Un nouveau Comité de concertation se réunira d'urgence ce vendredi 3 décembre à 9 heures . Pour la troisième fois en moins de vingt jours, les autorités ont décidé d'anticiper leur rencontre au vu de la situation épidémiologique qui demeure inquiétante. C'est le ministre-Président flamand, Jan Jambon (N-VA), qui a initié le mouvement, ce mercredi 1er décembre. Il a ainsi appelé à prendre des mesures plus restrictives sans tarder. Il a été immédiatement rejoint par le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit) .

Un rapport a été rédigé par le GEMS (le groupe d'experts chargés de conseiller le gouvernement), dans lequel figurent des mesures qui permettraient à la Belgique d'endiguer cette quatrième vague. Elles toucheraient de nombreux secteurs dont les écoles, les loisirs et la culture.

Le Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) s'est exprimé à la Chambre, lors de la séance plénière qui a débuté à 14h15, et a donné plus de précisions sur les règles sanitaires qui pourraient entrer en vigueur très rapidement dans notre pays.

Le Premier ministre sous le feu des critiques

Les députés ont pu comme à l'habitude prendre la parole au préalable afin de poser leurs questions au Premier ministre et au ministre de la Santé. "Le secteur des soins de santé est sous pression maximale, tous les soignants sont concernés: les hôpitaux, les généralistes, les pharmaciens...", a souligné Catherine Fonck, qui a insisté sur la transmission importante du virus dans les écoles. "Les Codeco se suivent et se ressemblent avec des décisions trop tardives et trop légères. Et cette question qui demeure de semaine en semaine: pourquoi n'utilisons-nous pas les armes qui sont à notre disposition." L'élue cdH a ainsi pointé la ventilation, le testing et la vaccination. "On est au coeur de la tempête et on a besoin d'un capitaine qui pilote avec courage. Quand allez-vous assumer ce rôle, M. le Premier ministre ?", a demandé Mme Fonck.

Le PTB a fait part de son incompréhension face à la façon dont le gouvernement gérait la crise sanitaire. "On pensait avoir tout vu, mais on vous a sous-estimé", a fustigé Sofie Merckx (PVDA-PTB).

Du côté de l'Open Vld, on a tenu à rappeler la gravité de la situation. "L'afflux de patients souffrant du Covid doit cesser. C'est le cri d'alarme lancé par les soignants. Un nombre sans cesse croissant d'experts demande à ce que l'on renforce les mesures adoptées la semaine dernière, mais il faut apporter des réponses claires aux citoyens. Mme Vlieghe (la présidente du Gems) a demandé qu'on passe à une gestion plus durable", a rapporté Robby De Caluwé (Open Vld), demandant si la mise en place d'un baromètre était envisagée.

"Le troisième Codeco prévu ce vendredi est l'aveu d'un terrible échec. Près de deux ans de gestion de crise, nous en sommes encore à des mesures bricolées, qui suivent la volonté du président de la N-VA. Ce nationalisme sanitaire, ça suffit !", a clamé Sophie Rohonyi (DéFI).

Le CD&V a, pour sa part, ciblé le changement de ton de Jan Jambon (N-VA). "On a entendu un ministre-Président demander des assouplissements pour, le lendemain, demander un durcissement. On peut comprendre que le citoyen s'y perde. Les citoyens méritent une information claire", a insisté Servais Verherstraeten (CD&V), qui a appelé à accélérer la mise en place de l'obligation vaccinale.

"Je ne vous envie pas", a reconnu Frieda Gijbels (N-VA), en s'adressant à Alexander De Croo. "Cela ne sert à rien de vouloir se refiler le valet puant. La pandémie est lourde pour tout un chacun." La nationaliste flamande a ensuite, à son tour, demandé à ce que soit mis en place un baromètre afin de mieux gérer la crise sanitaire.

Vers des mesures strictes ? De Croo ne veut plus avoir de "tabou"

Après les différentes interpellations des députés, le Premier ministre s'est exprimé. "La situation épidémiologique ne s'améliore pas. On compte en moyenne 18.000 contaminations par jour et plus de 800 lits en soins intensifs sont occupés", a souligné Alexander De Croo. "La pression est énorme dans le secteur des soins mais pas seulement. L'enseignement est également sous pression. La meilleure méthode reste d'avoir une approche systématique, d'analyser la situation. Dans un contexte de crise, il faut pouvoir apporter des ajustements. Il n'est que normal de réunir à nouveau le Comité de concertation. Cela n'a aucun sens de se pointer du doigt aujourd'hui, il faut passer à l'action. Mais soyons clairs, nous ne pouvons plus avoir de tabou à l'heure actuelle. J'espère que vous êtes conscients que nous devons tous être prêts à prendre nos responsabilités. Le virus change de visage. On a été alertés la semaine dernière quant à un nouveau variant. Nous avons pris immédiatement des mesures. (...) Il faut oser dire que nous n'avons pas correctement apprécié la situation. Nous pensions que la vaccination allait nous apporter la liberté mais, en réalité, même si elle est efficace, il faut des mesures supplémentaires. La vaccination dans notre pays a tout de même permis d'éviter 7.800 décès."

Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, a appuyé les propos du libéral flamand. "Une société digne de ce nom ne peut pas accepter que le secteur des soins chavire sous l'effet d'une pandémie. Au sein d'une société digne de ce nom, les responsables politiques doivent tout mettre en oeuvre même si ce n'est pas évident, quelles que soient les positions défendues par le passé. (...) L'avis du GEMS que nous avons reçu constitue la base des mesures. Il faut un paquet large, complet. Les derniers jours furent complexes pour un certain nombre de personnes. Cela alimente le flou. Je l'admets. Mais la tempête fait rage et il faut que l'on s'assure d'avoir des digues assez fortes. C'est ce qu'on va faire demain. Il ne faut pas qu'il y ait de quatrième Comité de concertation. C'est pourquoi l'avis du GEMS est une excellente base. Il faut à la fois prévoir la ventilation, le port du masque, le CST... Il faut additionner toutes ces mesures. (...) Il faut s'unir pour une action forte et suffisante."