"La pandémie n'était pas prévisible? C'était évidemment faux. D'autres pays se sont préparés de bien meilleure manière que nous", a lancé Philippe Devos, président de l'Absym. "Voir que l'on a fait de la stratégie alors que l'on devait être dans l'opérationnel, c'est incompréhensible pour le terrain", a-t-il ajouté, pointant des "cafouillages" en matière de testing, de traçage, dans le développement de l'application Coronalert, sur les retours de voyage, notamment. "L'élaboration du plan stratégique vaccinal aurait également pu être anticipé dès juillet-août."

"C'était une gestion de crise dès le premier jour", a renchéri Roel Van Giel, président de Domus Medica.

"Il fallait mettre en place un commissaire corona dès le départ", a estimé pour sa part Paul de Munck, président du Groupement Belge des Omnipraticiens, déplorant au passage l'absence des représentants des médecins dans les différents organes consultatifs (RAG, RMG, Celaval, etc.). Pour Philippe Devos, cette absence des médecins dans les organes consultatifs a contribué à la cacophonie et, par exemple, à la multiplication des cartes blanches.

La Belgique ne dispose pas d'une stratégie de développement de la santé publique digne de ce nom, ont aussi déploré les représentants des médecins. "Il en faudrait une à l'échelle de 20 ou 30 ans", a ainsi plaidé M. de Munck. Pour Herting Reinier Hueting, président du ASGB-Kartel, il est dès lors nécessaire de "commencer dès maintenant à rédiger un plan stratégique". Pour le Dr. Devos, il faut "avoir le courage de prendre des décisions qui verront leurs effets après un mandat et qui pourraient profiter au mandataire suivant."

Selon eux, la communication vers les professionnels et à la population a également posé problème. "Le morcellement des compétences, c'est la pierre d'achoppement principale", a estimé Herting Reinier. "Nous avons été assaillis de toute part. Ça ne va pas, il faut une seule source de communication, peut-être alimentée de toute part, mais il faut une seule communication". Selon les médecins, la communication à la population faisait aussi défaut. Le Dr. Thomas Orban, président de la Société Scientifique de Médecine Générale (SSMG), a ainsi constaté une "absence de leadership et de vision de la communication. On ne peut pas prendre les gens pour des idiots. Les patients ne sont pas des idiots. Ça n'a pas été fait." "On a totalement oublié le rôle du médecin dans l'adhésion de la population", a renchéri Philippe Devos.

Le précédent gouvernement, dirigé par Sophie Wilmès, a aussi été vivement critiqué. La politique de "lean management", menée par Maggie De Block (ex-ministre de la Santé sous la coalition suédoise), "ça marche en automobile, mais pas dans la santé". Roel van Giel de son côté pointé l'absence d'"unité de commandement". "Sophie Wilmès était absente dans le débat public. C'est bien d'avoir des experts, mais les responsables politiques sont restés très absents. C'est incompréhensible." Il a fait part de son "soulagement" de voir arriver un nouveau gouvernement.

Thomas Orban s'est montré extrêmement dur envers l'ancien exécutif. "Dès le mois de février 2020, on est dans un sentiment d'urgence. Et la ministre (De Block) traite les gens de 'dramaqueen', de 'pleurnichards'", a-t-il déploré, indiquant de nombreux courriers étaient "restés dans réponse".

"Le rubik's cube a subi un crash test, qui n'a pas fonctionné. Ceux qui ont pensé se passer de la médecine générale se sont lourdement trompés", a-t-il conclu.