L'émouvant témoignage de Christian Vanden Boeynants

BRUXELLES Christian Vanden Boeynants est un homme discret. Normal: il n'est pas, comme son père l'était, un homme public. On ne l'aura donc entendu qu'au moment où il se devait de parler. Parce que son père était en danger il y a 12 ans, jour pour jour ou parce qu'il voulait confier à tous ce qu'il avait sur le coeur.

Voici ses paroles, que certains ont sans doute méditées, la tête basse.
`Papa, nous voilà aujourd'hui au terme d'un dur et long combat entre la vie et la mort. Ce jour tant redouté et dont nous avions parlé ensemble. Au coeur de Bruxelles, dans ta ville tant aimée, dans cette belle cathédrale, drapée des couleurs nationales, avec les honneurs rendus par les plus hautes autorités et tout à l'heure, la Brabançonne, interprétée comme tu le désirais. Entouré de tes amis les plus proches, tes petits-enfants, tes enfants et de Viviane, ta fidèle compagne, je sais que tu es heureux de voir que nous avons tout fait pour répondre à tes derniers souhaits et ce avec tout notre amour. Je sais que la visite de sa Majesté le Roi Albert II à Alost t'a fait un immense plaisir, toi qui aimais tellement la Belgique, ton pays et sa monarchie, pour lesquels tu t'es battu toute ta vie durant.´

`Ta déception fut grande´

`Je sais que ces dernières années d'homme public, tu les as vécues difficilement. Les attaques de toutes parts, souvent basses et lâches, t'avaient fragilisé sans que jamais on puisse le soupçonner. Ta déception fut grande de voir certains de tes amis politiques t'abandonner sans jamais avoir eu le moindre remords, ni geste à ton égard. Et que penser d'ailleurs de certaines déclarations d'aujourd'hui! La jalousie des envieux est, dans ta carrière, peut-être la seule chose que tu as trop sous-estimée, car dans le fond et pour ceux qui te connaissent intimement, tu avais une certaine naïveté de la connaissance humaine, avec tout ce que cela représente de méchanceté. Fier de tes origines d'indépendant boucher-charcutier, tu m'as élevé avec des principes de vie: courage, loyauté, travail et surtout le plus grand respect à l'égard des petits comme des grands. Pour tout cela, merci! Aujourd'hui, je te perds, papa, mais je perds surtout mon meilleur ami. Ces dernières années, nous avons vécu ensemble tellement de moments difficiles que ceux-ci nous avaient fortement rapprochés. Demain, tu me manqueras, conseiller averti, à l'écoute des problèmes et qui dans la plupart des cas, avait les réponses appropriées et souvent des solutions pleines de bon sens. Je sais qu'après ces quelques petites années de repos bien mérité, tu t'en vas aujourd'hui pour un autre grand voyage où, j'en suis certain, tu retrouveras mon Christophe, ton petit-fils, et maman. Adieu papa, bon voyage. Et enfin, en ton nom, la Belgique de papa n'est pas morte! Vive la Belgique, Leve België. Je t'aime.´