La pression, venue des bancs des partis d’opposition, de l’intérieur du gouvernement avec le MR, mais aussi des réseaux sociaux, est devenue trop forte. Ihsane Haouach, désignée commissaire du gouvernement à l’égalité hommes/femmes par Sarah Schlitz (Ecolo) a annoncé sa démission ce vendredi soir dans un courrier adressé à la secrétaire d’État.

"Je fais l’objet de violentes attaques personnelles qui n’ont été qu’en s’amplifiant, écrit-elle. Indépendamment de ma nomination, le débat sur la neutralité est légitime, mais il ne peut se faire dans une volonté de nuire. Aucun débat constructif ne peut émerger de pareils actes. Ce contexte de défiance et de violence à mon égard rend impossible l’exercice de ma fonction de manière efficiente."

La Bruxelloise se dit "trop attachée au rôle essentiel de l’IEFH (l’Institut pour l’égalité hommes/femmes) pour accepter que son action soit affaiblie par des mises en cause et des attaques personnelles incessantes ". "D ès lors, j’ai décidé de présenter ma démission pour me préserver du cyberharcèlement que je subis, préserver mes proches ainsi que l’institution et le combat qu’elle porte", conclut-elle, précisant que "cette démission ne signe pas la fin de (son) engagement pour l’égalité et les droits fondamentaux" qu’elle continuera "à défendre sous d’autres formes".

La veille, Alexander De Croo lui avait adressé une carte jaune en forme de dernier avertissement, après son interview polémique dans Le Soir du 3 juillet. "La discussion n’est pas : est-ce qu’on remet en cause la séparation de l’Église et de l’État ? C’est : comment la décline-t-on avec un changement démographique", avait-elle affirmé. La Bruxelloise avait tenté un premier geste d’apaisement mercredi soir, en clarifiant ses propos sur Facebook, sans toutefois parvenir à calmer ses détracteurs. Jeudi soir, Sarah Schlitz avait assuré qu’Ihsane Haouach ne pourrait plus s’exprimer publiquement, jugeant la "citation de Mme Haouach maladroite ", mais précisant que, pour elle, les choses ont été tirées au clair. " J’ai pris acte de la décision de Madame Haouach que je regrette , a indiqué Sarah Schlitz. Elle a été désignée pour cette mission parce qu’elle dispose des qualités requises, notamment en matière de gestion. Je comprends qu’elle aspire à pouvoir continuer sereinement son parcours professionnel et à faire cesser l’acharnement qu’elle subit depuis de nombreuses semaines. Je respecte bien entendu son choix et je lui souhaite de s’épanouir dans la suite de son parcours ."

"Ihsane Haouach ne s’attendait pas à tout ça en étant désignée à ce poste, en théorie très discret. Là, elle se retrouvait surexposée. Il s’agit d’une mission à 4 heures par mois et payée 1 000 euros brut par an. Elle a une vie professionnelle, une vie de famille", contextualise une source écologiste.

Soupçons de liens avec les Frères musulmans

Selon Le Soir, des informations, circulant au sein des services de renseignement, sont remontées au gouvernement. Ces informations feraient état de liens éventuels entre Ihsane Haouach et les Frères musulmans, ce qu’on ne dément pas au sein du gouvernement. Elles ont été jugées suffisamment crédibles pour aller dans le sens d’une démission. Ihsane Haouach, de son côté, avait démenti samedi dernier dans Le Soir tout lien avec cette organisation : "Je ne connais pas cette mouvance, ni de près ni de loin", précisait-elle. Pour Ecolo, cette démission dans de telles conditions constitue un uppercut. Avant sa démission, ce vendredi après-midi, le parti nous assurait que cette désignation n’avait rien eu "d’un coup politique". " C’est un total concours de circonstances. Elle a d’ailleurs été désignée sans aucune publicité par Sarah Schlitz. L’impulsion de la désignation ne vient pas des coprésidents d’Ecolo. Et Ihsane Haouach a été sélectionnée bien avant le jugement de la STIB", nous indiquait Pascal Devos, porte-parole d’Ecolo, ce qui est factuellement correct, selon nos infos. "Quand c’est passé au gouvernement, personne ne s’en est ému. Cela a encore été discuté nommément après que l’affaire fut devenue médiatique et le MR n’a pas bloqué la décision ."

"C’était un choix visant à trouver la meilleure personne : dans notre conception de la société, le foulard n’est pas un facteur bloquant ", ajoute Gilles Vanden Burre, chef de groupe Ecolo/Groen à la Chambre. Les prochains jours s’annoncent très tendus au sein de la Vivaldi.