Belgique La SNCB compte lancer des trains sans accompagnateurs en 2020. C’est loin de faire l’unanimité.

"Je n’oserai jamais mettre mon enfant dans un train sans accompagnateurs" . Daniel Saey, porte-parole de l’ASBL Sécurité ferroviaire efficace (SFE), qualifie le dernier projet de la SNCB - qui vise à faire rouler des trains sur des lignes locales sans chefs de bord - de "catastrophe pour la sécurité" . Conducteur de train depuis 35 ans, il soulève un tas de questions se rapportant au one man car, prévu pour l’horizon 2019-2020. "N’importe quoi peut arriver à bord. Un gosse peut se faire racketter, quelqu’un peut faire un malaise, des voyageurs peuvent se disputer, se bagarrer. Sans accompagnateur, qui va intervenir ?" , s’interroge-t-il, expliquant évoquer ici des situations "qui se présentent tous les jours sur ces fameuses lignes locales" . "C’est pareil avec des cas plus extrêmes. Par exemple, si un accident comme celui de Saint-Georges-sur-Meuse se produit, vous imaginez ?! Le conducteur est décédé et c’est l’accompagnateur qui a pris les victimes en charge. C’est lui qui a prodigué les premiers soins ! Qui fera cela ?!" , tonne-t-il.

Daniel Saey embraye en expliquant que le rôle du conducteur est de… conduire. Si le one man car devait voir le jour, les voyageurs pourraient interpeller celui-ci directement. "Or, cela ne fait pas partie des prérogatives du conducteur. Pour que ce soit le cas, il faudrait changer le code ferroviaire qui dépend d’une directive européenne… Qu’il faudrait donc modifier aussi ! Si la SNCB compte faire des tests avant 2020 sans que la législation ait changé, ils ne pourront pas être pris en compte ! C’est tout simplement illégal", poursuit-il, en colère.

De son côté, la SNCB précise que ce projet n’est encore qu’au stade d’embryon. "Nous avons observé et évalué ce qui se fait à l’étranger - comme à la SNCF - comment ils procèdent et les contraintes avec lesquelles ils ont dû travailler", explique Thierry Ney, porte-parole de la SNCB, qui précise que rien n’est encore décidé et que les discussions n’ont même pas encore commencé (lire ci-dessous).

Pourquoi cette piste est-elle envisagée ? Selon Thierry Ney, le contexte le justifie : "La libéralisation du marché intérieur est prévue pour 2023. La SNCB doit être plus efficiente et avoir des résultats financiers qui lui permettent de faire face à sa dette et de voir l’avenir avec ambition. Le one man car est une piste pour augmenter son efficience".

N’empêche, pour l’ASBL SFE, tout comme pour les syndicats, pas question de laisser passer cela. Tous croisent les doigts pour que la nouvelle CEO du groupe, Sophie Dutordoir, ne suive pas cette piste envisagée par Jo Cornu, patron sur le départ. La CSC-Transcom a d’ailleurs décidé d’adresser un courrier aux administrateurs de la SNCB et aux présidents de partis, les invitant de ne pas voter la mise en place d’un tel système. "À l’heure où notre pays relève le niveau de sécurité pour nos citoyens, la SNCB fait le chemin inverse. Est-ce cohérent ? Est-ce responsable à l’égard de ses clients ?" Le syndicat souffle de colère en mentionnant un fait, gravissime. Le cas d’une jeune fille de 16 ans, agressée sexuellement dans un train sur la ligne Bruxelles-Tournai. "Fort heureusement pour cette jeune fille, ses agresseurs ont été interceptés notamment grâce à l’intervention de l’accompagnateur, alerté par les autres passagers. Ce fait est réel - c’est d’ailleurs La DH qui le révélait en janvier - et s’ajoute à d’autres faits similaires. Si, à l’époque, l’intervention de l’accompagnateur a été salvatrice pour cette jeune fille, ce vendredi 23 décembre, l’ensemble des membres du conseil d’administration de la SNCB s’apprête à voter la mise en place d’un système qui ne le permettra plus."