Belgique Jan Jambon est lancé, prêt à conquérir le 16 rue de la Loi. Il veut convaincre les francophones qu’il représentera tout le pays.

Premier ministre. Le poste le plus important du gouvernement belge. Certains s’y voient déjà avant même de se lancer en politique. Mais Jan Jambon n’est pas un ambitieux du genre. Fidèle à son image de bon père de famille, c’est plutôt par devoir envers la sienne de famille politique, qu’il se positionne aujourd’hui clairement comme candidat à la tête d’une future coalition fédérale. Il dit vouloir prendre ses "responsabilités".

Les clés du 16 rue de la Loi en poche, que changerait Jan Jambon ?

Entretien avec l’une des personnalités flamandes préférées du côté francophone du pays.

Vous avez rencontré Charles Michel récemment afin de discuter de la prochaine législature, selon Le Soir . Y a-t-il un deal entre vous ?

"J’ai rencontré Charles Michel pour un lunch mais c’était simplement une rencontre entre amis politiques. On n’a rien négocié, certainement pas… Il faut attendre le 26 mai."

Avez-vous vraiment envie de ce poste de Premier ministre ?

"La N-VA a surtout envie de rester le plus grand parti du pays. Mais dans le précédent gouvernement, il y avait une erreur de construction : le plus grand parti - la N-VA - aurait dû gérer le gouvernement. Et, en tant que chef de file fédéral de la N-VA, c’est à moi de le faire. Je me rends compte que c’est un job très difficile mais je sens que j’ai le devoir d’assumer cette responsabilité."

Vos rapports avec Charles Michel se sont-ils dégradés ? Vous êtes tous les deux en compétition pour le "16".

"En politique, tout le monde est en compétition avec tout le monde. Cela n’empêche pas que l’on peut continuer à s’apprécier. Dans plusieurs domaines, nous avons le même point de vue. Sur d’autres, nous sommes complètement différents. Mais j’ai pu apprécier fin 2018 à quel point Charles s’est battu jusqu’à la dernière seconde pour sauver son gouvernement lors de l’épisode du pacte de Marrakech. Pour moi, un compromis aurait pu être possible. Mais l’Open VLD et le CD&V l’ont rendu impossible."

Vous êtes le seul à vous être déclaré clairement candidat pour la fonction de Premier ministre. Si vous ne l’obteniez pas, cela sera perçu comme un échec personnel, non ? Vous avez pris un risque. Est-ce "Premier ministre ou rien" ?

"En 2014, vu notre image du côté francophone, il était impensable que la N-VA dirige le gouvernement. La situation a profondément changé. Les gens en Wallonie comprennent qui nous sommes. Ils savent que la N-VA est un parti responsable et capable de gérer le pays. Par conséquent, nous pouvons désormais nous en tenir à cette position : si la N-VA reste le plus grand parti après les élections, elle doit obtenir le poste de Premier ministre. Nous ne voulons plus commettre la même erreur qu’en 2014."

Y a-t-il eu, durant la "suédoise", des erreurs que vous ne ferez pas si vous devenez Premier ministre ?

"Oui. Pour moi, la politique doit décider. Quand les partenaires sociaux décidaient quelque chose, on ne pouvait plus y changer la moindre virgule… Ce n’est pas démocratique. C’est le Parlement et le gouvernement qui doivent avoir la responsabilité finale par rapport aux accords négociés entre partenaires sociaux. Ces accords sont très importants, bien sûr. Mais, par exemple, lorsqu’on relève l’âge de la prépension à 60 ans, ce n’est pas aux partenaires sociaux de décider à la place du gouvernement. Le MR et le CD&V ne voulaient pas remettre en question le fonctionnement vis-à-vis des partenaires sociaux. Au ‘16’, j’agirai différemment. Par ailleurs, à plusieurs reprises, Charles n’a pas toujours eu le poids nécessaire pour réaliser un accord au sein du gouvernement aussi vite qu’il aurait pu le faire si le MR avait été le plus grand parti de la majorité. La N-VA obtiendrait des accords plus rapidement, je pense."

Ce serait plus simple pour vous côté francophone de négocier avec le PS ou Ecolo ?

"PS et Ecolo pour moi, c’est un peu la même chose. Sur le plan socio-économique, cela va être très difficile mais s’ils sont prêts à parler de confédéralisme, on est ouverts."

Si vous devenez Premier ministre, vous maintiendrez les colloques singuliers avec le Roi ?

"Cela fait partie des règles. Et comme je l’ai montré lorsque j’étais ministre, le 21 juillet dans la tribune avec le Roi, c’était une première pour moi mais cela fait partie du jeu. Et nous sommes un parti qui veut prendre ses responsabilités avec toutes les conséquences. Si on peut changer ces choses dans le futur, on va certainement le faire mais si on n’y arrive pas, on va s’y conformer. Nous sommes un parti responsable et le colloque singulier, je comprends que cela fasse partie de l’organisation politique actuelle et si la condition est d’avoir un entretien utile avec le Roi, je vais certainement le respecter."

Si vous devenez Premier ministre, vous allez également devoir représenter la Belgique francophone...

"Comme lorsque j’étais ministre de l’Intérieur, je serai Premier ministre d’Ostende à Arlon. Je pense que tout le monde peut reconnaître que j’ai joué ce rôle à l’Intérieur. Moi, je n’ai rien contre les francophones ! Ce sont les institutions qui ne me plaisent pas. Pas les gens et pas les Belges. J’ai eu de très bons contacts avec la police et les zones de secours et c’était très agréable tant en Flandre qu’en Wallonie."

Comme Premier ministre, vous deviendrez aussi la vitrine de la Belgique à l’étranger…

"Après les attentats, j’étais aussi à Paris comme représentant de la Belgique. On peut vouloir changer les institutions mais tant que ce n’est pas fait, il faut représenter la Belgique dans sa globalité."

Avez vous un message pour les francophones ?

"On veut faire évoluer le pays vers davantage de prospérité, plus de jobs, moins d’impôts. Et cela, c’est possible si le plus grand parti prend ses responsabilités. C’est clair que lorsqu’on gérera ce pays, ce sera tout le pays d’Ostende à Arlon. J’espère avoir montré aux francophones que je suis un homme responsable, venant d’un parti responsable et qu’il n’était pas nécessaire de craindre de notre part un non-respect de nos engagements."