Selon Modrikamen, l’avenir du pays doit se décider, aussi, avec le PP

Le Politic Twist

“De Gucht aurait dû être désavoué”

BRUXELLES Le conflit avec Rudy Aernoudt paraît presque oublié. Mischaël Modrikamen est aujourd’hui le président unique du Parti populaire (PP). Avec son “franc-parler” , comme il le dit lui-même, il analyse l’enlisement politique actuel.

Que vous inspire le blocage des négociations communautaires ?

“On a l’impression qu’on va faire basculer le centre de gravité vers les Régions, mais en gardant un brol extrêmement complexe au niveau fédéral. On a l’impression qu’on a une machine flamande extrêmement bien huilée devant des francophones qui se contentent d’accepter certaines revendications.”

Vous partagez donc l’avis de Didier Reynders (MR) qui dit qu’il n’y a pas de projet francophone sur la table ?

“Je le rejoins entièrement. Il n’y a pas de vision francophone. Quand je vois que Di Rupo est plébiscité… Mais où est sa vision si ce n’est d’essayer de sauver les meubles ? En réalité, il ne fait que reculer sur la scission de BHV, sur les droits des francophones, sur la périphérie, sur les droits des Bruxellois,… Si le but est d’arriver à un État confédéral hypercomplexe où l’on détricote tout, où l’on garde une Belgique pour le principe, alors je dis “non” ! D’où l’idée de dire qu’on a un plan B.”

Qui consiste à préparer la scission du pays ?

“Au PP, nous voulons un fédéralisme renouvelé, simplifié. Mais si on voit que les Flamands sont demandeurs d’un confédéralisme passif, qui ne serait qu’une étape vers la séparation, alors je dis : “Voici vers quoi il faut aller. Voici mon plan B. J’y travaille et je vais le mettre en application !”

Vous rejoignez donc les trois socialistes – Laurette Onkelinx, Rudy Demotte et Philippe Moureaux – pour qui il faut se préparer à la fin de la Belgique ?

“Mais il ne suffit pas d’agiter la menace. Il faut réfléchir réellement à un axe Wallonie-Bruxelles. Quelles frontières ? Quelle Constitution ? Quel système électoral – je plaide pour un système majoritaire à deux tours ? Quel type de chef de l’État ? Avec les communes à facilités ? Dans le cadre d’un référendum ? C’est tout cela.”

Quelle est votre solution ?

“Est-ce que l’avenir du pays peut être dessiné avec sept partis ? On devrait plutôt avoir une grande convention nationale, un grand débat public avec les libéraux, avec le PP et d’autres partis. Et qui pourrait être présidée par le Roi…”

Même pour parler d’une réforme de l’État et non d’un divorce ?

“Aussi bien pour discuter d’une grande réconciliation que d’un divorce. Et que l’on arrête de me dire qu’il ne faut pas mouiller le Roi. Demain, s’il n’y a plus de Belgique, il n’y aura plus de Roi… Ça ne sert à rien de le garder en réserve. Il pourrait présider cette convention – qui devrait être publique et retransmise à la télé.”

Fameuse cacophonie en perspective…

“Au moins, les gens entendront les positions des uns et des autres. On saurait exactement où se positionner. Maintenant, on ne négociera pas à cette table. Il y aura des conciliabules, des groupes de travail où l’on pourrait trancher.”

Un pronostic de réussite sur les négociations en cours et sur la mission de médiation ?

“Faible. D’autant qu’il y a encore le volet socio-économique à aborder. Or, il faut économiser pour 25 milliards d’euros et PS et N-VA sont aux antipodes les uns des autres. Je dirais donc deux chances sur dix – 20 %.”



© La Dernière Heure 2010