«J'ai agi au nom d'Allah»

F. D. Publié le - Mis à jour le

Belgique Ali, un Anderlechtois de 32 ans, a voulu faire exploser sa voiture devant une synagogue

CHARLEROI Il est encore trop tôt pour se prononcer sur les motivations d'Ali El Bouyeri, un Anderlechtois de 32 ans, qui a tenté hier de faire exploser sa voiture... en même temps que la synagogue de Charleroi.

Vers 11 h, il a garé son Audi devant le lieu de culte, installé à la rue Pige au Croly, un quartier du nord de la ville connu pour être relativement agité. A son bord, cinq bonbonnes de gaz, placées sur la banquette arrière et le siège passager. Bref, une bombe ambulante.

Déterminé, l'homme s'est mis à déverser de l'huile et de l'essence sur l'habitacle de sa voiture, tout en conseillant au voisinage de se réfugier puisque «tout allait exploser». Ali El Bouyeri a ensuite ouvert deux des bonbonnes avant de créer une traînée de produits accélérants sur une quinzaine de mètres, lui permettant de bouter le feu à distance à son engin destructeur.

Le temps de craquer une allumette, et l'Audi s'est embrasée telle une torche. Quelque temps plus tard, le gaz dilaté a fait exploser les vitres, causant une déflagration violente qui n'a toutefois pas endommagé la synagogue, fort heureusement vide au moment des faits. «Un pompier de passage a alors eu le réflexe professionnel de téléphoner à ses collègues qui sont rapidement intervenus sur les lieux», raconte un enquêteur de la police fédérale carolorégienne. «Entre-temps, le sapeur avait pu enlever les bonbonnes du brasier. Une chance, car les conséquences d'une explosion auraient été catastrophiques».

La police zonale de Charleroi, qui a rapidement bouclé le quartier, n'a mis que 25 minutes à pincer l'auteur des faits. Ce dernier, qui s'était tout d'abord caché derrière des bosquets pour jeter un oeil à son feu d'artifice maison, s'était ensuite réfugié chez son frère, qui habite non loin de là. Et c'est là que les enquêteurs bien renseignés lui ont mis la main au collet. Ali El Bouyeri a tout d'abord tenté de se dissimuler sous une fausse identité avant de céder et d'avouer son acte, clamant haut et fort «qu'il avait agi au nom d'Allah» et «qu'il désirait la paix». Des paroles inquiétantes qui laissent encore planer beaucoup de doutes.

Ramené au poste, l'individu, marié et père d'un enfant, n'a pas encore donné les motivations de son acte de folie. L'hypothèse d'un acte terroriste n'est donc pas à écarter, mais la famille d'Ali El Bouyeri, originaire de Charleroi et qui s'est rendue sur place, penchait plutôt pour un acte déséquilibré. Sous le choc, certains amis et cousins du suspect ont d'ailleurs quelque peu perdu les pédales au point d'en venir aux mains avec les enquêteurs du SJA.

Déféré devant la juge Desneux, Ali El Bouyeri a été placé sous mandat d'arrêt hier soir et écroué à l'annexe psychiatrique de la prison de Mons. Le chef d'inculpation: tentative de destruction d'un édifice public laissant supposer que des personnes pouvaient s'y trouver..

© La Dernière Heure 2003

F. D.

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