La situation épidémiologique se dégrade en Belgique. Après avoir connu des tendances à la baisse, le pays voit ses chiffres de contaminations, d'hospitalisations et de décès augmenter à nouveau. Conjugué à la propagation de plus en plus importante du variant britannique sur notre territoire, ce rebond épidémique inquiète tout particulièrement les autorités. Un Comité de concertation a acté, ce vendredi 22 janvier, de nouvelles mesures. Depuis ce mercredi 27 janvier, les voyages non-essentiels sont interdits. Certaines règles ont toutefois été adoucies pour permettre aux jeunes de 12 à 18 ans de reprendre une activité sportive. Mais cela s'est fait au détriment des moins de 12 ans qui doivent désormais pratiquer leur activité extrascolaire dans des bulles réduites (10 personnes).  

" Les jeunes ont sacrifié les plus beaux moments de leur existence pour sauver des vies", a tenu à rappeler Sophie Rohonyi (DéFi). " Il est vrai que vous avez eu un mot pour eux à l'issue du Comité de concertation mais il ne s'agissait ni de remerciements, ni d'encouragements. M. De Croo, vous sembliez avoir saisi l'urgence vis-à-vis des jeunes, mais les mesures que vous avez adoptées sont insuffisantes. Les 18-25 ans sont tout bonnement oubliés.

" La situation est explosive", a pour sa part mis en garde Guillaume Defossé (Ecolo). Insistant sur la nécessité de répondre aux appels des jeunes, il a toutefois admis que les mesures sanitaires étaient justifiées. " Comment font-ils ?", s'est demandé Patrick Prévot (PS), à l'égard des jeunes " qui portent le lourd fardeau des mesures restrictives". " L'équilibre est délicat et même si la vaccination permet de voir la lumière au bout du tunnel, l'arrivée des variants laisse craindre la venue d'une troisième vague. Mais il est urgent d'offrir aux jeunes des perspectives d'avenir."

Le Vlaams Belang a pour sa part pointé du doigt les sorties à répétition des virologues, " qui se prennent parfois pour des ministres". Le parti d'extrême droite a visé, sans le nommer, Marc Van Ranst qui a estimé ce jeudi matin, que les métiers de contact ne pourront pas reprendre à la date du 13 février.      

Alexander De Croo appelle à une communication "prudente"   

" C'est une période qui est très difficile", a reconnu Alexander De Croo (Open Vld). " Nous sommes tous conscients de cela. Mais il n'y a pas de solution parfaite. Pour les personnes qui perdent des revenus, nous avons essayé de trouver un maximum de sources de revenu. Mais à côté de ça, nous ne pouvons pas nier la situation épidémiologique, nous sommes conscients des dégâts potentiels dus aux variants." Pour le Premier ministre, le maître mot est la prudence. " La situation avec les variants est particulièrement difficile. Mais je veux appeler au calme dans la communication. Nous tous - et pas uniquement les responsables politiques - nous devrions nous limiter. Le fil rouge devrait être la prudence et le calme. Je pense que ces derniers jours le gouvernement fédéral a utilisé cette méthode, la prudence et le calme sont les seules façons de s'en sortir, notre situation n'est pas aussi compliquée que dans d'autres pays."

Des craintes concernant des émeutes en Belgique

De violentes manifestations ont éclaté aux Pays-Bas ces derniers jours. Les élus ont fait part pendant cette séance plénière de leur inquiétude face à des appels à des émeutes semblables en Belgique. Le groupe parlementaire des socialistes flamands a été jusqu'à demander à ce que tous les bourgmestres refusent toute manifestation sur leur territoire pour éviter que de tels événements se produisent.  " Nous avons été confrontés à des images hallucinantes: on brise des fenêtres d'hôpitaux, on jette des pierres sur les policiers...", s'est ému Steven Matheï (CD&V). " On lit clairement sur les réseaux sociaux qu'on appelle également à la violence en Belgique. On s'inquiète fortement." Les nationalistes flamands ont quant à eux souligné que les émeutes étaient devenues monnaie courante, estimant qu'il fallait punir plus rapidement les personnes participant à de tels actes. 

Face aux craintes soulevées par les parlementaires, le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open Vld), a apporté quelques éclaircissements sur ce qui était actuellement mis en oeuvre. " Les médias sociaux jouent un rôle important dans de telles émeutes, en quelques minutes on peut mobiliser de nombreuses personnes", a-t-il déclaré. " Nous sommes très attentifs à ça. Il y a différents appels à manifester contre les mesures corona, certains sont pacifiques, d'autres non. Les services locaux réagissent avec promptitude pour étouffer dans l’œuf de tels comportements. (...) Je conseille à tous et à toutes d'y réfléchir à deux fois, nos services de sécurité sont prêts à réagir."

La ministre de l'Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V), a pour sa part expliqué que la Belgique n'accepterait "jamais" que des violences éclatent sur son territoire. " Détruire des commerces, c'est tout à fait inacceptable, a-t-elle fustigé. Notre sécurité surveille constamment et fait preuve d'une grande réactivité. J'ai pris contact avec tous les bourgmestres pour leur rappeler les mesures strictes dans le cadre de la crise sanitaire."

 

Des "doutes" quant à la stratégie de vaccination   

Depuis plusieurs jours, le cdH fait part de son scepticisme face à la stratégie choisie par la Belgique pour la campagne de vaccination. "Une lassitude énorme est en train de gagner les esprits, a averti Maxime Prévot (cdH). Il y a de plus en plus de doutes quant à la stratégie qui est mise en oeuvre. Quant aux résultats, ils tardent aussi à être mesurés. Environ 2% seulement de la population est vaccinée. Le doute s'installe et il n'y a pas pire face à la lassitude que de mettre une couche d'inquiétude.(...) Il est essentiel de rapidement accroître le taux de vaccination"

Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (sp.a) a expliqué qu'il y avait encore de nombreuses inconnues quant à la campagne de vaccination. " Nous ne savons pas quand certaines personnes recevront le vaccin car nous vaccinons en fonction des doses que nous recevons, a détaillé le socialiste flamand. Rendez-vous compte du sérieux de cette organisation. C'est un équilibre très critique car s'il y a un problème au niveau des livraisons il faut ralentir les vaccinations. Nous ne voulons pas faire de fausses promesses." Le ministre de la Santé a rappelé que le gouvernement suivait les recommandations des experts. " Les incertitudes actuelles s'expliquent par l'attitude de l'entreprise AstraZeneca", a fustigé M. Vandenbroucke. " Nous soutenons la Commission européenne."