Discours de colère du président du PS lors d'un congrès extraordinaire

BRUXELLES Elio Di Rupo avait convié ses troupes à un congrès extraordinaire, hier soir, en plein coeur de Bruxelles. Pour en permettre la tenue, il avait déclenché la procédure d'urgence, qui permet de demander aux fédérations de se prononcer rapidement sur des propositions de modifications statutaires.

La méthode n'a guère plu à Jean-Maurice Dehousse, qui a boudé la réunion car «les sections du parti sont une fois de plus mises dans l'impossibilité de se réunir et le congrès une fois de plus mis devant le fait accompli». Après José Happart exprimant son scepticisme, lundi, sur la capacité d'Elio Di Rupo à cumuler ses deux fonctions, c'est la deuxième voix discordante qui s'est ainsi fait entendre au sein de la fédération liégeoise du Parti socialiste.

La réunion s'est pourtant bien tenue. Et elle a avalisé deux pans importants de modification des statuts. Le premier concerne le remplacement de Jean-Claude Van Cauwenberghe par le Montois à la tête du gouvernement wallon. Les statuts prévoient que c'est incompatible avec la fonction présidentielle. Les congressistes ont donc eu à voter une modification prévoyant la compatibilité des postes en des «circonstances exceptionnelles dûment constatées par le Congrès».

Deuxième grand volet: l'éthique. C'est dans ce cadre qu'est institué un délégué général à la rénovation qui «veille à la mise en oeuvre par les fédérations, sections et USC des axes de la rénovation».

Autre changement: l'obligation, pour tout qui exerce une responsabilité à un niveau de pouvoir, de remettre désormais la liste de ses mandats et les rémunérations (en brut) qui y sont liées «ainsi que la nature et le montant des avantages et des remboursements de frais éventuels dont il bénéficie».

En parallèle, un comité d'audit interne, placé sous l'autorité du président et des vice-présidents, contrôlera «le respect des règles légales, statutaires et déontologiques par tout membre du PS investi d'un quelconque mandat dans un organisme public, parapublic, ou dans lequel les pouvoirs publics exercent une influence prépondérante».

Tout mandataire en désordre sera prié de se régulariser. Dans les cas extrêmes, la commission de vigilance du PS pourra aller jusqu'à l'exclure.

Concluant le congrès par un discours aux termes durs, Elio Di Rupo n'a pas caché sa «colère» aux militants. Rappelant les faits «inacceptables» qui ont rendu le mois de septembre «particulièrement difficile à vivre», il a fustigé ceux qui «par leurs comportements incompatibles avec nos valeurs, entachent les efforts de tous les autres».

«J'en ai assez», a assené le Montois, «que le comportement de quelques-uns jette le discrédit sur notre action!» Car «le pouvoir ne nous appartient pas» mais «nous est prêté dans un but précis! J'en ai marre des parvenus, a-t-il ajouté. Il n'y a pas de place pour les parvenus au parti socialiste». «Les dérives naissent de l'arrogance, du sentiment d'être tout-puissant, de l'impression de n'avoir de comptes à rendre à personne!», a-t-il complété. Avouant: «je me fâche parce que le PS mérite mieux que ça» et parce que «l'immense majorité des membres de notre parti sont des gens intègres et droits!». Et que le MR et Ecolo «qui croient avoir trouvé le moyen de nous affaiblir ne se réjouissent pas trop vite». Car «il n'est pas exclu que nous ayons encore à subir dans les prochaines semaines des affaires de même nature que celle qui nous choque aujourd'hui».

Mais avec le vote des modifications des statuts, c'est sûr, «la phase II de la rénovation du PS commence ce soir».

© La Dernière Heure 2005