Les organisateurs ont tenté en vain de calmer les provocateurs

Les manifestants demandent que cesse le conflit mais aussi l'occupation par Israël des territoires palestiniens.

La manifestation de citoyens venus dénoncer samedi après-midi à Bruxelles les bombardements intensifs et l'offensive terrestre menés par Israël dans la bande de Gaza a finalement attiré plus de 5.000 personnes. La police parle de près de 5.200 participants, les organisateurs évoquent eux le double. La manifestation s'est dans l'ensemble déroulée dans le calme et la dignité, mais en fin de parcours une petite minorité de jeunes ont provoqué quelques incidents. La manifestation, qui était prévue à 14H, s'est élancée une demi-heure plus tôt car la foule était déjà présente en nombre. On dénombrait vers 14H près de 500 manifestants, un chiffre qui avait déjà grimpé à près de 3.000 une heure plus tard pour dépasser finalement les 5.000 participants.

Partis de l'Avenue de Stalingrad, les manifestants sont passés par la Place Rouppe, la Rue des Alexiens, le Boulevard de l'Empereur pour arriver Place de l'Albertine.

"Il n'y a rien d'indécent à s'opposer à l'oppression, à l'élimination systématique d'une population, à l'implication des enfants dans des faits criminels, à la violence aveugle", a indiqué un des manifestants. "Israël se rend quotidiennement coupable de crimes de guerre et crimes contre l'humanité à Gaza, un territoire qui ne fait pas la moitié de la superficie de la Belgique. Tout le monde le voit, mais personne ne fait rien pour l'arrêter. L'opposition à ces méfaits ne doit pas seulement se mener à Gaza mais aussi ici, dans nos villes et quartiers."

Les manifestants n'ont pas seulement critiqué Israël, ils ont également pointé du doigt les autorités européennes. "La majorité des gouvernements européens ne se contentent pas de regarder ce qui se passe à Gaza mais l'approuvent", ajoute un autre orateur. "Manifester contre la violence à Gaza c'est aussi s'opposer aux puissances qui soutiennent cette violence. Nous ne soutenons pas de criminels ou de terroristes, nous soutenons uniquement les personnes qui souhaitent mettre fin à la violence et l'oppression".

La manifestation à Bruxelles a dégénéré vers la fin

La manifestation s'est déroulée dans l'ensemble calmement et sans incidents mais, à la fin de la marche, alors que la foule se trouvait près de la Gare centrale, un groupe d'une centaine de jeunes a commencé à faire du grabuge. Ils ont tout d'abord brûlé un drapeau israélien et américain, crié des slogans "Mort aux Juifs" et sont ensuite montés sur des véhicules et ont brisé des vitres de voitures, des abris de bus et fenêtres de magasins, s'en prenant même à quelques personnes. Plusieurs personnes ont été légèrement blessées par des bris de verre et d'autres, dont une femme enceinte, ont dû recevoir une assistance médicale car elles étaient en état de choc.

Aucun des fauteurs de troubles n'a été appréhendé et, une petite heure plus tard, le calme était revenu.

La station de métro Gare centrale fermée sur ordre de police à cause de la manifestation

La station de métro Gare centrale, dans le centre de Bruxelles, a été fermée vers 16h40 sur ordre de la police, a-t-on appris samedi auprès de la Stib. La fermeture de la station de métro, pour une durée encore indéterminée à l'heure actuelle, a été ordonnée par la police en raison d'incidents en surface liés à la manifestation qui se tenait dans le centre de Bruxelles pour protester contre l'offensive israélienne sur la bande de Gaza.

LBCA: les incidents à Bruxelles sont la responsabilité du bourgmestre Mayeur

Les incidents survenus en marge de la manifestation contre l'offensive israélienne à Gaza sont entièrement la responsabilité du bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur, a indiqué Joël Rubinfeld, le président de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme (LBCA). Selon la Ligue, lors de ces incidents, il n'y a pas seulement eu des slogans appelant à tuer des Juifs, mais un couple a également été agressé, couple dont les agresseurs pensaient, à tort, qu'ils étaient Juifs. "Nous avons averti le bourgmestre à plusieurs reprises" que de tels incidents pouvaient se produire, insiste Joël Rubinfeld.

