Pour le Prince, il faut que l'on prenne mieux conscience de ce que l'animal nous a apporté

BRUXELLES Homme de conviction, le prince Laurent n'est pas du genre à se taire lorsqu'il a quelque chose sur le coeur. Ses prises de position passent rarement inaperçues. A la veille de Noël, il a accepté de nous recevoir dans les nouveaux locaux de sa Fondation pour le bien-être animal, à Schaerbeek, pour nous parler de ses combats présents et à venir. Rencontre avec un homme entier et passionné.

{Q.}On vous appelle parfois le Prince des caniches. Un surnom qui a visiblement le don de vous irriter...

{R.}`Ce n'est pas que ça m'agace. Mais c'est trop réducteur. Il y a dans la société trop de clichés. Ceux qui s'occupent de l'économie sont les personnes importantes, tandis que ceux qui s'occupent du social sont les gentils. Il faut arrêter! L'oeuvre que j'essaye de développer avec ma Fondation n'est pas sentimentale mais à connotation scientifique!´

{Q.}Le social est l'une des facette de votre Fondation, avec ses dispensaires pour animaux destinés à ceux qui n'ont pas les moyens de payer un vétérinaire.

{R.}`On vit dans une société de plus en plus riche, mais il y a en même temps de plus en plus de précarité. Ça interpelle! Il faut trouver les moyens d'aider ceux qui en sont réduits à vivre dans le silence et la solitude. Or, les plus démunis ont souvent un animal pour seul compagnon. Et quand celui-ci est malade, ils doivent pouvoir le soigner!´

{Q.}Ces dispensaires n'ont pas plu à tout le monde...

{R.}`L'ordre des vétérinaires, après de nombreuses négociations, a compris le but social de notre Fondation. Mais nous devrons encore davantage négocier pour traiter la problématique de la médecine préventive au sein des dispensaires. La prévention entre tout à fait dans le cadre du développement durable!´

{Q.}Combien de personnes se sont déjà rendues dans vos dispensaires?

{R.}`Plus de 10.000! On reçoit en moyenne 12 visites par jour à Seraing et une quinzaine à Bruxelles. Ceci dit, ce succès n'est pas une satisfaction, car cela signifie qu'il y a de plus en plus de personnes dans le besoin. Pour moi, dans une société juste, des dispensaires de ce genre ne devraient pas exister!´

{Q.}A côté du social, votre Fondation a aussi un rôle scientifique. Elle est à l'origine de la plate-forme pour les méthodes alternatives à l'expérimentation animale.

{R.}`Là, nous sommes très heureux. On a réussi un premier défi: mettre autour d'une table des personnes qui se parlaient très peu, comme les laboratoires et les SPA! Nous pouvons dire que nous avons aidé à la baisse du nombre d'animaux utilisés en laboratoire. Ils étaient 1,6 millions il y a cinq ans, contre 750.000 aujourd'hui! Plusieurs méthodes ont déjà été développées sous notre égide. Notamment pour les tests de toxcicité occulaire. Au lieu d'utiliser le lapin, les essais seront basés sur les cultures cellulaires. On attend uniquement que ce soit validé. Idem pour les tests d'allergie. On ne devra plus avoir recours aux souris. Mais, au-delà du bien-être animal,il est intéressant de constater que ces méthodes sont moins cgères, plus efficaces et génératrices d'emploi!´

{Q.}On a parfois l'image de vous d'un homme qui ne s'intéresse qu'aux animaux. Or, dans ce que vous dites, on voit que ce qui vous préoccupe, c'est l'homme!

{R.}`L'animal n'est pas notre seul centre de préoccupation .En travaillant à l'amélioration du sort de l'animal, on travaille aussi à l'amélioration durable du bien-être de l'homme!´

{Q.}En cette veille de Noël et à l'aube d'un nouveau siècle,quel message aimeriez-vous faire passer?

{R.}`Je souhaiterais qu'il y ait une plus grande prise de conscience de ce que l'animal a apporté à la condition humaine et que suite à cela on puisse aboutir à un respect plus grand entre l'homme et l'animal.´