Les avocats n'ont plus accès à une grande partie des dossiers alors que les magistrats peuvent toujours travailler dessus : "C'est une inégalité entre l'accusation et la défense", dénonce-t-elle en demandant au ministre Koen Geens d'agir au plus vite pour limiter les dégâts par la suite

Nathalie Gallant ne veut pas se plaindre de sa situation personnelle. La pénaliste n'est pas du genre à vouloir qu'on pleure sur son sort, loin de là. Mais elle tient toutefois à pousser un coup de gueule au nom de tous les pénalistes dans sa situation. Une situation qui empêche les avocats en cette période de crise sanitaire, d'accéder à une large partie des dossiers judiciaires, ceux n'impliquant pas des détenus, soit plus de 50 % des dossiers actuels.

Nathalie Gallant implore le ministre de la Justice, Koen Geens, de modifier cette situation au plus vite. Actuellement, seuls les magistrats peuvent se connecter, via un code sécurisé, à JustScan, le logiciel qui donne accès aux dossiers numérisés. Les avocats n'y ont pas accès.

"De quoi créer une inégalité entre l'accusation et la défense. Pendant que les magistrats du parquet travaillent, pour une grande partie chez eux, sur la préparation de ces dossiers, nous, on ne peut rien faire. Résultat : une fois la crise du coronavirus derrière nous, on va se retrouver avec toute une série de dossiers reportés, de nouvelles fixations, dossiers préparés par les magistrats alors que du côté de la défense, ils ne le seront pas. C'est un système qui crée une grande inégalité. Il suffirait de nous donner accès à JustScan pour qu'on puisse, nous aussi, travailler, et permettre à nos collaborateurs de travailler sur ces dossiers, et limiter ainsi, de notre côté aussi, les dégâts", poursuit la pénaliste qui alerte déjà : sans cela, l'arriéré judiciaire du pays risque aussi d'augmenter considérablement, une fois la crise sanitaire terminée. "Les avocats n'auront d'autre choix que demander des remises pour préparer les dossiers auxquels ils n'auront pas eu accès !" La pénaliste ne demande qu'une chose, qu'on lui donner les outils techniques pour continuer à travailler.