Le procès du producteur flamand de télévision, poursuivi pour harcèlement via des moyens de communication électroniques, s'est ouvert mercredi matin à Malines. "Même lorsque les femmes" visées "lui envoyaient un message pour lui signifier que cela devait s'arrêter, il prenait son temps et envoyait encore de nombreux messages avant d'y mettre réellement un terme", a argumenté l'avocate. À plusieurs victimes, l'homme de télévision a notamment envoyé les mots suivants: "Je t'entraîne dans ma misère, je n'ai aucune empathie", a-t-il été relevé à l'audience.

Me Mussche a ensuite cité le juge d'instruction, qui a noté durant l'enquête que "les femmes n'étaient qu'un élément interchangeable au sein d'un scénario unique". "Il les surnommait toutes 'petite souris', usait des mêmes expressions comme 'C'est moi qui t'ai repérée', 'Cela ne m'était jamais arrivé auparavant', 'C'est toi qui es venue à moi', 'Le désespoir est supportable, l'espoir non'. Ensuite, il leur envoyait des CD, des poèmes, des chansons. Il leur a également demandé de garder le silence, soulignant qu'elles n'avaient rien fait de mal mais qu' 'on ne comprendrait pas'. Enfin, il jouait sur leur sens des responsabilités, affirmant qu'il réfléchissait à quitter sa famille pour elles", a énuméré l'avocate.

Toutes étaient bombardées de messages, envoyés souvent pendant la nuit et alors que le prévenu était en état d'ébriété. Le harcèlement commençait rapidement après le début d'une collaboration, par des compliments puis le producteur leur écrivait qu'il était tombé follement amoureux d'elles. Les messages se teintaient ensuite d'allusions sexuelles. S'il s'excusait, Bart De Pauw envoyait ensuite directement d'autres messages flatteurs et dragueurs, a poursuivi la partie civile.

"C'est le juge d'instruction qui, le premier, a mis en évidence un 'schéma' et a demandé à Bart De Pauw, durant une audition, comment celui-ci pensait que les femmes avaient pu réagir. 'Vous étiez leur employeur, producteur, réalisateur et leur adversaire, qu'auraient-elles bien pu faire?', l'a interrogé le juge d'instruction", selon Me Mussche.

Pour l'avocate, le harcèlement est indubitable et Bart De Pauw en était conscient. "Le torrent de messages, leur contenu, les envois tardifs voire nocturnes, les signaux implicites des femmes - qui souvent le laissaient sans réponse, en parlaient à leur famille et insistaient sur l'importance de la séparation entre vie professionnelle et vie privée - mais aussi les signaux explicites, lorsqu'elles lui demandaient formellement d'arrêter, prouvent qu'il savait très bien ce qu'il faisait."

Bart De Pauw ne reconnaît pas ses torts parce qu'il ne veut pas hypothéquer un juteux dossier judiciaire mené contre la VRT, a poursuivi Christine Mussche. Le prévenu poursuit la chaîne publique flamande devant un tribunal bruxellois pour rupture abusive de contrat et lui réclame 12 millions d'euros.

Les victimes, elles, "veulent être reconnues, elles ne font pas cela pour l'argent", a conclu l'avocate des neuf plaignantes, qui demandent un euro symbolique en guise de dédommagement.

L'avocate des parties civiles balaie toute théorie du complot

Me Christine Mussche a balayé toute théorie du complot à l'encontre du producteur et réalisateur flamand. Pour l'avocate, la défense dépeint les femmes comme des menteuses peu fiables. "Cette idée de complot, c'est typique", a-t-elle écarté. "Mais je comprends qu'ils aient recours à ce procédé. Il faut bien trouver une explication au fait qu'un si grand nombre de personnes se disent harcelées."

"Les innombrables messages, SMS, Whatsapp sont là et en disent long", a-t-elle ajouté. Les victimes ne se connaissaient pas toutes et le juge d'instruction a même pris contact avec d'autres témoins après une écoute téléphonique, a ajouté Me Mussche.