Jeudi à la Chambre, Ecolo-Groen a ainsi fait part de certaines réserves. "Mettre en place un mécanisme exceptionnel ne suffit pas", a lancé la Theutoise Julie Chanson, appelant à "un peu plus de courage politique." Chanelle Bonaventure (PS), a salué le prêt, estimant que "l'appel a été entendu." "Mais il faut aller plus loin. La mise en place d'un fonds fédéral doit être une priorité", a déclaré la Disonnaise.

Le Premier ministre Alexander De Croo a en effet annoncé jeudi matin en conférence de presse avoir proposé aux ministres-présidents de mettre en place, à l'avenir, un mécanisme de solidarité permanent en cas de catastrophe naturelle, à l'instar de celui en vigueur en Allemagne.

François De Smet (DéFI) a appuyé l'idée, estimant toutefois que le gouvernement fédéral avait manqué de créativité dans ce dossier. "Ceci est-il un État fédéral ou une gigantesque banque ?", s'est-il interrogé. "Cyniquement, vous accordez un prêt à taux fixe. Encore heureux que ce ne soit pas un taux variable...", a-t-il ironisé.

Vanessa Matz (cdH) s'est, elle, dite, "lassée des effets d'annonce par les membres de votre gouvernement", parlant même d'"aumône". "Les sinistrés, les bénévoles sur place et les pouvoirs locaux se fichent de savoir si c'est x ou y qui va donner", a lancé l'élue originaire d'Aywaille.

Le gouvernement fédéral mettra à disposition de la Région wallonne un prêt de 1,2 milliard d'euros, ont confirmé jeudi matin Alexander De Croo et le ministre-président wallon Elio Di Rupo en conférence de presse. Le "kern" fédéral était parvenu à un accord mercredi. Ce prêt sera accordé à un taux d'intérêt "conforme à celui du marché". Il sera d'une durée de quinze ans, sans remboursement pendant les cinq premières années.

Pour le cdH wallon, le prêt du fédéral à la Région, c'est "peanuts"

"Ce que le gouvernement fédéral a mis sur la table pour soutenir la Région après les inondations, c'est peanuts", a quant à lui réagi jeudi après-midi le chef de groupe du cdH au parlement wallon, François Desquesnes.

Un taux de TVA réduit à 6% pour la démolition-reconstruction a été décidé. Or, "ce taux réduit existe déjà. Ce que nous voudrions savoir - mais nous n'avons pas pu poser de questions ce jeudi - c'est si ce taux concernera tous les secteurs. S'appliquera-t-il à la reconstruction des routes et des infrastructures publiques? Et quelqu'un qui doit racheter une voiture à la suite des inondations, bénéficiera-t-il de ce taux?", s'est interrogé le député humaniste.

"La TVA, c'est une recette pour le fédéral qui va voir ce poste augmenter grâce à la reconstruction", a-t-il ajouté.

"Il n'y a pas de solidarité du fédéral puisque c'est un prêt. Et ce que le gouvernement wallon fait, c'est reporter à plus tard les difficultés: à 2024 pour le prêt accordé par les assureurs et à 2025 ici", a encore indiqué le chef de file du cdH.

"Aujourd'hui, on nous dit qu'une subvention n'était pas possible dans le cadre de la loi de financement. Mais lors de l'accord avec Assuralia cet été, le fédéral aurait pu être autour de la table et participer au milliard que la Wallonie doit débourser" pour que les sinistrés assurés bénéficient d'un remboursement total de leurs dégâts, a conclu François Desquesnes.

"Un mécanisme scandaleux"

Dans les rangs de l'opposition toujours, le PTB, lui, évoque "un mécanisme scandaleux" mis en place par le fédéral et accepté par la Région. "Ce qui est fou, c'est que dans notre État fédéral, la solidarité n'est plus de mise. Nous avons vécu une catastrophe nationale qui aurait dû conduire à une solidarité nationale pour un plan de reconstruction ambitieux. Mais ce qu'on nous présente, c'est un prêt, par nature remboursable, comparable à un mécanisme qui aurait pu être mis en place par un établissement financier", a pointé le chef de groupe de l'extrême gauche au parlement wallon, Germain Mugemangango.

"Les gouvernements devraient prendre exemple sur la solidarité de la population. Quand on aide, on ne prête pas", a-t-il conclu.