi.
Il y rappelle avoir été appelé à son poste le 20 mars et s'être mis au travail immédiatement, avoir intégré les décisions prises par les négociateurs et noué des contacts avec le monde associatif ainsi qu'avec les services avec lesquels il allait travailler.

M. Laloux insiste sur la volonté de discrétion qui l'a animé. "Malgré cette volonté d'être discret, je n'ai pas eu droit, contrairement à d'autres, à une période de sérénité. Dès les premiers jours de mon entrée en fonction, des bruits de couloirs et des rumeurs sans fondements se sont développés à mon sujet", dit-il.
Il relève qu'on lui a reproché de "n'avoir qu'une formation d'artisan pâtissier", ou encore de ne pas être un "politicien à la longue carrière" et juge cela insultant pour tous les élus locaux qui, comme lui, peuvent apporter leur expérience à la défense de causes nobles.

Il évoque aussi les attaques dont il a fait l'objet concernant sa consommation d'essence, des amalgames "avec la situation de l'échevin Gavroy qui a fait bénéficier son épouse de la carte essence de la ville" ou encore les attaques sur des mandats desquels il avait pourtant démissionné comme le prévoient les règles, ou demandé sa mise en congé pour les fonctions où il n'existe aucune incompatibilité.
Frédéric Laloux dit encore ne pas avoir voulu alimenter la polémique et être resté calme: "Aujourd'hui, je pense avoir prouvé mon honnêteté et démonté toutes les accusations qui ont été injustement faites à mon égard", écrit-il.

Mais les conditions dans lesquelles se développe la vie politique au niveau fédéral ne le satisfont pas: "Je fais de la politique pour améliorer la vie des gens. Je fais de la politique pour être utile", mais depuis trois semaines, "tout ce qui se dit à mon égard n'est que mensonges, critiques subjectives et amalgames".
Dès lors, il refuse de participer à une sorte de "star academy de la politique", ayant une autre opinion de la fonction politique que celle qui consiste à critiquer pour le plaisir et sans fondements et attaquer les personnes plutôt que les actions.
Il dit avoir l'impression que se développe en ce moment une volonté de casser ou d'éliminer les personnes qui subjectivement à un moment donné ne correspondent pas à un "casting".

"Je ne suis certainement pas parfait. Mais je suis un homme honnête et de conviction", dit-il, expliquant que: "c'est pour rester fidèle à mes valeurs et à mon engagement que j'ai décidé de remettre mon poste de Secrétaire d'Etat". Car dans les conditions d'animation médiatique et d'exigence de "casting", "je ne pense pas sereinement pouvoir assumer une mission que j'estime pourtant essentielle : travailler à réduire les inégalités dans notre pays et lutter contre la pauvreté", conclut M. Laloux.

La polémique s'était installée dès le début

Frédéric Laloux a été nommé Secrétaire d'Etat fédéral le 20 mars, alors qu'il était Conseiller communal, chef du groupe socialiste à la ville de Namur et attaché au cabinet du ministre wallon Michel Daerden. Rapidement, l'homme a fait l'objet d'attaques concernant tant l'utilisation d'une carte d'essence de la ville, que des mandats publics qu'il aurait continué à détenir irrégulièrement. Des critiques se sont aussi élevées dans les rangs du PS, où certains ne voyaient pas d'un bon oeil la désignation par le président Elio Di Rupo d'un nouvel "inconnu" à un poste ministériel.

Affilié au parti socialiste depuis 1991, sa carrière politique a démarré en 1995, lorsqu'il devient Conseiller communal à Namur. De 2001 à 2006, il a été échevin des Sports, de la Logistique et du Centre de secours. Originaire de Jambes où il vit toujours, Frédéric Laloux a une formation d'agent immobilier.

L'attention de la presse est attirée sur M. Laloux dès la déclaration gouvernementale, lorsque les journalistes constatent qu'il est le seul membre du gouvernement absent au moment où M. Leterme entame la lecture de son texte. Une première polémique éclate dès le 29 mars, lorsque le nouveau Secrétaire d'Etat déclare qu'il n'a pas de Cabinet et doit travailler dans sa voiture. Il reconnaît ensuite que des locaux lui ont bien été attribués.

Ce sont ensuite des informations de presse faisant état de pleins de carburant abusifs pour sa voiture officielle. Pour ces faits, un dossier le concernant, ainsi que l'échevin Ecolo de Namur Arnaud Gavroy, est envoyé au procureur général de Liège et une information judiciaire est ouverte à propos du Secrétaire d'Etat.
Après un appel du président des socialistes bruxellois Philippe Moureaux à renvoyer M. Laloux à Namur, de nouvelles accusations le visent, concernant cette fois une incompatibilité entre ses fonctions ministérielles et des mandats publics.

Frédéric Laloux a rejeté toutes les accusations qui étaient portées contre lui.
Mais il a fini par démissionner samedi, dénonçant "mensonges, critiques et amalgames" à son égard, voulant rester fidèle à son engagement et disant ne pas vouloir participer à la "star academy" de la politique.

© La Dernière Heure 2008