"Nous avons eu à quatre reprises des contacts avec le bourgmestre Yvan Mayeur", indique le président de la LBCA. "Deux fois par téléphone, deux fois par email. A chaque fois, nous l'avons prévenu qu'il y avait un risque qu'une telle manifestation tourne mal et soit le prétexte à des incidents dirigés contre les Juifs. Le bourgmestre n'a jamais voulu prendre une position claire, tout comme il n'a pas voulu choisir d'autoriser ou d'interdire cette manifestation. Ce qui s'est produit cet après-midi est donc aussi entièrement de sa responsabilité."

Selon Joël Rubinfeld, la manifestation aurait dû être interdite. "A Paris et dans d'autres villes, cela a été le cas", indique-t-on. "Pour cette manifestation il n'y avait pas eu d'autorisation. La Ville de Bruxelles aurait dû faire respecter l'Etat de droit et l'interdire. Elle n'a pas voulu le faire et la conséquence est qu'il y a eu des dégradations, des slogans racistes ont été scandés, il y a eu des appels à tuer des Juifs et des personnes ont été agressées physiquement. Quelques semaines après l'attaque du Musée Juif, c'est plus qu'inquiétant."

La LBCA étudie actuellement quelles mesures elle pourrait prendre, ajoute son président.

Affrontements avec la police à Paris

Une manifestation de soutien aux Palestiniens de Gaza organisée samedi à Paris malgré, fait inédit en Europe, une interdiction des autorités françaises, a tourné à l'affrontement à coups de pierres et de gaz lacrymogènes entre policiers antiémeute et militants propalestiniens.

Ailleurs en Europe, notamment à Londres où des milliers de personnes ont appelé à l'arrêt des bombardements israéliens et à la levée du blocus sur Gaza, les rassemblements se sont déroulés dans le calme au douzième jour de l'offensive israélienne sur Gaza qui a fait 334 morts parmi les Palestiniens, la communauté internationale peinant à arracher un cessez-le-feu.

En fin d'après-midi, une centaine de manifestants s'en sont pris aux policiers antiémeute leur jetant pierres et bouteilles dans un quartier du nord de Paris, selon une source policière. Les policiers ont répliqué avec des gaz lacrymogènes.

Au moins une personne a été blessée, un homme en sang au niveau du bassin, ont constaté des journalistes de l'AFP. La police a interpellé 14 personnes.

Le climat restait tendu en fin d'après-midi dans le quartier où l'air était devenu irrespirable en raison des gaz lacrymogènes. Dans une grande confusion, les manifestants, parmi lesquels beaucoup de jeunes hommes, se sont dispersés, croisant des familles parties faire leurs courses ou des touristes ébahis non loin du quartier de Montmartre. Bars et commerces du quartier ont baissé leurs rideaux et rangé leur terrasse dans la panique.

Un peu plus tôt, les manifestants avaient afflué par centaines pour exprimer leur soutien aux Palestiniens de Gaza malgré la décision des autorités d'interdire tout rassemblement. "Nous sommes tous des Palestiniens" ou "Palestine vivra, Palestine vaincra", ont-ils scandé, sous l'oeil de la police antiémeute.

Fait rarissime, les autorités avaient interdit la manifestation à Paris, une décision inédite en Europe. Elles craignaient des "troubles à l'ordre public" après les débordements de la manifestation propalestinienne du 13 juillet. Des incidents avaient alors opposé certains manifestants propalestiniens à des membres de la communauté juive devant une synagogue, faisant huit blessés.

La justice française avait rappelé que le fait d'organiser un rassemblement interdit est passible d'une peine de six mois de prison et de 7.500 euros d'amende.

Le président François Hollande a prévenu, depuis le Tchad où il se trouve en voyage, que "ceux qui veulent à tout prix manifester en prendront la responsabilité".

Le chef de l'Etat est accusé par sa gauche de mener une politique trop pro-israélienne. Il a notamment essuyé des critiques après avoir exprimé la "solidarité" de la France à Israël en plein bombardement de Gaza, une prise de position que certains partis et organisations propalestiniennes ont qualifié de carte blanche donnéE au Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Dans un second temps, le président français avait rééquilibré sa position appelant Israël à la "retenue" et demandant un "cessez-le-feu".