48 heures. 2 jours. C'est le laps de temps accordé aux deux préformateurs par le Roi pour dénouer le sac de nœuds des négociations fédérales. Refusant la démission remise par Egbert Lachaert (Open Vld) et Conner Rousseau (sp.a), le souverain a demandé qu'un climat de confiance soit rétabli entre les sept partis de la Vivaldi d'ici à mercredi. Une tâche qui s'annonce compliquée au vu des derniers événements. Mais la presse est unanime: les politiques n'ont désormais plus le droit à l'échec. Pour certains, il est même déjà trop tard pour redorer le blason du monde politique qui s'est bien encrassé ces derniers jours. Revue de presse des différents médias francophones et néerlandophones.

Dans leur édito, nos confrères de La Libre Belgique pointent "la honte" éprouvée cette semaine face à l'évolution de la situation politique. "En Belgique, dans toute négociation, il y a un moment de dramatisation. Mais jamais, jamais, à dix jours de la conclusion – les négociateurs se sont engagés à présenter un accord le 1er octobre – la situation n’a été aussi ubuesque, dantesque, écrit-on. (...) Les citoyens sont éberlués, épuisés : ils n’en peuvent plus de ce mauvais cinéma. Il y a déjà un accord global sur 80 % du programme. Il faut en finir avec les tergiversations et sortir de cette crise dans la crise."

A La DH, c'est la cristallisation autour de Georges-Louis Bouchez, "le Sarko belge qui risque de finir comme lui", qui retient l'attention et la plume de Jean-Marc Ghéraille. Il s'y demande, notamment, si "au-delà de prouver qu’au-delà d’un orateur hors pair et d’un showman au sourire séducteur, il peut se hisser au niveau de l’importance du moment. Les grands hommes politiques, même avec un ego XXL, ont tous réussi à jongler entre l’art du compromis, les convictions personnelles, l’intérêt supérieur de l’État et un sens des responsabilités." Si, derrière la "tête à clash", peut, in fine, se profiler un homme d'Etat.

"Insupportable", estime de son côté Le Soir. Soulignant la gravité de la situation rencontrée actuellement par le pays, le journal francophone regrette que "pendant ce temps-là, le MR ne veut pas de Paul Magnette au Seize. Na!", "le PS préférerait ne pas y voir Sophie Wilmès. Dans les gencives!". Dénonçant ces jeux politiques, Le Soir postule également que le président libéral, Georges-Louis Bouchez, est devenu le "souffre-douleur de cette cour de récré". "Il y a bien sûr des responsabilités individuelles dans ce spectacle qui laissera des traces, quelle qu’en soit l’issue, reconnaît le quotidien. Mais il y a d’abord une responsabilité collective de la classe politique, une seule : celle de conclure au plus vite un accord qui, à voir ce qui se trouve sur la table, n’est pas plus compliqué à sceller que les dizaines d’autres qui ont permis de former les gouvernements précédents. La seule chose qui différencie cette triste mêlée des autres, c’est sa capacité à jouer avec le feu sous le regard distrait mais atterré du citoyen."

L'Echo se demande, lui, si les politiques "se rendent compte" de la situation. "Les sept partis qui négocient une coalition Vivaldi ont offert, ces dernières heures, une dispute digne d’une cour de récréation", fustige le quotidien financier. Et pour le journal, Georges-Louis Bouchez n'est pas le seul responsable de cette cacophonie, qui est "grave" pour le pays. "Le 'spectacle' offert rue de la Loi provoque un dégoût profond chez une part croissante de la population. Tout bénéfice pour les démagogues, les populistes, les extrémistes", conclut L'Echo.

"Toute la politique belge est devenue un peu comme Bouchez"

Au nord du pays, le constat est le même. "Le jour où on aurait enfin dû offrir aux Belges la perspective d'un nouveau gouvernement , l'interminable feuilleton politique a pris une nouvelle tournure embarrassante. Honteux", tance De Standaard. Le quotidien flamand regrette que l'intérêt du pays passe après celui des politiques et de leur parti. "Pire encore, les personnes impliquées ne semblent pas réaliser qu'elles creusent leur propre tombe, argumente le journal. Si des élections ont lieu, l'électeur est susceptible de renier tous les partis qui ont participé à cette déconvenue de plusieurs mois. En résulteraient un paysage politique encore plus fragmenté et une formation gouvernementale encore plus compliquée."

Pour De Tijd, la situation actuelle risque d'avoir de graves répercussions dans le futur. "Même si les négociateurs gouvernementaux franchissent le pas dans les prochaines 48 heures, la question demeure de savoir s'ils seront capables de se débarrasser de la méfiance manifeste d'aujourd'hui", écrit le quotidien financier.

Het Nieuwsblad se montre, quant à lui, plus dur à l'encontre du président du MR qu'il compare au Roi Soleil. "Il fait exploser des grenades politiques avec la même facilité que la mafia de la drogue à Anvers, affirme sévèrement le journal flamand. Il pousse tout le monde au désespoir et s'en fiche." Selon le média, le Montois est toutefois bien conscient de ses actes. "Il bloque tout scénario qui avantage à quelqu'un d'autre que lui-même", continue Het Nieuwsblad. Reconnaissant que la politique peut parfois être sujette à des tensions, le journal estime toutefois que la situation actuelle - une crise sanitaire sans précédent - exige de ne pas agir comme à l'accoutumée et de faire passer l'intérêt du pays avant tout. "Ce pays a besoin d'une politique différente, lance Het Nieuwsblad. Bouchez n'est pas un cas isolé, toute la politique belge est devenue un peu comme Bouchez."