Les sans-papiers grévistes ont décidé d'arrêter la grève de la soif et de suspendre pour le moment la grève de la faim, ont annoncé leurs représentants rassemblés mercredi devant l'église du Béguinage à Bruxelles. Quelques instants plus tard, la fin de l'action des grévistes de la faim installés à l'Université libre de Bruxelles (ULB) et à la Vrije Universiteit Brussel (VUB) a elle aussi été annoncée. "Hier et aujourd'hui, il y a eu des réunions avec le gouvernement et avec des soutiens. On est arrivé à mettre en place des accords, qui ne sont pas encore validés. Nous espérons (qu'ils le seront). Pour qu'il n'y ait plus de stress et d'angoisse à l'intérieur de l'église, on a pris la décision d'arrêter la grève de la soif et de suspendre, pour le moment, la grève de la faim", ont annoncé les représentants.

Les grévistes sortent, acclamés par la foule :



"Après de très nombreux mois d'occupations, de manifestations, de mobilisations, de grèves de la faim et de la soif, l'USPR est parvenu à initier une certain nombre de négociations au plus haut niveau", indique l'Union des Sans-Papiers pour la Régularisation (USPR) dans un communiqué. "Des négociations auxquelles ont pris part des avocats proches du mouvement, la société civile et le père Daniel en l'absence des porte-parole."

"Aujourd'hui, 21 juillet, jour de fête nationale, des propositions du cabinet Mahdi ont été annoncées aux grévistes", ajoute l'USPR. "En substance, il s'agit de donner la possibilité aux occupants de faire valoir des éléments d'ancrage, de vulnérabilité, de séjour, etc. permettant l'octroi d'un permis A, via la procédure 9bis. Pour les dossiers les plus fragiles, la possibilité d'une protection humanitaire sur la base d'un 9ter est également sur la table."

"L'USPR acte la main tendue du Secrétaire d'État", ajoute l'association. "Sur cette base, une suspension provisoire des grèves de la faim et de la soif est en cours de discussion, à l'église du Béguinage et dans les autres occupations."

"Toutefois ce pas en avant n'est pas suffisant pour garantir l'accès au travail légal", préviennent les soutiens aux sans-papiers. "La suspension de la grève n'acte pas la fin du mouvement. L'USPR continuera la lutte autour du permis unique tant au niveau régional que fédéral, afin d'obtenir des garanties supplémentaires et sortir les travailleurs.euses sans-papiers de la clandestinité. Il aura fallu de trop nombreux sacrifices pour faire bouger le Secrétaire d'État sous la menace d'une crise gouvernementale."

L'USPR et ses soutiens annoncent à présent "mettre toute leur énergie au renforcement des dossiers en amorçant une prise de contact avec les dispositifs mis en place dans la zone neutre."

Les occupations de l'église du Béguinage, de l'ULB et de la VUB sont maintenues.

Dès demain/jeudi, chaque sans-papiers se rendra dans la "zone neutre" établie par le gouvernement pour s'y informer de leur dossier individuel.

Lundi, M. Mahdi avait désigné un envoyé spécial pour orienter les demandeurs d'asile en grève de la faim vers les procédures existantes, alors que les alertes se multipliaient sur la détérioration de l'état de santé des grévistes. Cet envoyé spécial est Dirk Van den Bulck, commissaire général au sein du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA), administration fédérale indépendante.

Plus de 400 personnes menaient une grève de la faim depuis le 23 mai. Vendredi dernier, certaines d'entre elles ont également entamé une grève de la soif, réduisant leurs chances de survie à quelques jours à peine.

Depuis jeudi dernier, M. Mahdi tentait de débloquer la situation en promouvant l'usage d'une zone neutre, où les grévistes de la faim peuvent se faire accompagner d'une personne de confiance et discuter sur place.

La situation des sans-papiers a provoqué des tensions au sein de la coalition gouvernementale. Lundi matin, le vice-Premier ministre PS Pierre-Yves Dermagne avait informé le Premier ministre Alexander De Croo que les membres socialistes du gouvernement démissionneraient si l'un des grévistes décédait. Le co-président d'Ecolo Jean-Marc Nollet avait sous-entendu la même chose.