Le One Coin est présenté dans le monde comme une cryptomonnaie révolutionnaire permettant un rendement important et, donc, un potentiel gain facile de grosses sommes d’argent. Boosté par le succès du Bitcoin et consœurs, et malgré une promesse trop belle pour être vraie, le One Coin a déjà fait des centaines de milliers de victimes dans le monde. Les pertes engendrées se chiffrent en milliards.

En Belgique aussi, de nombreuses personnes sont tombées dans le piège en investissant dans cette monnaie virtuelle. On estime la perte d’argent des victimes belges de cette arnaque à 7 millions d’euros. Selon nos confrères, la majeure partie de ces personnes ont accordé leur confiance au principal revendeur belge de la cryptomonnaie : Laurent Louis, ancien député fédéral, au cœur du scandale. Depuis 2017, une instruction judiciaire le concernant directement est ouverte au parquet de Charleroi.

Laurent Louis, de la politique à l'arnaque en ligne

Pour rappel, Laurent Louis entame sa carrière politique en tant que député fédéral sur la liste du Parti populaire en 2010, dont il sera rapidement exclu. Commence alors un parcours compliqué, au sein de plusieurs formations: le Mouvement Libéral Démocrate (MLD) sera ainsi dissous 3 ans après sa création par Laurent Louis afin qu'il puisse rejoindre le parti Islam dont il sera également exclu. Il fondera ensuite le mouvement “Debout les Belges”, qu’il finira par abandonner en 2014, après avoir perdu son mandat de député. Sa carrière politique est aussi rythmée par plusieurs scandales, provoqués par des propos polémiques ou des prises de positions antisionistes. Il sera finalement condamné pour négationnisme et deviendra donc inéligible pour six ans.

Forcé de se réinventer après la perte de son mandat, Laurent Louis se lance d’abord comme coach puis s’associe à Dieudonné dans un projet d’assurance. C’est en 2016 qu’il commence à s’intéresser au One Coin, d'après Trends-Tendance. Laurent Louis publie sur Facebook et YouTube des contenus incitant les personnes qui le suivent à investir. En quelques mois, il arrive à réunir 600 personnes. Le réseau prend rapidement de l'ampleur. Aujourd'hui, il continue à alimenter les espoirs de son réseau d'investisseurs : chaque mois, des newsletters leur sont envoyées et des groupes WhatsApp leur permettent de rester en contact.

Des techniques connues... mais efficaces

Au fil de son enquête, le journaliste Gilles Quoistiaux révèle l’ampleur colossale de l’affaire. En contact avec plusieurs victimes, le journaliste détaille l’opération séduction menée par Laurent Louis pour inciter les gens à investir. Présentée comme une cryptomonnaie virtuelle, les promoteurs du One Coin insistent sur sa valeur, étant passée de 0,50 euro début 2015 à 42 euros aujourd’hui.

Mais le problème du One Coin réside dans l’impossibilité de l’échanger contre sa valeur en monnaie traditionnelle, en euros ou en dollars par exemple. Le One Coin est en effet absent des sites permettant cette opération. La seule solution pour récupérer des euros est donc de s’adresser à Laurent Louis.

L’arnaque repose également sur une organisation pyramidale : chaque vendeur achète des packages qu’il peut revendre, engendrant une commission. Et le système est bien rodé : l’enquête révèle qu’entre janvier et juin 2016, plus de 1,7 million d’euros ont été placés par des investisseurs belges dans le One Coin.

Une arnaque colossale

L’arnaque ne se limite pas à la Belgique. Le projet One Coin est né en Bulgarie, en 2014. Grâce au système de package, le site internet rassemblera rapidement jusqu’à 3,5 millions de membres. Le chiffre d'affaires de la société décolle : en 2016, il atteint 3,35 milliards de dollars, selon une enquête menée par le FBI. Entre blanchiment d’argent et pyramide de Ponzi, l’entreprise attire les regards de la justice américaine. En 2019, le CEO de One Coin est arrêté aux côtés d’un autre dirigeant haut placé.

En Belgique, la FSMA (l’Autorité des services et marchés financiers) et le SPF Économie ont reçu une vingtaine de plaintes. En 2017, une instruction judiciaire est ouverte au parquet de Charleroi suite à une plainte déposée par une victime belge. L’enquête suit son cours, mais la filière du One Coin mène d'ores et déjà les enquêteurs droit à Laurent Louis. L'ex-député a déjà été auditionné plusieurs fois dans le cadre de l'enquête.

Interviewé par Trends-Tendance, il assure avoir pris ses distances et ne plus vendre de One Coin depuis "très longtemps". Mais Laurent Louis refuse de reconnaître l'arnaque. Sur Facebook, il explique avoir mis en œuvre plusieurs actions contre le journaliste ayant réalisé l'enquête. "Ces actions sont toutes financées par une cagnotte mise en place par ceux que le journaliste Quoistiaux considère être les victimes de Laurent Louis et de sa cryptomonnaie", assure-t-il.

Ce n'est que début 2021 que l'on saura si le parquet de Charleroi décidera de prononcer un non-lieu, ou s'il renverra les personnes mises en cause devant le tribunal. L’ex-député risque 24.000€ d’amende et 5 ans de prison.