Selon Laurette Onkelinx, le CD&V est l’une des clés pour sortir de l’impasse

BRUXELLES Laurette Onkelinx a joué un rôle essentiel durant la phase de préformation en tant que représentante du Parti socialiste. Ella agissait en lieu et place du président du PS, Elio Di Rupo. Qui, dans son costume de préformateur, se devait de garder un rôle neutre. Laurette Onkelinx fait le point sur presque deux mois de négociations.

Vous devez nourrir beaucoup de regrets après l’échec de vendredi. Le travail sera à refaire…

“Ce n’est pas seulement ça. Pour la première fois, on a été extrême loin pour redessiner la Belgique. On avait sur la table un autre modèle de vie en commun, avec de très larges compétences pour les régions. Des régions qui allaient pouvoir assurer leur propre développement économique et d’emploi. En plus, on réglait enfin le contentieux Bruxelles-Hal-Vilvorde,… C’était vraiment un espoir, une chance.”

Le président de la N-VA, Bart De Wever, a pourtant dit que la proposition d’accord sur BHV et sur le refinancement de Bruxelles n’était pas équilibrée.

“Je me pose une question : la N-VA est-elle en mesure d’accepter un compris ? Elle se réfugie derrière le refinancement de Bruxelles. Mais je crois que c’est beaucoup plus fondamental que ça.”

C’est-à-dire ?

“Les thèmes de désaccord étaient plus nombreux. Bart De Wever a peut-être eu peur, réellement, d’aller dans un compromis. Qui dit compromis, dit mécontenter certains. Négocier, c’est toujours un risque.”

À l’inverse, De Wever disant que Di Rupo devait pouvoir se mettre sa communauté à dos pour devenir Premier ministre…

“Des propos indécents ! Elio a voulu redessiner la Belgique, mais au profit de l’ensemble de la population – flamande, bruxelloise et wallonne. Je pense que Bart De Wever n’a pas voulu assumer les conséquences d’un accord face à son propre parti où il est confronté à des tendances extrêmement dures. Est-ce que la N-VA pourra rester ce qu’elle est avec un accord ? Il n’a pas résolu cette question.”

Est-il exact que le nationaliste a mangé sa parole à plusieurs reprises ? Sur la loi de financement notamment ?

“Lorsque nous nous étions vus début juillet, PS et N-VA, pour fixer un cadre de discussion, Bart De Wever avait dit “on ne touchera pas à la loi de financement” et “on refinancera Bruxelles”. Clairement, il n’a pas respecté ses engagements. Je ne suis pas convaincue que la N-VA soit capable de compromis.”

Le CD&V, lui aussi, a dit “non”.

“Au moment de conclure, j’ai senti que Wouter Beke, le président intérimaire du CD&V, hésitait. Je crois qu’il a reconnu le travail incroyable qui a été réalisé par Elio. Mais, pour le moment, avec la blessure des élections, le CD&V n’est pas encore prêt à s’émanciper de la N-VA.”

Wouter Beke est capable de conclure un accord ? Malgré son manque d’expérience ?

“C’est un homme intelligent, respectueux et qui connaît à fond ses dossiers. C’est quelqu’un d’appréciable. Mais il est nouveau. Et ça ne doit pas être simple à un moment donné de dire “j’y vais”. Maintenant, est-ce qu’un autre aurait pu le faire ? Marianne Thyssen ? Peut-être… Mais le gros problème, c’est que le parti est encore blessé du résultat des élections.”

Le CD&V n’est-il pas la clé du déblocage de la situation ?

“C’est vrai. D’ailleurs, ça n’est pas pour rien que le Roi a d’abord vu, dès vendredi, le CD&V – qui n’est pourtant pas le plus grand parti. Oui, l’une des clés réside là.”



© La Dernière Heure 2010