Belgique Me Stanislas Eskenazi, avocat du présumé homme au chapeau de Zaventem, demande la tenue d’un procès belge des attentats de Paris.

C’est la première fois que Me Stanislas Eskenazi, l’avocat de Mohamed Abrini, accepte de s’exprimer publiquement. Il dénonce les fuites dans la presse et se réjouit de la décision de la Cour de cassation concernant le futur retour de son client en Belgique.

Pourquoi parler aujourd’hui ?

"J’accepte car la procédure sur le mandat d’arrêt européen touche à son terme. La véritable question qui m’importait était celle du droit de retour pour M. Abrini et la Cour de cassation a considéré que la cour d’appel n’avait pas motivé sa décision sur ce point."

En quoi était-ce si important ?

"La chambre des mises en accusation refusait à M. Abrini de pouvoir rentrer chez lui ultérieurement. Il se voyait condamné à purger sa peine en France. Sans cette clause de retour, la décision de le renvoyer en Belgique restait discrétionnaire et arbitraire, soumise à l’État français. J’estimais que la chambre des mises ne répondait pas aux arguments que j’avais présentés, en droit et en fait."

Quels étaient ces arguments ?

"La cour d’appel a estimé ‘prématuré’ la demande de clause de retour. Or, c’était le seul moment possible. Il ne s’agit pas pour moi d’empêcher la remise à la France de M. Abrini mais de lui permettre de purger sa peine dans son pays d’origine. C’est tout ce qu’il demande."

On retrouve régulièrement dans la presse ses P.-V. d’audition. Ces révélations ont-elles eu des conséquences sur l’enquête et sur votre client ?

"Ça relève du secret de l’instruction que j’entends, pour ma part, ne pas briser."

Vous attendiez-vous à un tel traitement médiatique ?

"Comme tous les dossiers qui vendent du papier, oui. Cela faisait des semaines que l’on parlait moins de mon client…"

Mais comment expliquer toutes ces fuites ?

"Il n’y a jamais eu, en Belgique, de tels faits de terrorisme. Le seul dossier comparable, c’est le dossier Dutroux. Ce sont les médias que je vise."

Comment va votre client ?

"Cela relève du secret professionnel. Des psychologues ont été désignés pour une expertise."

Plusieurs inculpés des attentats de Paris sont déjà en France. On s’approche d’un vaste procès tenu là-bas. Le craignez-vous ?

"Je distingue deux cas de figure. Pour les inculpés concernés par les faits commis en France, il semble normal que la justice soit rendue en France. Mais pour les personnes soupçonnées d’être impliquées tant en Belgique et en France, et quand la plupart de l’instruction est réalisée en Belgique, il me semble relever d’une bonne administration de la justice que la France dénonce les faits à la Belgique et qu’ils soient jugés ici. Les attentats de Paris et Bruxelles s’inscrivent dans la même intention délictueuse, la même mouvance terroriste."

De manière plus précise, en quoi votre client devrait être jugé en Belgique ?

"Il est reproché à M. Abrini des faits commis en France et en Belgique. Il apparaît du dossier qu’un degré de participation plus important est reproché pour les faits belges. Si, comme le souhaite la France, Mohamed Abrini est jugé en France, il devra ensuite être jugé pour les faits belges. Or, tant la France que la Belgique connaissent les règles du concours d’infraction qui auront pour conséquence que la seconde décision tienne compte de la peine prononcée par la première juridiction amenée à statuer. Le risque est donc de donner le sentiment que le second procès soit l’accessoire du premier. Qu’est-ce qu’un grand procès en France aurait à apporter ? Des réponses, c’est ce que tout le monde espère. Les parties civiles sont en droit de les recevoir. Mais elles pourraient tout autant les recevoir dans un procès belge. Cela n’empêche que M. Abrini soit prêté à la France pour le procès mais qu’il soit jugé en Belgique pour les faits français."


Abrini indic des Anglais ? "Une vaste supercherie"

Le 26 juin dernier, l’édition dominicale du prestigieux  Times  publie l’information suivante : Mohamed Abrini serait un informateur, un  supergrass  de la police antiterroriste britannique, le premier au sujet de l’État islamique.

Jusque-là, l’information n’a pas fait l’objet de démentis ou de commentaires de la part de l’avocat du présumé homme au chapeau.  "C’est une vaste supercherie" , estime Me Eskenazi.  "M. Abrini a été interrogé sur commission rogatoire internationale, autour d’un voyage qu’il a réalisé en Angleterre. Les enquêteurs britanniques ont demandé à leurs homologues de la police fédérale de lui poser des questions à ce sujet. Mon client a donné des réponses et le procès-verbal a été renvoyé en Angleterre dans le cadre de la commission rogatoire. J’étais présent à cet interrogatoire et tout ce qui a été écrit à ce sujet est faux : mon client n’est pas un informateur."


Comme Salah Abdeslam, il veut pratiquer une activité physique

La polémique a pris en France au sujet du rameur individuel dont dispose Salah Abdeslam dans sa cellule. Au point que des hommes politiques ont jugé bon de s’y engouffrer. M e Eskenazi voit là un simple détail. Et demande à ce que son client puisse lui aussi s’entretenir.  "Le minimum est qu’un détenu puisse faire de l’exercice physique chaque jour. Qu’il puisse marcher, avoir une activité, sous peine de devenir un légume. Ce n’est pas choquant"  , note l’avocat.  "M. Abrini, lui, n’a accès à aucune activité physique. Il manifeste le souhait de pouvoir s’entretenir. Il ne peut même pas marcher. Il est confiné à l’isolement, dans sa cellule, 23 heures sur 24. Une heure par jour, il a accès à une cour de 5 mètres sur 5, où il se retrouve seul."