Belgique Le gouvernement Michel a présenté sa réforme fiscale hier. Le travail est récompensé.

Ils ont accouché en pleine nuit. L’annonce officielle s’est faite hier midi. Après un an pile de labeur, le gouvernement piloté par le Premier ministre Charles Michel a annoncé son fameux tax-shift, sa grande réforme fiscale. "Les charges sur les entreprises diminuent et les revenus des travailleurs augmentent. Le travail est ainsi récompensé" , a souligné Charles Michel lors de la conférence de presse.

Les mesures sont fortes, symboliques, audacieuses, fidèles à ce qui avait été annoncé. Nul ne pourra dire que la Suédoise a manqué de courage politique ou n’a pas tenu parole, sur le virage fiscal annoncé en tout cas. Nombreux affirmeront pourtant que la Belgique penche de plus en plus ouvertement vers la droite sarkozyste - la vulgarité en moins - qu’a connue la France voici quelques années : "Travailler plus pour gagner plus" !

En détail, le gouvernement espère financer les 8,35 milliards d’euros nécessaires à sa réforme fiscale (sur quatre ans) via ses taxes sur l’environnement et la santé (2,7 milliards d’euros), son action sur la fraude fiscale (525 millions d’euros) et, sur ces mesures fiscales sur le capital (2,4 milliards d’euros). Une rubrique divers est censée rapporter 1,2 milliard d’euros.

Les mesures destinées à relancer le pouvoir d’achat coûteront quant à elle 4,37 milliards d’euros, celles mises en place pour réveiller la compétitivité sont estimées à 2,9 milliards d’euros.

Promise de longue date, la baisse des charges patronale est désormais acquise : de 33 à 25 %. Petite et moyennes entreprises, indépendants bénéficient également d’un traitement de faveur dont l’objet est, avant tout, de relancer l’embauche.

Les travailleurs et les plus fragiles ne sont pas oubliés. Mais ils devront attendre trois ans avant de voir leur pouvoir d’achat grimper alors que les faveurs fiscales faites aux entreprises et l’augmentation des accises sur certains produits de consommation très courante (tabac, alcool, sodas, carburants) seront d’application dès 2016.

ce gros décalage horaire fut d’ailleurs la principale critique des partis de l’opposition (voir réactions ci-dessous) tandis que les fédérations de commerçants ont réagi avec enthousiasme.


Pouvoir d'achat

En matière de pouvoir d’achat, le gouvernement Michel annonce que  "tous les revenus seront augmentés, principalement les bas et moyens salaires" . Mais pas avant 2019. Dans un peu plus de trois ans donc, un salarié sur deux - soit environ 2,2 millions de travailleurs - bénéficiera d’une augmentation de salaire de 100 euros (nets) par mois. Soit 1.200 euros sur une année. Le tout exonéré d’impôts bien évidemment. D’autres mesures vont permettre d’augmenter le pouvoir d’achat des Belges. Les frais professionnels seront déductibles tandis que les tranches d’imposition ont été remaniées. La tranche des 30 % a été supprimée, celle des 45 % adaptée.

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Charges patronales

Le gouvernement met deux millions d’euros pour alléger les charges patronales, améliorer la compétitivité, donc. Dès l’année prochaine, elles baisseront de 33 à 25 %. Comme vous pouvez le voir dans le tableau ci-dessus, ces cotisations patronales baisseront pour les plus bas salaires. L’Union des classes moyennes s’est évidemment réjouie de la nouvelle mais reste prudente.  "L’UCM se réjouit que quelques mesures fortes qu’elle avait mises en avant dans son mémorandum en 2014 soient retenues et mises en application par le gouvernement. Elle restera toutefois attentive à la concrétisation de l’ensemble de ces mesures."

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Pensionnés

Les pensionnés sortent eux aussi gagnants de la réforme fiscale annoncée hier en fin de matinée par la Suédoise. En détail, le pécule de vacances d’1,85 million d’entre eux sera valorisé de 15 %. Ainsi, un chef de famille qui touchait une retraite de 835,81 € bruts en 2013-2014 gagne - depuis mai dernier - 885,07 € bruts. Par ailleurs, les minima sont tous augmentés de 2 %. Un homme marié qui touchait une pension de 998 € par mois après 40 ans de carrière gagnera 20 euros de plus chaque mois, ceci sans impact sur son plafond d’imposition.


