PAR CHRISTIAN CARPENTIER

Au lendemain du scrutin, le président du SP.A Johan Vande Lanotte confiait une analyse remplie de bon sens à ses proches. Il leur disait en substance que le CD & V et la NV-A avaient trois voeux très chers : une scission de BHV, une vaste réforme de l'Etat et un écartement du PS du pouvoir au niveau fédéral. Mais il prédisait dans la foulée que le cartel ne pourrait engranger les trois, et qu'il serait tôt ou tard contraint à en choisir deux. Donc à en abandonner un.

L'analyse n'a pas perdu de sa pertinence. Que du contraire. Car si vraiment le formateur et les siens veulent modifier profondément la structure de l'Etat par de gros transferts de compétences, ils ne pourront le faire sans une tripartite traditionnelle. Or, ils ne veulent pas du PS, eux qui n'ont cessé d'amplifier leur crédit électoral en le présentant comme le seul et unique responsable de tous les maux wallons.

Tout cela, Yves Leterme le sait. Depuis le début. Ses potentiels partenaires aussi. Et tous mesurent également combien le formateur joue sa place de Premier ministre dans l'aventure. Car s'il a passé autant de temps, ces derniers jours, à essayer de convaincre Joëlle Milquet, c'est parce qu'il sait que sans le CDH, on filerait droit vers un retour du PS, si pas d'Ecolo, côté francophone. Les ex-chrétiens, du coup, céderaient leur rôle de première famille politique aux libéraux, les mettant en droit de réclamer le 16 . Ce qui sonnerait le retour en piste de... Guy Verhofstadt, vieux rival de M. Leterme.

Cela aussi, le formateur et ses potentiels partenaires le savent. Et c'est sans doute ce qui explique au moins en partie l'ultimatum du MR ce lundi, lui qui sait combien les spectres d'un retour du PS et de Guy Verhofstadt hantent les nuits du formateur. Il peut y échapper. Mais à un seul prix : ramener ses troupes, et particulièrement la branche du NV-A, dans le rang du raisonnable. C'est de sa capacité à le faire que son avenir proche dépend désormais. Il semble avoir commencé à le comprendre hier, dit-on, et mis en chantier ce qu'il fallait pour y arriver. Gageons qu'il ne s'agisse pas, de nouveau, d'un coup de bluff de sa part. Car il est temps, pour lui et les siens, de faire enfin des choix. Ou de s'effacer de la direction des opérations.



© La Dernière Heure 2007