La pandémie de Covid-19 a montré que la Belgique faisait face à une pénurie structurelle de professionnels de la santé à laquelle il faut remédier, exhorte la Commission européenne dans ses recommandations par pays publiées mercredi.

"Le système de santé belge est performant en matière de soins intensifs dans les hôpitaux", reconnaît l'exécutif européen à l'occasion de cet exercice annuel de convergence socio-économique.

"Toutefois, la pandémie de Covid-19 a mis en évidence un certain nombre de lacunes affectant la résilience du système de santé lorsqu'il est confronté à une crise grave de santé publique. Elle a montré que la Belgique faisait face à une pénurie structurelle de professionnels de la santé à laquelle il faut remédier", expose-t-elle.

C'est surtout le métier d'infirmier-ère que vise l'exécutif européen, a précisé une source. En début de semaine, la ministre de la Santé publique Maggie De Block avait chiffré cette pénurie à 5.000 personnes.

Le manque de médecins généralistes et leur moyenne d'âge élevée sont également mis en avant par la Commission, même si elle reconnaît que la récente levée des quotas Inami pour étudiants sortant des facultés de médecine va dans le bon sens.

L'exécutif européen relève aussi la nécessité "essentielle" de garantir un approvisionnement suffisant en produits médicaux critiques, y compris en équipements de protection, en particulier pour les professionnels de la santé et les travailleurs exerçant d'autres fonctions exposées.

A ses yeux, un élément important de la stratégie de santé publique sera "la mise en œuvre sans accroc" de l'accord de la conférence interministérielle Santé publique visant à mettre du personnel hospitalier et des infrastructures hospitalières (qui relèvent de la compétence fédérale) à la disposition d'établissements de soins de longue durée (qui relèvent de la compétence communautaire), comme les maisons de repos et de soins.

La Commission relève régulièrement la nécessité d'une meilleure coopération entre les niveaux de pouvoir en Belgique.

La Belgique échappe à une procédure renforcée

Pour la dixième édition de ses recommandations annuelles par pays dans le cadre du "Semestre européen", l'exécutif européen a dû se "refocaliser" sur le socio-économique, crise oblige. Au niveau budgétaire, il a tout simplement recommandé au Conseil de ne pas ouvrir de nouvelles procédures pour déficit excessif contre les États membres, vu les circonstances exceptionnelles.

Les règles de discipline budgétaire ont été suspendues en mars, par l'activation inédite d'une "clause dérogatoire générale" visant à permettre aux États d'investir lourdement pour faire face aux crises sanitaire et économique. Sans cela, les États se doivent de maintenir leur déficit public à moins de 3% du PIB et leur dette publique à moins de 60% du PIB, ou de la faire baisser suffisamment s'ils dépassent ce plafond.

La Belgique n'a pas suffisamment fait baisser sa dette en 2019. Et comme de nombreux autres États, elle explosera le critère des 3% en 2020 (la Commission prévoit un déficit public belge à -8,9% et une dette à 113,8% cette année). Mais vu la suspension des règles et l'incertitude exceptionnelle liée à l'impact macroéconomique et budgétaire extraordinaire de la pandémie, l'exécutif a décidé de reporter toute décision sur une ouverture de procédure pour déficit excessif.

La discipline budgétaire n'en est pas pour autant supprimée, a prévenu le vice-président Valdis Dombrovskis. "Nous lèverons la clause dérogatoire quand les conditions seront réunies, tout en tenant compte des situations différentes dans chaque État membre".

Bref, la Belgique peut temporairement augmenter son déficit et son endettement autant que nécessaire pour répondre à la crise sanitaire et économique, mais en veillant à pouvoir revenir à une stabilité budgétaire à moyen terme. Les mesures de soutien déjà prises par la Belgique vont quant à elles dans le sens de ce que préconise la Commission pour l'ensemble des États membres.

Les recommandations par pays publiées ce mercredi s'articuleront au plan de relance que la Commission européenne doit proposer mercredi prochain, en même temps qu'une nouvelle mouture du budget 2021-2027 de l'UE. "Il faudra alors augmenter les investissements, avec les transitions numérique et écologique comme feuilles de route."