Chômeurs

Le gouvernement dégage 50 millions d’euros pour les plus faibles. Le revenu d’intégration sociale (RIS) sera ainsi augmenté de 2 % et le solde sera utilisé pour une augmentation des pensions minimales. En clair, un bénéficiaire du revenu minimum d’insertion isolé gagnera 16,35 € de plus par mois. Pour un ménage, l’augmentation se chiffre à 21,8 € par mois. Pour un cohabitant : 10,9 €. Les chômeurs verront eux aussi leurs forfaits augmenter : 23 € bruts (par mois) pour un chef de ménage, 19 € pour un isolé et 10 € pour un cohabitant sans charge de famille, mais à partir du 50e mois de chômage. Le gouvernement Michel a aussi augmenté les plafonds de 1,25 %.


Tabac, alcool, carburant

L’augmentation des accises sur certains produits de consommation très courante est, avec l’annonce de l’augmentation de 100 euros nets par mois pour 2,2 millions de travailleurs belges, la mesure la plus emblématique du tax shift présentée par le gouvernement piloté par Charles Michel. Tabac, alcool, carburant, sodas : les accises sur ces produits consommés par l’ensemble de la population vont augmenter. Dans leurs communiqués de presse faisant suite à la présentation du tax shift, hier en fin de matinée, aucun des ministres de la Suédoise n’a évoqué ces mesures touchant directement au portefeuille de tous les contribuables, quels que soient leurs revenus. La fédération du commerce et des services ont rapidement réagi, surtout sur l’augmentation de la taxe sur les sodas.  "La décision a été prise sans aucune consultation sérieuse avec notre secteur" , a déploré le CEO de Comeos Dominique Michel.  "Nous demandons dès lors au gouvernement d’organiser une vaste consultation avec toutes les parties, à savoir le secteur du commerce et celui de l’industrie alimentaire."

Concertation ou pas, le prix du tabac, de l’alcool, du carburant et des sodas va grimper dès le 1er janvier prochain. Revue des troupes...

Carburants

Pour un plein de 50 litres, le diesel sera plus cher de 2 € dès 2016, de 3 € en 2018. Par contre, le prix de l’essence va baisser : -1,3 € dès 2016 (pour 50 litres). Idem en 2017 et 2018. Soit environ 4 € sur ces trois prochaines années.

Alcool

Pour les alcools forts, les accises grimperont de 2,6 € dès 2016, celles sur le vin de 0,195 € et celles sur la bière de 0,01 €. Ainsi, le prix d’un paquet de tabac à rouler de 50 grammes passera de 6,7 à 7,4 € (+10 %). Celui d’un paquet de 19 cigarettes passera de 5,8 à 5,93 €.

Tabac

En 2018, le prix du paquet de tabac classique augmentera de 0,32 €, celui du paquet de tabac à rouler de 2,88 €.

Sodas

Maggie De Block l’appelle la taxe santé. En clair, le prix de la bouteille de soda d’un litre grimpera de 0,3 cent et de 0,1 cent pour la cannette de 33 centilitres. Cette taxe sur les sodas devrait rapporter 50 millions d’euros rien qu’en 2016.


Indépendants et PME

Autre mesure forte de l’équipe de Charles Michel : la suppression des cotisations sociales patronales sur le premier employé engagé dans les cinq prochaines années. Ceci… à vie ! Soit une économie de 11.380 € par an pour un salaire de 3.000 € bruts par mois.  "Cette disposition a pour but d’aider un maximum d’indépendants à franchir le premier pas de l’engagement" , avance le ministre en charge du dossier Willy Borsus.  "Les independants bénéficieront également de réduction des cotisations sociales pour les 2, 3, 4, 5 et 6e travailleurs embauchés. Ces mesures Notons que dans ces mesures 2 et 3, les entreprises ayant créé leurs premiers emplois en 2015 ne sont pas oubliées puisque ces mesures concernent également les entreprises qui ont engagé jusqu’aux cinq premiers travailleurs depuis le 01/01/2015. De plus, des augmentations supplémentaires des réductions pour les 3e à 6e travailleurs sont également prévues pour 2017."  Concrètement, une PME qui crée six emplois récupère 101.770 € sur 4 ans.

Autre mesure , historique selon le gouvernement : la baisse des cotisations, du jamais vu depuis 20 ans. Cette mesure a notamment pour objet de soutenir le pouvoir d’achat des indépendants. Elle se déroulera en 3 temps : baisse à 21,5 % dès 2016 puis à 21 % en 2017 et à 20,5 % en 2018.

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