Depuis l’annonce, vendredi, des mesures relatives à la fermeture des restaurants et cafés à partir de ce lundi, la grogne monte. Des mots durs - "Drame social", "génocide", "irrespect" - ont été sortis à l’issue de cette conférence du Comité de concertation. 

L’annonce qu’une évaluation aurait lieu dans 15 jours n’a pas suffi à calmer les esprits. Un sentiment d’injustice – “celui de payer pour tout le monde” - étreint un secteur déjà particulièrement malmené depuis le début de la crise. Frank Vandenbroucke, ministre de la Santé et des Affaires sociales (Vooruit), a bien expliqué les raisons de ces décisions – la très inquiétante propagation du virus – et affirmé qu’il “ne voulait pas avoir de morts sur la conscience” pour convaincre ses partenaires des entités fédérées (en particulier les libéraux) d’adhérer à la décision, rien n’y a fait. 

Annonce de recours en justice

La riposte s’organise. Ce samedi après-midi, le CEO de Horeca Vlaanderen, Matthias De Caluwe, a déjà fait savoir qu’il envisageait des recours en justice contre les mesures à prendre – les textes légaux ne sont en effet pas encore disponibles -, supputant que les mesures pourraient ne pas être “proportionnées”. Thierry Neyens, à la barre de la fédération Horeca du côté wallon, envisage lui aussi d’introduire des recours en justice, affirmant ne pas comprendre sur quelles bases scientifiques s'appuyait cette décision, tout en rappelant les nombreux efforts accomplis ces derniers mois. Pourtant, en comité de concertation vendredi, Frank Vandenbroucke a bien expliqué que les cafés et restaurants étaient un foyer important de contaminations. Mais d’où venaient donc ces informations ? 

Une note du GEES

Pas de nulle part... Alimenté par Erika Vlieghe, infectiologue à l’UAntwerpen, qui préside le groupe chargé de la stratégie de sortie du confinement (GEES), le gouvernement a reçu de sa part une note explicative, que nous avons pu consulter. 

D’abord, on y rappelle les gestes essentiels pour éviter la propagation du virus (distanciation et port du masque). Or, d’après cette note, “ les activités typiques de la restauration (manger / boire, parler (fort), s'asseoir étroitement ensemble) sont intrinsèquement incompatibles avec ces mesures de protection. Les masques ne sont pas compatibles avec le fait de manger et de boire, et les distances entre les personnes aux tables sont généralement inférieures à 1 mètre. C'est a fortiori le cas dans les bars (surpeuplement, plus de consommation d'alcool avec désinhibitions sociales) et dans les espaces intérieurs du secteur Horeca où la qualité de la ventilation peut être très variable”. Voilà pour le côté “bon sens” de la note. Mais sur le plan scientifique ? 

Etude japonaise sur un large échantillon

La note d’Erika Vlieghe mentionne trois études de cas. Le premier est celui de Guangzhou en Chine. Lors de la première vague du Covid19 en Chine, un groupe de 3 familles (10 infections) a payé un lourd tribut au virus en raison du système de ventilation, comme l’ont étayé le 7 juillet 2020 des chercheurs chinois dans le magazine de la “maison CDC” (Centres de prévention et de lutte contre les maladies), soit la principale agence fédérale des États-Unis en matière de protection de la santé publique. 

Ce n’est pas tout. La notre renvoie également à un cas autrichien vécu début mars, où un grand nombre de skieurs de 43 pays ont été testés positifs après avoir passé du temps dans un bar après leur journée ski à Ischl. (https://www.bbc.com/news/world-europe-54256463). 

Enfin, la note présentée par la présidente du GEES renvoie à une analyse de cas au Japon. Là, les auteurs de l’étude ont analysé 3184 cas de maladie liés au coronavirus au Japon et identifié 61 clusters dans les établissements de soins de santé et autres établissements de soins, les restaurants et les bars, les lieux de travail et les événements musicaux. Dans cette étude, l’Horeca était pointé, avec 16% de clusters (soit 10), comme étant le troisième lieu de transmission le plus courant, après les établissements de santé (18 clusters, 30%) et les établissements de soins d'autres types, tels que les maisons de retraite et les garderies (10 clusters, 16 %).

Lettre ouverte d'Alexander De Croo

Contacté, le ministre de la santé Frank Vandenbroucke reconnaît que "dans le contexte actuel, ce débat-ci sur le poids relatif de l’horeca dans la chaîne des infections n’est plus au cœur de la raison". Pourtant, dit-il, "notre raisonnement est simple : vu la circulation massive du virus, il faut diminuer à tout prix les contacts humains (hélas), sans rendre impossible ce qui est vraiment très important ou même indispensable pour survivre (les écoles, les entreprises, les magasins, les visites de quelques personnes chez un ménage). Donc, partout où c’est possible, nous prenons des mesures limitant les contacts : en fermant l’horeca, en rendant le télétravail la règle, en imposant un couvre-feu", explique le ministre socialiste, rejoint ensuite par le Premier Alexander De Croo. 

En réponse aux craintes du secteur (https://wouldbechef.be/nieuws/het-antwoord-van-premier-de-croo-op-mijn-open-brief-over-de-horeca/), le Premier ministre termine sur ces mots : “J’ai entendu votre appel à l'aide et celui du secteur dans son ensemble, et j'espère que le reste de la population aussi, afin que tout le monde, jeunes et moins jeunes, fassent de son mieux dans les semaines à venir pour maîtriser le virus”. Pas sûr que ces mots de réconfort et les mesures de soutien annoncées- un paquet de mesures pour 500 millions d’euros – suffisent. Une rencontre entre membres du gouvernement et le secteur aura lieu ce dimanche à 10h.