Depuis quelques jours, sur le site web de Cumuleo, une annonce mystérieuse éveille l’intérêt : "Ce 12 août, Cumuleo dévoilera une évolution majeure"… 

En fait, ce vendredi, la plateforme qui jetait déjà une lumière crue sur les cumuls de mandats politiques en Belgique, va commencer à dévoiler les rémunérations qui y sont liées. Vers 7 heures du matin, les "salaires" auxquels donnent droit 24 000 mandats de bourgmestres et d’échevins seront disponibles. Le tout, au centime près. Ces chiffres n’étaient pas cachés mais, pour les dénicher, le citoyen devait effectuer de pénibles recherches.

"Les rémunérations des parlementaires (pour fin août), des membres des conseils d’administration des intercommunales, des sociétés publiques, etc., suivront, explique Christophe Van Gheluwe, le créateur et seul gestionnaire de Cumuleo. Jusqu’à présent, le site montrait seulement si les mandats sont rémunérés ou non, mais sans donner de montant." Contrairement aux informations concernant les cumuls du personnel politique, les rémunérations ne seront pas accessibles gratuitement. "L’accès aux données sur les rémunérations des mandats sera accessible aux membres des Amis de Cumuleo (souscription à partir de 1 euro par mois). Cette modeste souscription permettra de soutenir la création du cadastre des rémunérations et le développement du projet de transparence de Cumuleo", précise M. Van Gheluwe.

Les socialistes et De Wever au "top"

Voici le "top 8" des bourgmestres les mieux rémunérés, selon la base de données de Cumuleo qui sera dévoilée ce vendredi. Les dirigeants des grosses villes sont les mieux payés puisque leur rémunération est fonction de la taille des communes. Tout au sommet, on trouve donc le bourgmestre d’Anvers, Bart De Wever. Avec un peu plus de 130 000 euros brut par an, celui qui est aussi le président de la N-VA est ex aequo avec Daniel Termont (SP.A), le bourgmestre de Gand. Les PS Yvan Mayeur (Bruxelles) et Willy Demeyer (Liège) les suivent avec un peu plus de 129 000 euros (infographie). Petite précision : ces montants ne comprennent évidemment pas, le cas échéant, les revenus liés à d’autres mandats.

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Derrière Cumuleo, un seul "chevalier blanc"

Cumuleo fait grincer des dents les élus bien lotis qui n’ont pas envie d’attirer l’attention… Depuis 2009, le site montre qui sont les plus grands "cumulards". Chaque année, ces infos sont actualisées après la sortie d’un rapport de la Cour des comptes. Derrière Cumuleo, une seule personne : Christophe Van Gheluwe, un indépendant de 40 ans actif dans le domaine d’Internet (à Saint-Gilles).

Par pure conviction, il va passer environ trente heures à partir de ce vendredi à actualiser sa base de données. C’est en effet aujourd’hui que la Cour des comptes publie ses nouveaux résultats (pour 2015) et que Cumuleo doit mettre à jour sa liste des fonctions politiques (rémunérées ou non), mandataire par mandataire.

600 000 mandats

"Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à la chose politique, il y a quelques années, j’ai constaté que les données sur les mandats étaient disponibles au ‘Moniteur belge’ mais que, pour les retrouver, il fallait connaître la date précise de publication. Le moteur de recherche du ‘Moniteur’ ne permet pas de trouver la liste via les mots-clefs, explique l’animateur de Cumuleo. Les citoyens ne pouvaient pas trouver facilement ces documents. En 2009, j’ai donc lancé le site grâce à mon expérience dans le Web. Actuellement, Cumuleo, c’est un répertoire de 600 000 mandats publics. Il y a une énorme demande de transparence de la part des citoyens. Il y a entre 30 000 à 35 000 visiteurs par mois sur Cumuleo, ce qui n’est pas mal pour un secteur de niche comme la politique."

