Belgique

C'est ce qu'estime le parquet fédéral

BRUXELLES Lors du bilan des perquisitions menées mardi en Belgique dans le cadre d'une enquête visant Sharia4Belgium, le parquet fédéral a souligné l'importance de s'attaquer aux structures et aux groupes qui permettent à des jeunes Belges de se rendre en Syrie.

Il précise toutefois qu'il ne faut pas mettre tous les jeunes partis en Syrie dans le même panier, soulignant que certains cherchent à protéger la population civile et à renverser le régime en place pour le remplacer par un État démocratique.

Le parquet fédéral s'intéresse aux jeunes Belges partis rejoindre des groupes en Syrie "qui ne se privent pas de recourir à la terreur et qui souhaitent la mise en place d'un État islamiste appliquant la sharia".

Le parquet effectue un suivi de ces personnes dont le retour en Belgique est redouté. "Ils peuvent avoir subi des blessures et des traumatismes post-combats qui peuvent ensuite influencer leur vie ici, en Belgique. Ils peuvent y poursuivre leur radicalisation et exporter ensuite ici leurs idées extrémistes. Ils peuvent avoir acquis une expertise militaire là-bas qu'ils peuvent ensuite utiliser ici ou en Europe", développe le parquet fédéral.

L'instruction judiciaire qui a déclenché mardi 48 perquisitions, porte sur 33 personnes originaires d'Anvers et de Vilvorde, se trouvant actuellement en Syrie ou qui sont en train de s'y rendre.

Plusieurs autres instructions et informations judiciaires fédérales sont en cours, précise le parquet fédéral. Ce dernier n'a pas souhaité réagir mardi au départ pour la Syrie le 4 avril dernier de deux jeunes âgés de 16 ans fréquentant l'Athénée Fernand Blum, à Schaerbeek.

"Un phénomène qui n'est pas nouveau"

Le départ de Belges pour rejoindre des conflits à l'étranger s'est déjà produit à plusieurs reprises par le passé, a expliqué mardi soir Alain Grignard, spécialiste de l'antiterrorisme à la police judiciaire fédérale de Bruxelles et islamologue (ULB - ULg).

Cela fait déjà plusieurs mois que des jeunes Belges se rendent en Syrie, ce n'est pas un phénomène nouveau; par le passé déjà on a vu des personnes résidant en Belgique partir pour s'impliquer dans des conflits à l'étranger, comme lors de la guerre au Kosovo, explique le professeur Grignard.
Ce n'est pas neuf mais ici les parents s'inquiètent, contactent la police puis les médias, souligne-t-il. "Et la publicité qui est faite à ce sujet peut donner de mauvaises idées à d'autres personnes".

Ces jeunes qui partent en Syrie peuvent avoir des profils très différents, il n'est pas toujours question d'un réseau. Tout le monde en parle, le conflit est proche, le bouche à oreille fonctionne, cela touche dès lors des jeunes de tout type, certains en rupture avec la société, d'autres non, ajoute-t-il.
Lors de la guerre en Irak et en Afghanistan, il était beaucoup plus difficile de s'y rendre, il fallait des contacts, un réseau. Ici, par contre, il est assez simple de se rendre en Syrie en passant par la Turquie, explique Alain Grignard.

"Le problème c'est le retour. Toutes les personnes qui reviennent sont transformées par leur participation, active ou non, au conflit. Certains vont adhérer à un mouvement radical, d'autres revenir plus violents... La religion est un facteur de radicalisation, mais ce n'est pas le seul", insiste le professeur. "Même si seulement 5 pc reviennent 'radicalisés', c'est déjà un risque."

© La Dernière Heure 2013