La liste des pays suspendant provisoirement le vaccin AstraZeneca à cause de potentiels effets secondaires graves s'est encore allongée ce lundi, avec notamment l'Allemagne, la France ou l'Espagne. Mais la Belgique a finalement communiqué en fin de journée: elle ne renonce pas pour l'instant au vaccin AstraZeneca et poursuit sa campagne de vaccination.

Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral dans la lutte contre le coronavirus, s'est exprimé sur le sujet au JT de 19h de RTL-TVi. "Le Conseil supérieur de la Santé nous a remis un avis très clair ce lundi. Il pense que l'intérêt de santé publique - au moment où nous entamons justement la vaccination des personnes les plus vulnérables, les personnes de plus de 65 ans - est largement supérieur au risque potentiel. Mais le Conseil de la Santé précise qu'il va évidemment être vigilant et écouter les avis des pays qui nous entourent et qui pour l'instant ont interrompu cette vaccination, parfois avec très peu de données scientifiques publiées."

A la question de savoir s'il n'est pas plus prudent de suivre nos voisins, Yves Van Laethem répond: "Ces cas graves sont actuellement tellement peu nombreux et tellement peu documentés que l'interruption de la campagne de vaccination serait plus délétère qu'autre chose. Mais nous allons suivre évidemment ce qu'il se passe et notamment les réunions de l'Agence européenne du médicament, qui a fixé des rendez-vous importants mardi et jeudi. Les experts de l'EMA comme ceux de l'OMS arriveront avec des arguments détaillés et nous déciderons en fonction de leurs avis".

Yves Van Laethem encourage en tout cas la population à poursuivre la vaccination. "Dans la plupart des pays qui nous entourent, la décision a été prise par le politique, beaucoup plus que par les agences de sécurité elles-mêmes. Donc on se trouve devant une espèce de jeu de dominos politique dans lequel, parce que crainte il y a, le pouvoir politique décide de suspendre la campagne. En Belgique, on a décidé pour des raisons qui nous semblent scientifiques de poursuivre la campagne et de s'aligner sur les décisions qui sont tout aussi scientifiques prises par les autorités. J'espère que la population se rendra compte dans les jours qui viennent que son intérêt, tout spécialement chez les gens de plus de 75, 80 ans, est d'être réellement vaccinée".


Frank Vandenbroucke évoque une course contre la montre

Invité sur le plateau du JT de 19h30 de la RTBF, Frank Vandenbroucke a tenu les mêmes propos qu'Yves Van Laethem: "Bien sûr, la sécurité du vaccin est importante et nous voulons nous renseigner sur ce qu'il se passe ailleurs et avoir toutes les données. On attend que l'agence européenne des médicaments analyse les données au niveau de toute l'Europe et nous rende un rapport jeudi. Entre-temps, arrêter cette campagne de vaccination alors que le virus continue de se propager rapidement serait irresponsable car c'est une protection sûre et efficace contre cette maladie."

"Je ne dis pas que la France ou l'Allemagne prennent de mauvaises décisions" a toutefois indiqué le ministre fédéral de la Santé, qui parle de course contre la montre et explique pourquoi il ne suspend pas le vaccin d'ici jeudi et la décision de l'Agence européenne du médicament. "Moi, ce que je dis, c'est que la balance qu'il faut faire entre se faire vacciner et le risque d'être infecté est très importante. C'est une course contre la montre car il y a une vraie hausse des contaminations et une augmentation des hospitalisations ces derniers jours, donc c'est assez dramatique. Ce n'est donc pas ici un débat politique mais de santé. C'est une course contre la montre."

Faut-il s'attendre à ce que la population refuse de se rendre dans les prochains jours dans les centres de vaccination? Frank Vandenbroucke ne veut pas y croire. "Demain des milliers de personnes vont se faire vacciner. Tous les vaccins que l'on a sont sûrs et excellents. On a pris des mesures qui assurent leur sécurité. Et jusqu'ici, on n'a aucun doute. Le choix le plus imprudent, c'est de ne pas se faire vacciner. La catastrophe, c'est une troisième vague. Et c'est seulement avec le vaccin que l'on vaincra ce virus."

La task force vaccination confirme

Le groupe en charge de la vaccination en Belgique va suivre la décision de la conférence interministérielle Santé Publique, qui s'appuie sur l'avis en la matière du Conseil supérieur de la Santé rendu plus tôt dans l'après-midi ce lundi. La task force vaccination a confirmer cette décision dans la soirée, répétant que le vaccin d'AstraZeneca a déjà été administré massivement dans le monde entier, et le taux de thrombose chez les personnes vaccinées est plus faible que dans la population générale. Le vaccin AZ est "bon", "sûr" et "efficace", ont rappelé les experts de la task force. Il réduit de 94 % le risque d'hospitalisation des personnes atteintes d'une infection et les avantages pour la santé publique de la poursuite de la vaccination "l'emportent largement" sur les inconvénients.

La task force, dont l'objectif est de vacciner plus de 70% de la population, assure que la sécurité et la santé des citoyens constituent une priorité plus importante que leur participation à la campagne. Chaque cas de thrombose constaté après l'administration du vaccin d'AstraZeneca est enregistré par l'Agence belge des médicaments (AFMPS) qui, après analyse, transmet ces données à l'EMA. Chaque cas est pris au sérieux et suivi de près, insiste la task force.