La lettre qui compromet Anna-Marie Lizin

Belgique

Christian Carpentier

Publié le

La lettre qui compromet Anna-Marie Lizin
© DE TESSIERES
Lettre d'intervention de Mme Lizin dans une affaire judiciaire

BRUXELLES Un certain émoi règne depuis mercredi dans les couloirs du Palais de Justice de Liège. Il risque de se propager à d'autres cénacles, plus bruxellois cette fois. Et plus politiques.

Il est causé par une lettre, reçue par Eliane Fumal, présidente de la cour d'appel de la Cité ardente, à son adresse privée, à Huy. Elle concerne une affaire dont elle a à traiter, et sollicite sa bienveillante attention en faveur d'une des parties en présence.

Mais la missive n'émane pas de n'importe qui. Elle est signée par un membre éminent du pouvoir législatif: Anne-Marie Lizin (PS), hutoise elle aussi, présidente du Sénat. À ce titre, elle est le 3e personnage de l'Etat dans l'ordre protocolaire d'un pays dont un des principes constitutionnels fondateurs est la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Tout part d'une affaire douloureuse mais banale de séparation de conjoints, comme la justice en traite tant.

Après 3 ans de vie commune, C. et S. se séparent. Ils ont deux enfants. Les choses se passent mal. C., le père, obtient la garde un week-end sur deux, et la moitié des vacances. Mais l'accord foire. C. introduit une action au tribunal de la jeunesse de Huy, et obtient cette fois la garde 3 week-ends sur 4, et toujours la moitié des vacances.

S., la mère, est mécontente, notamment parce que 200 kilomètres séparent les deux domiciles, ce qui la force à quatre heures de route le seul week-end du mois où elle a ses enfants. Elle va donc en appel, l'été dernier.

C'est la cour d'appel de Liège qui la traite. Deux audiences se déroulent, et le jugement est annoncé pour le 24 février. Mais un report au 2 mars est prononcé. Et le jour dit, au lieu du jugement attendu, les parties apprennent une décision de réouverture des débats, fixés cette fois au 9 mars, ce mercredi donc. Motif invoqué: l'apparition d'une nouvelle pièce au dossier.

Mercredi, à l'audience, la présidente de la cour d'appel, Eliane Fumal, évoque cet élément neuf versé par elle au dossier. Et là, stupeur: les parties apprennent qu'il s'agit d'une lettre à en-tête de la ville de Huy, signée «Anne-Marie Lizin, bourgmestre, Présidente du Sénat».

Dans cette missive, datée du 17 février, juste avant donc la date initialement prévue pour le prononcé, Mme Lizin appelle la présidente Fumal par son prénom et la tutoie (lire par ailleurs). Elle fait référence à une première intervention de sa part en décembre («comme je t'en avais déjà parlé») et lui dit qu'elle serait «très heureuse» si elle pouvait «réexaminer l'évolution du dossier ci-joint par M me S. dont le jugement doit être rendu le 24 février prochain».Dans les 4 pages d'annexe à sa lettre, Anne-Marie Lizin joint un long argumentaire de Mme S. que celle-ci présente comme «un projet de lettre que vous aurez l'amabilité de transmettre à Madame Eliane Fumal, le plus tôt possible, puisqu'elle doit rendre son jugement le 24 de ce mois.» Mercredi à l'audience, devant une brochette d'avocats médusés, Eliane Fumal a fait acter par le greffier contester tout lien d'amitié avec Mme Lizin.

© La Dernière Heure 2005

Newsletter DH Actu

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info