Record : 120 mandats

Depuis le lancement de son site il y a sept ans, Christophe Van Gheluwe constate tout de même que les cas de cumuls extrêmes ont disparu. "On ne connaît plus aujourd’hui les records du passé… Je me souviens d’un membre de la Banque nationale - un certain Christian Dumolin - qui collectionnait 120 mandats." La moyenne des cumuls reste toutefois stable (environ 6,6 mandats par personne en 2014).F.C.


Un site pour réclamer les documents gardés secrets

Les Belges ont le droit de consulter les documents publics. Toutefois, face aux réticences politiques et bureaucratiques, il faut parfois les aider à les obtenir... C’est la vocation d’un nouveau site Internet qui verra le jour le 15 septembre prochain : Transparencia.be. Cette plateforme a été créée par Anticor.be, une association citoyenne qui fédère des initiatives pour plus de démocratie et dont Cumuleo fait partie.

Concrètement, le site Transparencia.be consiste en un système permettant la demande automatisée de documents publics, même les plus sensibles. Ce système sera mis gratuitement à la disposition de tous. Sur la base des législations sur la transparence administrative en Belgique, des courriers-types, respectant les règles juridiques, seront prêts à l’emploi.

Les citoyens voulant obtenir des pièces d’un dossier relatif, par exemple, à un permis d’urbanisme, à un marché public, à l’utilisation d’un subside octroyé à une ASBL ou encore un document détaillant la rémunération d’un mandat politique, n’auront plus qu’à remplir quelques cases et cliquer sur "envoyer".

Ensuite, la petite équipe de bénévoles qui se trouve derrière ce projet audacieux se chargera de transmettre le courrier à la bonne administration, au bon cabinet ministériel...

L’embryon de site contient déjà une base de données de 800 autorités publiques à contacter (les pouvoirs locaux, les ministres et administrations centrales de tous les niveaux de pouvoir, les sociétés publiques, etc.). Si l’une de ces autorités refuse de transmettre dans les 30 jours le document réclamé par le citoyen via le site, Transparencia alertera alors la presse qui pourra demander les raisons du refus. Il s’agit de faire pression sur les récalcitrants qui feraient de la rétention illégale d’informations pour d’obscures raisons.

Anticipant le lancement du site Web, ses créateurs ont déjà jeté un premier hameçon. Ils ont demandé la liste de tous les collaborateurs des cabinets ministériels et leurs fonctions. "L’idée est que les citoyens puissent avoir accès à une liste et pouvoir vérifier par eux-mêmes si, par exemple, il y a des conflits d’intérêts ou des risques de conflits d’intérêts chez certains membres de cabinet", précise Christophe Van Gheluwe (Cumuleo), cofondateur de Transparencia.be.

Magnette bloque…

Cette requête semble raisonnable mais elle rencontre des obstacles étonnants. Tous les niveaux de pouvoir n’ont en effet pas réagi de la même manière… "Il y a une grande différence Nord-Sud, note encore Christophe Van Gheluwe. Pour le gouvernement flamand, la liste des collaborateurs des cabinets régionaux était déjà en ligne sur le Web. Par contre, pour le gouvernement wallon, Paul Magnette bloque : le gouvernement wallon a demandé à la commission d’accès aux documents administratifs s’il était obligé de nous donner ces informations… C’est vraiment de la politique comme dans les années 80 !"

Du côté fédéral, la même demande a été transmise. Le résultat est… mitigé. "Sur Internet, certains ministres ne donnent que trois ou quatre noms… C’est un mensonge, puisqu’en réalité, les collaborateurs sont beaucoup plus nombreux que cela dans les cabinets ministériels. Charles Michel, Alexander De Croo, Maggie De Block, Bacquelaine, Bellot, Sleurs, sous-estiment leurs effectifs. Par contre, Jan Jambon a donné une liste qui semble complète."

Un prix britannique

Enfin, Transparencia.be s’inscrit dans une philosophie internationale d’accès libre aux documents publics. Même si l’existence de cette plateforme web n’est pas encore officielle, le site a déjà reçu, le 10 août dernier, un petit honneur : le prix Freedom of Information décerné par une ONG britannique, Mysociety.org, qui supporte une quarantaine de projets similaires dans le monde.