Les images de voyageurs se pressant dans les gares mercredi à la faveur du beau temps ont sonné comme un avertissement pour les dirigeants de la compagnie de chemins de fer et les responsables politiques. La mesure décidée en comité de concertation -à savoir la limitation des places disponibles à celles situées à côté d'une fenêtre dans les trains pour la Côte- a suscité de nombreuses questions, notamment après le courrier de la CEO, Sophie Dutordoir, menaçant de suspendre des trains vers le littoral. Devant les députés, le ministre a confirmé l'application de cette restriction dès samedi moyennant diverses mesures d'accompagnement, dont le déploiement de personnel supplémentaire. Il a également assuré que la concertation entre son cabinet et la direction de la SNCB était "permanente". Christophe Bombled (MR) a toutefois invité le ministre à résoudre ses problèmes de communication récurrents avec la CEO.

La critique la plus vive est venue du PTB. "En fait, vous n'allez rien faire, vous allez tranquillement attendre que le week-end passe. Vous ne revenez pas sur cette règle, vous attendez juste que le temps soit mauvais", a accusé Raoul Hedebouw.

Plusieurs députés ont exhorté M. Gilkinet à mettre en place un système de réservation de manière à réguler le remplissage des trains. Une étude se fondant sur le système mis en oeuvre dans d'autres pays sera menée afin d'objectiver la situation. Le ministre s'est toutefois montré clair: "il est crucial pour moi que le train reste accessible à tous facilement". Au PS, Melissa Hanus a rappelé que le droit à la mobilité ne pouvait se limiter aux propriétaires d'une voiture.

C'est le comité de concertation qui a décidé de ne pas restreindre la liberté de déplacement des citoyens à l'approche des congés. Il s'agit de permettre à de nombreux Belges qui vivent dans un logement exigu de "prendre un bol d'air indispensable", a souligné Nicolas Parent (Ecolo-Groen).

Les scènes du 30 mars ne peuvent se reproduire, ont averti certains parlementaires, non seulement pour des raisons sanitaires mais aussi dans un souci de justice à l'égard des activités à nouveau fermées ou limitées. "Nos commerçants doivent refuser à leurs clients d'entrer et, le soir, quand ils allument leur télévision, ils voient des trains bondés", a souligné Maxime Prévot (cdH).

La SNCB demande un effort collectif

"Un effort collectif sera indispensable pour surmonter cette frustration et cette tristesse dans l'esprit des voyageurs en ces circonstances. La SNCB demande donc à tous d'agir dans un même sens pour que le trafic ferroviaire puisse continuer à fonctionner en toute sécurité, tant pour les voyageurs que pour le personnel de l'entreprise", a indiqué jeudi la SNCB dans un communiqué, en réaction à l'instauration de la mesure fédérale concernant les voyages vers la mer uniquement côté fenêtre. A partir de ce week-end, les voyageurs qui se rendent à la Côte durant les vacances de Pâques devront s'installer uniquement côté fenêtre à moins qu'ils soient âgés de moins de 12 ans. Dans une lettre adressée au gouvernement, la patronne de la SNCB Sophie Dutordoir a estimé que cette mesure était ingérable. Elle menace même de stopper le trafic ferroviaire vers la Côte. Elle demande au gouvernement, soit d'autoriser la SNCB à mobiliser la totalité de sa capacité nominale de transport, par la levée du contingentement pour les destinations touristiques, soit de limiter strictement les déplacements en train vers la Côte. Sans cela, elle agite l'option d'une mise à l'arrêt du trafic vers les destinations visées.

Le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne a confirmé dans l'émission De Ochtend sur Radio 1 que le gouvernement soutient toujours cette mesure.

"Depuis le début de la crise corona, la SNCB utilise le maximum de toutes ses ressources pour transporter les voyageurs dans les meilleures conditions de sécurité et canaliser les flux. La SNCB continuera à le faire, ainsi que d'implémenter toutes les mesures permettant de limiter la capacité à bord des trains", explique encore la SNCB dans le communiqué.

"Mais la SNCB a aussi le devoir d'avertir des conséquences de l'arrivée de milliers de voyageurs dans nos gares lors de journées ensoleillées, qui pourraient être finalement confrontés à l'impossibilité de se rendre à la Côte en train, alors qu'il est permis de voyager où l'on veut en Belgique. La SNCB continuera à faire le maximum d'efforts pour canaliser ces flux, mais elle ne pourra évidemment pas le faire seule dans ces situations", ajoute la compagnie.