La fuite sur les prix et le nombre de vaccins commandés par la Belgique via un tweet de la secrétaire d'Etat au Budget Eva De Bleeker (Open VLD) a suscité beaucoup de réactions. D'abord du côté politique, où certains ont félicité cette "transparence" que beaucoup exigent depuis des semaines. Du côté du ministère de la Santé, on s'abstient tout de même à tout commentaire. Y compris sur les nombres de vaccins commandés qui varient par rapport à ce qui a été divulgué précédemment.

C'est le cas par exemple pour le Curevac. La Belgique avait annoncé 2,9 millions de doses achetées. Ici, on constate plus de 5,8 millions. Mais du côté des autorités (gouvernement, Agence fédérale des médicaments, etc.), on se refuse à toute réaction ce vendredi. Il revient tout de même que ce chiffre serait une erreur liée à un document de travail non finalisé. Rappelons tout de même que le Comité consultatif avait d’abord émis un avis mitigé sur le vaccin mais les autorités ont finalement préféré suivre les voisins européens et passer cette commande. La question de l’importance de l’avis du Comité et de ce qu’en font les autorités se pose donc toujours.

© Les différents vaccins et prix affichés dans le tweet d'Eva De Bleeker

Du côté des entreprises, Pfizer a dénoncé ce manquement lié aux clauses de confidentialité mais sans vouloir donner plus de détails sur d'éventuelles poursuites.

Dans l'intérêt du gouvernement et des citoyens ?

Pharma.be, l'organisation qui 130 entreprises pharmaceutiques en Belgique, estime pour sa part que la fuite "pourrait nuire au gouvernement" et, in fine, aux citoyens. La transparence sur les contrats laisserait aux entreprises la possibilité de s'accorder sur les prix, avance-t-elle par exemple.

"La confidentialité des vaccins, établie de manière contractuelle, a pour avantage important que les prix et les conditions des entreprises concurrentes ne sont pas connus des producteurs en cours de négociation pour leur propre vaccin. Des accords sur les prix et des consultations entre les entreprises sur leurs conditions sont dès lors interdits pour cause de règles de concurrence, ce qui est dans l’intérêt du gouvernement et du consommateur. La fuite d’informations contractuelles confidentielles n’implique donc pas seulement une rupture de contrat mais représente également un problème pour les règles de concurrence", annonce l'organisation dans un communiqué.

"L’écosystème belge particulièrement précieux dont font partie les entreprises pharmaceutiques pâtit du non-respect des conditions contractuelles telles que la confidentialité. Il est essentiel de respecter les règles et les obligations afin de fournir les innovations pharmaceutiques aux meilleurs prix et le plus rapidement possible aux citoyens", précise Caroline Ven, la CEO de Pharma.be.

L'organisation défend également les écarts de prix sur base des différentes technologies utilisées par les firmes ainsi que sur leurs logistiques propres. Elle note par ailleurs que les prix divulgués sont raisonnables par rapport aux investissements engagés et aux risques.

Ils vont de 1,78 euros par dose pour AstraZeneca à 18 euros pour le vaccin de Moderna (voir tableau ci-dessus). Si d’usage les prix de vaccins varient entre pays en fonction de la population (l'UE est peuplée de 445 millions d'individus contre "seulement" 328 millions pour les USA, ce qui fait une différence sur les prix de gros), de la logistique et du pouvoir d’achat de ceux-ci, les Américains ont tout de même réagi car, dans l’ensemble, ils paient plus cher pour ceux contre le Covid-19. Celui de Pfizer/BioNTech leur revient par exemple à 19,5 dollars contre un peu moins de 15 dollars pour les Européens, relaie le Washington Post.

Test Achats déclare pour sa part que cette transparence est nécessaire pour établir un lien de confiance primordial avec la population. L'association estime que les arguments de confidentialité ne sont pas pertinents et que les contribuables ont le droit de savoir comment est utilisé l'argent public pour des vaccins qui ont, de plus, profité en partie de subventions pour leur développement.

La Commission européenne réagit

Alors qu'au niveau des autorités belges, quasiment tout le monde renvoie la balle à la Commission européenne, cette dernière s’est également prononcée. Si son porte-parole ne désire pas aborder la question du nombre de vaccins et des prix, "pour des raisons de confidentialité", il regrette cette divulgation. "C'est dans l'intérêt des entreprises concernées mais aussi de la Commission, des États membres et des citoyens. Car si cette information devait être publiée, cela affaiblirait notre position dans d'autres négociations, toujours en cours", a encore justifié la Commission.

Des prix déjà divulgués

Pour Catherine Fonck, présidente du groupe CDH à la Chambre, cet argument semble étonnant puisque les prix et le nombre de vaccins commandés ont déjà été dévoilés dans la presse internationale, même si cela reste des estimations. C'est le cas, par exemple, en France, où les ordres de grandeurs et de prix sont connus depuis début décembre.

Un fait qui a poussé le ministre de la Justice, Vincent van Quickenborne (Open VLD) à venir au secours de sa collègue pour minimiser l'affaire.


Reste à voir si la Belgique risque des pénalités après cette gaffe de la secrétaire d'Etat. Personne du côté de la Commission européenne, du gouvernement fédéral ou même des entreprises n'a voulu donner des précisions sur ces potentielles sanctions.